‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 239 sur 265 · CH. I. — TKNTATIVE D'UNION DE TOUL A LX LORRAINE · texte numérisé non relu

CH. I. — TKNTATIVE D'UNION DE TOUL A LX LORRAINE

Assuréiuenl, ce prêtre pouvait être fort respectable, mais il était Espagnol ; il ne connaissait pas le pays ; sa promotion indisposerait le duc de Lorraine et entraînerait sans doute de nouvelles dissensions. Les chanoines firent leurs observations et demandèrent au pape de leur laisser pleine et entière liberté. Us pourraient alors porter leurs suffrages sur un prélat lorrain, riche, puissant, qui fût bien vu du peuple et des princes et pût efficacement travailler à la réforme d'un diocèse troublé depuis si longtemps. Alexandre fut inflexible et les membres de l'assemblée capitulaire restaient fort indécis.

Les choses en étaient là, quand on connut à Toul et à Nancy la mort d'Antoine de Neufchûtel. René renouvela ses intrigues et telles furent ses instances que le chapitre, passant outre à la réserve pontificale, élut Olry de Blâmont. Duc et seigneurs, prêtres et fidèles, témoignèrent leur satisfaction d'avoir enfin un évoque qui fût du pays. Mais qu'allait dire le pape? Le grand archidiacre, Jean Briel et le chanoine Jean Piroti de Belleville, furent délégués par leurs confrères pour aller porter à Rome le procèsverbal de l'élection et plaider les intérêts du diocèse. L'accueil qu'ils reçurent fut plutôt froid. Alexandre leur reprocha le mépris qu'on avait fait de son autorité et, deux jours après, le 23 mars 1495, il leur fit signifier qu'il ne reconnaissait point le vote et qu'il nommait Jean Maradès (1).

Déjà indisposé contre le Saint-Siège, René fut piqué au vif par ce refus. Il envoya au pape d'énergiques protestations (2) et s'entêta à soutenir son candidat. Actif, entreprenant, aimable comme ill'était, il gagna tout le monde à sa querelle ; il souleva le clergé et la noblesse, les bourgeois et les paysans contre un acte aussi arbitraire, et le diocèse en ébullition fat sur le point de retomber dans le schisme.

Il s'était aussi ménagé l'appui de l'empereur. Maximilien, en effet, ne voyait pas sans ennui et sans inquiétude les évêchés de la province de Trêves échapper au concordat qui avait été conclu, en

(1) Arch. Va tic, Proc. sacr. Cons., p. 80. — Oblig., 1495, f. 111.

(2) Bibl. nat., Coll. lorr., 242 bis, n* 60.

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1448, pour procurer la liberté des élections dans les églises d'Aile magne. H craignait que le roi de France ne profitât de cet état de choses, n'obtînt pour des prélats français les sièges de Metz, de Toul, de Verdun, et n*isolàt insensiblement de l'Empire ces cités voisines de la frontière. Olrv de Blamont, sur le conseil de René, se rendit donc à la diète, à Worms. Maximilien lui fit un accueil bienveillant, lui promit de s'intéresser à sa cause, écrivit au pape pour le prier de revenir sur sa résolution et, le 11 juillet, déclara, dans une lettre adressée au duc de Lorraine, qu'il était résolu à ne point permettre que le diocèse de Toul fût soustrait aux privilèges accordés à l'Allemagne ; si le pape refusait de reconnaître Olrv, il autorisait le duc à mettre sous séquestre, en son nom, le comté, les terres, les régales et tous les biens que l'évèque tenait de la faveur impériale, et il interdisait au chapitre, sous peine de la môme confiscation, de recevoir aucun autre prélat que celui qu'il avait élu(l).

La situation se tendîlit ; mais Alexandre VI ne recula point: le 14 novembre 1495, il cassa l'élection touloise (2) et bientôt après Jean Maradès lança l'excommunication sur le chapitre et l'interdit sur le diocèse. Des amis qu'il avait à Metz aflichèrent ces censures aux portes de la cathédrale de cette ville, et la nouvelle s'en répandit bien vite dans toute la contrée. Le peuple en devint encore plus exaspéré et les Italiens, que des réserves pontificales avaient ])ourvus de bénéfices en Lorraine, crurent prudents de se tenir cois.

Toutefois, la première émotion passée, ils" s'enhardirent; ils gagnèrent plusieurs ecclésiastiques, moins opiniâtres ou plus timorés, et, se sentant en nombre, ils publièrent l'interdit à Toul, à Nancy et dans leurs propres églises. La sentence étant promulguée devenait exécutoire. Dès lors, le diocèse se trouva partagé : les uns respectèrent, les autres méprisèrent la sentence pontificale ;ici, on déclamait contre l'autorité du Saint-Siège ; là, on prêchait la sou-

(1)11 Juillet liO:). — Bibl. mit., Coll. ion\, 242, n" 10 ot 2i2 /^/x, n* il. — Arch. de M.-ot-M., B. 396.

i2j Arch. Val., Reg. 881, f" 3o.

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mission. De toutes parts, on discutait et les discussions se terminaient rarement sans échaulïourées : on était revenu aux vilains jours d'Antoine de Neufchàtel. René II essaya d'abord de calmer les esprits ; mais il dut bientôt sévir contre les partisans de Jean Maradès et les punir par la confiscation de leurs biens, la prison ou le bannissement. C'était jeter l'huile sur le feu : aussi, quelques personnes plus sages s'employèrent, vers la fin de 1497, à ménager un accord entre les deux prétendants et réussirent enfin à leur faire signer une transaction assez curieuse.

Ni Olry, ni Jean ne voulaient renoncer à leurs droits : il fut convenu qu'ils abdiqueraient pour la forme et que le duc de Lorraine et le chapitre demanderaient au pape de les préconiser tous deux évêques de Toul: ils siégeraient ensuite conjointement et le survivant demeurerait seul évèque. En sa qualité d'aîné, Olry de Blàmont aurait seul Tadministration spirituelle et temporelle. Ainsi devenu évoque honoraire, avec expectative, Jean Maradès toucherait la moitié de tous les revenus et pourrait nommer des commissaires pour surveiller la gestion de son associé. Le revenu, mis sous séquestre depuis l'origine du différend, serait partagé entre eux, sous le contrôle de René 11, par Jean Buel, Nicolas Le Sane, archidiacre de Port, et Hugues des Hazards, doyen de Metz.

Maradès ratifiait tout ce que les vicaires généraux avaient fait durant la contestation ; il promettait de s'employer auprès du Saint-

Siège pour obtenir l'extension à l'Eglise de Toul du concordat de la nation germanique, le maintien de son collègue dans tous les bénéfices, pensions et induits dont il jouissait, et enfin l'absolution

de toutes les censures encourues par ^le chapitre, le clergé et les fidèles du diocèse. Olry, de son côté, s'engageait à procurer amnistie complétée tous ceux qui avaient été exilés ou emprisonnés pendant les troubles et à faire rendre les biens confisqués.

Le traité signé, Blâmont envoya son secrétaire à Rome, pour présenter ses excuses au souverain pontife et le prier d'agréer ce compromis. René, pour l'appuyer, députa Hugues des Hazards et l'abbé de Saint-Epvre et l'empereur Maximilien joignit ses instances à celles du prélat, du chapitre et du prince. Sur le rapport favorable

de François, ûvéque-élu de Seuez, Alexandre VI confirma le traité intervenu entre les deux compétiteurs ; et comment eùt-il pu faire autrement? son autorité était reconnue et il trouvait ud moyen coiiimoiie de sortir d'une situation qu'il avait fui même créée. En mars 1498, il expédia les bulles aux deux concurrents (1) ; Nicolas Le Sane, arctiidiacre de Port et Thomas de PaOenliofen, seigneur de Theloii, sénéctial de Lorraine, représentants de Olry, et Dominique de Jiivenibus, mandataire de Jean, prirent possession de l'évéché, au nom de leurs maîtres respectifs.

Selon les termes du traité, Olry de Bl&mont conserva seul l'administration du diocèse. Empêché par son Age el surtout par une forte obésité de s'occuper activement des affaires, il liva sa résidence dans son château de Mandres-aux-Quatre-Tours (2) et se rendit raremenl dans sa vifle épis- (.opate ; mais il eut le talent de se Llioisir d'habiles collaborateurs, le roi délier Jean de Sorcy, évêque de Chrislopolis, son sufTragant, et surtout Nicolas Le Sane (3). Depuisquefque temps déjà, cet archidiacre, dévoré du zcfe de la maison de Dieu, s'employait de toutes ses forces à restaurer la discipline ; il présenta au chapitre général des Cendres 1497 et fit accepter par ses collègues un nouveau recueil des statuts et des usages du chapitre de Toul (4) ; il aida les sujets de i'évêché à réparer leurs perles, en leur obtenant du prélat des exemptions ou des diminutions; de concert avec Aubry Briel, maître de la fabrique, il poussa très activement tes travaux du portait de fa cathé-

(1) Lem., 1. 37.

(2) Matuires-aiix-Quatrc-Toitrii, c. de Domévre

(3) Calm., Bibl. liirr.

<t| Voir p. 49S.

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drale, entrepris sous Tépiscopat précédent, et, en 1496, les Toulois purenl'contempler, complètement débarrassée de ses échafaudages, cette merveilleuse dentelle de pierre, Tune des œuvres les plus remarquables de Tarchitecture ogivale, au xv" siècle. Après trois siècles, Saint-Etienne était donc enfin terminé !

A quelle époque Tédifice que nous admirons encore aujourd'hui fut-il entrepris ? il est difficile de le préciser ; mais, à considérer certaines données historiques, certains détails architectoniques, à considérer surtout l'unité de Tédifice et les caractères du style adopté, on acquiert la certitude que les travaux débutèrent par Tabside, vers la fin du xiip siècle et se continuèrent au xiv^*, d'après un plan d'ensemble rigoureusement suivi, du moins dans ses grandes lignes.

Une charte de Pierre d'Ailly, du 10 octobre 1325, nous fournit quelques renseignements. Vers 1388, y lisons-nous, le cardinal Jean de Neufchàtel, administrateur du diocèse, fit tracer le plan du portail, des clochers et des voûtes et il abandonna, pour l'allongement de l'édifice vers l'ouest, une partie du château épiscopal (1).

Ceci indique que les travaux étaient déjà commencés depuis longtemps et en effet, en 1381, le chapitre conclut un marché avec Pierre Perrat, messin, demeurant à Metz, pour être maîtremaçon de l'église de Tout. Il lui accorda la môme pension qu'aux maîtres précédents : deux petits florins; et il lui alloua, comme frais de déplacement, deux sous vieux d'argent par voyage qu'il ferait (2).

L'œuvre se poursuivit avec lenteur, mais sans interruptions notables, durant les luttes communales. Or, quand les nefs furent couvertes, le règne de l'ogival rayonnant avait pris fin; partout, s'épanouissaient les flammes capricieuses et les guirlandes du style flamboyant. Le chapitre abandonna donc le projet de portail, choisi

{{) L6m., I, ICI.

<2) Arch. de M.-et-M., G. 71, i* 171. — Dom Calmet {.Bibliothèque lorraine, Jacquemin), nous rapporte que Pierre Perrat (t î24 Juillet 1400) fut enterré à la cathédrale de Metz, devant l'autel Saint-Roch.

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par Jean de Neufchâtel (1) ; il commanda un autre patron, comme Ton disait alors, à Tristan de Hattonchâtel (2), artiste trop peu connu aujourd'hui, mais dont on ne saurait, sans injustice, laisser le nom dans un fâcheux oubli.

Une fois en possession de ce plan, en mai 1460, les chanoines envoyèrent Tun d'entre euxquérir M"^ Jacquemin Hogier, deLenoncourt, et deux maçons, Mengin qui était alors occupé à bâtir l'un des clochers de Saint-Antoine de Pont à -Mousson, et Husson qui demeurait à Bar, et ils chargèrent Jean Drouin, de Toul, et Mengin Chevrot, de Vicherey, de traiter avec eux des conditions de l'entreprise (3). Les négociations aboutirent pleinement et, dès le mois

(i) La décision ne semble pas encore prise en 1450, car, le 24 octobre de cette année, le chapitre ordonne de prendre 200 petits florins sur la recette dos obits, pour les employer à la comitruction de la tour (sans doute, celle qui devait faire pendant à celle de Pibon).

(2) Ibid.^ G., 74, f* 141. — La ressemblance des tours de l'église des Antonistes de Pont-à-Mousson (aujourd'hui Saint-Martin) avec celles de la cathédrale de Toul, me porte à croire que Tristan dut aussi en dessiner le plan.

(3) Telle me semble la vérité sur cette question, si obscure dans les historiens toulois. On attribue généralement le portail de la cathédrale à Jacquemin de Commercy. Le passage du registre des délibérations capitulaires que j'ai analysé, nous prouve que Jacquemin ne f ut pas l'architexste, mais l'entrepreneur, et qu'il n'était pas de Commercy, mais de Lenoncourt. Voici du reste le texte en question ; il se trouve aux Archives de Meurthe-et-Moselle, au folio 141 du registre coté G. 74 : « Les dits an et jour me fut ordonné demander querrir maistre Jacquemin, de Lenoncourt, Mengin faisant le clocher de Saint-Antoine du Pont, et Uusson demeurant à Bar, afin de marchander à ciwr Jehan Droyn de ceste cité et Mengin Chevrot de Vicherey, de commencer et continuer l'ouvrage du portai de Véglise de Toul et avec ce, que je satisfasse à maistre Tritan, demeurant à Hattonchâtel, du patron par lui fait pour le dit ouvrage ». Il n'y a donc pas h hésiter, le texte est formel.

Jacquemin mourut en 1486, et Dom Calmet, dans sa Bibliothèque lorraine, nous a laissé la description de son tombeau ; en voici l'épitaphe, précieuse parce qu'elle nous donne le nom de famille de ce maître des œuvres de la cathédrale :

« Sï; gît 9Jîaitrc 3acquemin »§ogicr, en éon ^ii^ant « î)crnier maître maçon be Saint^Stienne, « Sequel commença k ^)ortait be labite ©gliée : « Dni trépaé(3a fan 1446, ronjicme jour be Séorier : « î'ien hû fa^^c mern;. Slmen. »

La date est évidemment fausse : il faut lire 1486.

Jacquemin et son tils. au témoignage de Dom Calmet, étaient représentes en

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