CH. I. — TENTATIVE D'UNION DE TOUL A LA LORRAINE
Ce succès fut pour René une'compensation à son échec au sujet de Toul ; pourtant, il ne se tenait pas encore pour battu sur ce point. Impuissant contre la cité, il tenta de se rattraper tout d'abord sur les terres du chapitre. Le château de Void était exposé à une surprise delà part des Français: il proposa de Tacheter; sur le refus des chanoines, il y entra par surprise, y installa M. de Ville avec cent cinquante soldats et ne s'en dessaisit que sur les représentations de Louis XII. Il s'empara de même du château de Vicherey, toujours sur le spécieux prétexte de le protéger.
Puis, il songea aux anciennes revendications de ses prédécesseurs et demanda l'autorisation de racheter le comté de Toul que son aïeul. Ferry Ilï, avait vendu, en 1261, à Gilles de Sorcy. Il faisait remarquer fort habilement] combien il serait avantageux, pour le maintien des droits de l'Empire contre les empiétements de la France, de confier la garde d'une cité frontière à un prince puissant, comme il l'était. Il promettait de ne tenir ce comté qu'en fief de l'Eglise de Toul et d'en faire hommage à l'évoque. C'était reprendre en sous-œuvre' ses intrigues pour se rendre maître de cette ville, objet de ses convoitises. Olry, trop lourd et trop âgé, le laissait faire ; les chanoines, dans l'espoir d'avoir enfin la paix et la sécurité, favorisaient ses desseins de tout leur pouvoir ; mais les bourgeois, qui redoutaient un maître, minèrent secrètement ses projets; l'empereur se laissa persuader par eux et de nouveau René vit Toul et son comté lui échapper.
Il ne lui restait plus alors qu'un moyen de se ménager, pour plus tard, une entrée dans la ville: se concilier le chapitre et le corps des Dir et faire donner à des gens qui lui fussent dévoués, les prébendes canoniales et les chargesdela cité. C'était une souveraineté morale qui, en attendant, valait une souveraineté temporelle. Le maire était à la nomination de l'évêque : il obtint cette charge pour Claude de Calabre, l'un des bâtards de Lorraine ; les fonctions de maître-échevin tombèrent aussi en des mains fidèles.
Un Italien, Benedetto de Bordis, apporta de Rome un bref de réserve pour la dignité de chantre et il fut installé par le chapitre, dès que la place fut vacante. René l'apprit; aussitôt, il envoya à
Toul Pierre Robin, prévôt de Gondreville, et Aubry Briel, ancien maître-échevin, et il fit prier les chanoines de n'avoir aucun égard à la nomination de Benedetto et de se donner pour chantre Claude de Gerlet, premier aumônier de la cour. L'assemblée capitulaire, bien embarrassée, lui répondit qu'elle redoutait les censures pontificales et le supplia de ne point lui créer d'interminables diflScultés. Mais René n'était pas homme à renoncer ainsi à ses desseins. Il fit entrer une seconde fois ses troupes dans la prévôté de Vicherey et déclara qu'il ne les retirerait qu'après avoir reçu satisfaction. Les chanoines, devant ce danger pressant, oublièrent leurs scrupules et installèrent Claude de Gerlet dans la stalle de Benedetto. Le pauvre Italien dut reprendre le chemin de sa patrie et le pape, comprenant qu'il ne pouvait lutter contre le crédit de René et les sentiments du pays, se borna à exiger de Claude qu'il payât à son compétiteur une pension de quarante florins.
Grâce à cette politique, Toul devint si bien terre de Lorraine que les aides imposées au duché se levaient aussi dans son enceinte et dans son territoire. René livrait ainsi à ses successeurs une tactique qu'ils ne manquèrent point d'exécuter; malheureusement pour eux, ils durent bientôt compter avec les rois de France.