CHAPITRE III. — LE CHAPITRE
collègues et rééligible au moins trois fois (1) ; dans chaque village où le chapitre était seigneur, se trouvaient un maire et des échevins, désignés par le prévôt, chaque année, aux plaids annaux.
Le prévôt de Villey-Saint-Elienne avait son hôtel à Toul et son prétoire au cloître; Villey, Dommartin, Francheville, Lucey, Lagney, Ménillot étaient de son ressort. Il avait aussi sous sa juridiction les trei::e ministériaux et les laïcs, parents ou domestiques, qui habitaient avec des chanoines les maisons canoniales (2). Ses officiers de justice étaient pris parmi les treize exempts : c'étaient le maire ou maître des ministériaux^ Véchevin et le doyen (3).
Les prévôts de Void et de Troussey résidaient tous deux au château de Void ; aussi les deux territoires finirent bientôt par se confondre et par ne plus former qu'une seule prévôté, confiée à un seul chanoine. La double prévôté de Void comprenait, outre les deux villages de Void et de Troussey, Vacon, Naivesen-BJois, Bovée, Ourches, Pagny-sur-Meuse, Trondes et Dommartin-aux- Fours.
Le prévôt de Vicherey habitait le château de ce bourg et avait sous sa dépendance, en tout ou en partie, Vicherey, Beuvezain, Soncourt, Maconcourt, Tramont Lassus, Tramont-Émy, Tramont- Saint-André, Arofïe, Tranqueville, Pleuvezain et Aouze.
Les prévôts jouissaient d'un certain nombre de droits utiles ; ils devaient entretenir une escorte et des serviteurs ; ils avaient, dans leur circonscription, la surveillance des intérêts du chapitre: ils affermaient les terres, touchaient les rentes, centralisaient les revenus et devaient envoyer à Toul, à des époques déterminées, l'argent, les denrées, le vin, destinés aux prébendes et aux distributions. En 1362, pour réveiller leur ardeur, l'assemblée capitulaire décida que ceux qui seraient négligents sur ce point, seraient suspendus au crochet jusqu'à l'entière exécution de leur mandat (4).
(i) Statula, i;>. — Du Pasquier, Mémoires^ 9.
|2) Quelques chanoines avaient un train de maison assez considc^rable. Tel, ce Jean de Montgustin, mort en mai 1375, (lui avait « deux varlets et une damiselle ». Lem., II, 6.
(3) Statula, 82.
(4) Arch. de M.-et-M., G. 71. f* 88.
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Ils soumettaient aussi à Tassentiment de leurs collt*|îues les dépenses urgentes à faire dans leurs chûteaux ou dans les autres immeubles et, si le vote leur était favorable, ils faisaient exécuter les travaux. Mais de ceci, comme de tout le reste, ils devaient présenter un compte rigoureux.
Enfin, ils rendaient la justice en première instance dans des causes de peu d'importance ; ils ne pouvaient, sauf le cas de flagrant délit, incarcérer personne sans mandat du chapitre. I^es appels de leurs décisions et les aflaires les plus importantes étaient jugés, au civil, jusqu'à concurrence de cinq cents florins du Rhin, par les Appaux qui siégeaient au cloître et se composaient de six ou sept chanoines ; au criminel, la cause était confiée à un laïc ayant ses grades en droit civil. Le tribunal suprême fut, durant le xvF siècle, la chambre impériale de Spire (1).
Les prisons capitulaires se trouvaient dans le cloître. Elles avaient trois cellules, d'où leur nom de Trichart (très carceres) (2). Elles étaient confiées à la garde du messager: mais elles ne devaient pas être bien terribles, car nous voyons plusieurs fois les coupables s'évader.
L'exercice de ces droits souverains n'était pas toujours facile : on peut en juger par cette équipée des gens dé Lucey (3). En 1406, les habitants de ce village et ceux de Lagney, de Villey-Saint-Etienne et de Francheville s'étaient mis d'eux mômes sous la protection du duc de Lorraine, moyennant une rente annuelle de deux gros par feu. Le chapitre protesta contre cette démarche de ses sujets et enfin, en 1457, le duc Jean de Galabre consentit à ne plus considérer cette garde que comme viagère, moyennant une redevance de douze deniers, au lieu de deux gros, et un don gratuit de quatre cents florins d'or, pour l'aider dans son expédition d'Italie.
Le chapitre prétendait bien ne pas tirer cet argent de ses cofires: il répartit la somme entre les villages intéressés. Lucey fut taxé à cinquante florins et cinq chanoines y furent envoyés, pour
(i) Du Pasquior, Mémoires, 10.
;2) Statula, 80.
3) Lrtraits de Lnuiit Machon, Ms î»52/4:)8 de la Bibliothèque do Nancy, p. 23 et sq.
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publier les modifications apportées dans le protectorat lorrain et percevoir la contribution. Mais les habitants ne voulurent rien entendre et le chapitre dut leur dépêcher le prévôt de Villey, pour les sommer de payer dans les trois jours.
Les paysans s'entêtèrent ; ils députèrent plusieurs notables au duc de Lorraine et ne trouvant chez lui, ni secours, ni approbation, ils s'adressèrent au bailli de Chaumont, le priant de les mettre, pour un an, sous la garde du roi de France. Le bailli se laissa persuader et les gens de Lucey tout heureux élevèrent dans leur village les panonceaux du roi. Le chapitre protesta : il remontra qu'en 1440 il avait obtenu de Charles VII des lettres de garde pour vingt ans : le bailli, après enquête, revint sur sa décision, et les chanoines profitèrent de la présence des agents français pour jeter bas les panonceaux, saisir vingt des meneurs, les conduire à Void, et les jeter dans les basses fosses du château.
Les gens de Lucey furieux s'assemblèrent dans leur église avec des armes de toute nature, jurèrent de tuer l'envoyé capitulaire, plutôt que de payer cet impôt et désignèrent plusieurs d'entre eux, pour aller en Flandre trouver le dauphin. Ils voulaient l'indisposer contre le chapitre, en le lui représentant comme un ennemi de la France, qui voulait se soustraire à sa garde et foulait aux pieds ses panonceaux. Ils entrèrent aussi en négociations avec le bailli de Vitry et ils surent exploiter à leur profit une rancune que celui-ci gardait contre son collègue de ChaumonL Ils trouvèrent en lui un zélé protecteur qui évoqua l'aflaire à son tribunal, fit prisonnier contre toute raison le délégué du chapitre, l'écolâtre Nicolas Le Sane, et tenta un coup de main contre le château 'de Void, le samedi des Rameaux 14o8. La vigilance et le sang-froid du chanoine prévôt firent échouer l'entreprise, mais ne purent sauver du pillage les domaines capitulaires.
Le chapitre dut s'adresser au roi qui lui rendit justice et fit délivrer Le Sane. Les habitants de Lucey, devenus enfin plus sages, consentirent à payer les cinquante florins et à verser en outre une somme de trois cents autres florins, comme dommages-intérêts. Le traité fut signé le 25 mai 1458, et le jeudi de la Fête-Dieu, le
petit prévôt du village, Thouvignon Aubert, accompagné de vingt notables, vint, en signe d'amende honorable, oflrir, pendant la grand'messe, à la cathédrale, un cierge de trois livres. Les chanoines sortaient vainqueurs de cette lutte ; mais que d'émotions ils avaient eues !
Les revenus du chapitre, en numéraire ou en nature, étaient autrefois centralisés par le chanoine-économe, Vépaulier ou spalarius. Mais la tache, trop forte pour un seul homme, fut répartie entre plusieurs officiers, clercs ou laïcs, le grénetier, grenetarins : le.cellérier, cellarius ; le distributeur ou parsoîinier, partitionarius : le gelinier, le receveur, etc. L'épaulier ne garda que la visite et l'assistance des chanoines malades ou infirmes, le soin des aumônes et quelques menues fonctions que j'ai indiquées ou que j'indiquerai en leur lieu.
Nous avons assez peu de renseignements sur les secours que le chapitre donnait aux indigents. La Maison-Dieu, établie par saint Gérard (1) et reconstruite en 1219 (2), était ouverte aux malades et aux infirmes. Comme beaucoup d'hôpitaux de cette époque (3) elle était desservie par un maUre et par cinq prébendiers prêtres, et le chapitre en avait la surveillance et la haute direction (4). Chaque année, il en nommait le maître, et, pour chaque prébende vacante, il désignait le candidat de son choix, sur une liste dressée par les pi^ébendiers (o). Il veillait, avec la plus grande sollicitude, à ce que cette institution ne trompât point les espérances de son fondateur et de ses bienfaiteurs. « Le maître de la Maison-Dieu, disent les Statuts de Le Sane, doit être habile dans l'administration temporelle, mais plein de bonté et de compassion pour les malades. » A son entrée en charge, il jurait d'avoir le plus grand
(1) Voir p. 176. — Il n'y a pas encore de notice sur la Maiaon-Dieu deTo\ï\. Cet établissement donnerait lieu à une monographie fort intéressante.
(2) Arch. nat., LL. 986, Cart. S. Gen{iouU, f» 36.
(3) L'hôpital Saint-Nicolas de Metz, l'hôpital Notre-Dame de Gerbonvaux, entre autres. -- Cf. Lorédan Larchey, Mémoire historique sur Vhopiial Saint- Nicolas de Metz. Metz, 1854. — H. Lepage, L'hôpital de Gerbonvaux, dans Ann. Soc. Émut. Vosg.^ 1879.
(4) Statuta, 76.
(5) Arch. de M.-el-M., G. 75.