‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 247 sur 265 · CHAPITRE IL — HUGUES DES HAZARDS · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL — HUGUES DES HAZARDS

du vainqueur des Bourguignons ; Symphorien Champier, premier médecin d'Antoine que Jean Le Maire des Belges, son contemporain, appelle a le très élégant philosophe, orateur, historien et physicien » ; Pierre (îringore ou Gringoire, héraut d'armes de la cour ducale et créateur dé sotties, de jeux, de moralités ; Nicolas Wolquier, plus connu sous le nom de Volcyr, qui écrivit la rela tion de la guerre des Rustauds et se faisait gloire du titre bien renaissant de Polygraphe,

Les ducs donnaient eux-mêmes Timpulsion et l'exemple. René II appelait les livres ses meilleurs conseillers, faisait éditer la carte hydrographique, dite de ïamiral, que Ton attribue à Christophe Colomb, et graver la première carte connue des duchés de Lorraine et de Bar; Antoine, aussi lettré que son père, tenait dans son palais des réunions scientifiques et littéraires auxquelles Gringoire se félicitait d'être admis.

Toutefois Nancy fut éclipsée, pendant quelque temps, par une petite bourgade perdue dans les forêts des Vosges ( 1). A Saint-Dié, le chanoine Pierre de Blarru, chanta en vers latins la victoire de Nancy (2) et passa, de son temps du moins, pour l'émule de Virgile et d'Homère ; et un autre chanoine, Gauthier Lud, prêtre pieux et savant, initiateur hardi, fonda une imprimerie, établit une maîtrise, fit représenter des mystères, attira des érudits et groupa ses confrères et ses amis dans le Gymnasium vosagense, l'académie peut-être la plus ancienne dont l'histoire fasse mention. Nous trouvons, dans cette docte société, Louis de Dommartin, grand-prévôt du chapitre, Mathias Ringmann ou Philesius Vogesigena, auteur de nombreux ouvrages, Basin de Sandaucourt, l'éditeur de la Nancéide; Jean-Louis ou Aloysius C rassus Calaber, hisioriogrdiphe

(1) Cf. C. Schmitt, Mathias Ringmann, dans Mém. Soc. Arch. lorr., 1875. — Beaupré, Recherches sur l'imprimerie en Lorraine, Nancy, Grimblot, 1845 ; et Nouvelles recherches de bibliographie lorraine. Nancy, Grimblol, 1856. — A. Benoit, Notes sur les commencements de l'imprimerie à Saint-Dié, dans Bull. Soc. Philom. Vosg., 1887-88.

(2) Pétri de Blarrorivo Parhisiani insigne Ndnceidos opus de bello nanceio

impressum in celebri Lothoringie pago Divi Nicolai de Portu per Pétri Jacobi pbrm. MDXVIII. — Sur Pierre de Blaru, Ure A. GoUignon, De Nancéide Pétri de Blaro Riva parisiensis, Nancy, Berger-Levrault, 189â.

de René II et secrétaire du duc Antoine ; André Reynette ou Reyinius, sonrier de Remiremont ; Martin Waldséeraùller ou Hylacomilus, Jean Herquel ou Herculanus, Hugues Carbanus; plus tard, Laurent Pillard ou Pilladius, le chantre de la guerre des Rustauds, eic» , eic •

A Saint Dié, comme à Nancy, on se faisait une gloire de tourner élégamment le vers latin, même le vers français, et d'aucuns, Basin, Ringmann, entre autres, y réussissaient ; toutefois la science que Ton cultivait avec le plus d'amour, c'était la géographie. N'était-ce pas le temps des explorations de Christophe Colomb ? Améric Vespuce ne venait il pas de dédier au duc René II, son compagnon d'enfance, la relation de ses voyages (1) ? Gauthier Lud imprima, en 1507, une Cosmographiœ introductio, suivie des Quattuor Americi Vespucii narigationes, et, à plusieurs reprises, il formula le souhait que le continent récemment découvert reçût le nom d'Amérique (2\ Ce serait donc à Saint-Dié (daigne Christophe Colomb ne pas lui en garder rancune!) que le Nouveau-Monde aurait été baptisé. Lud avait entrepris un travail plus difficile. De concert avec Philesius et Hylacomilus, il se proposait d'éditer le texte grec de la (iéographie de Ptolémée et la traduction latine de Jacques Angélus, Mais il fut prévenu par la mort, dès 1310 ; Ringmann le suivit d'un an dans la tombe et l'œuvre ne parut qu'en 1513, à Strasbourg, par les soins de Jean Schott.

Le chapitre de Toul comptait moins de savants que la collégiale vosgienue ; pourtant, l'un de ses membres lui fit honneur par sa vaste éducation et ses goûts artistiques (3). Jean Pèlerin, en latin Viator, était né en Anjou, à Bois-Jouan, vers l'an 1445. Ordonné prêtre, il avait été secrétaire de Nicolas d'Anjou, fils de Jean II,

(1) Beaupré, Recherches... 74.

(2) Ibid, 73.

(3) Sur Pèlerin, voir Extraits de Machon (Ms. 952/458 de la Bibl. de Nancy, V 30). — Benoît-Picart, op. cit., 605. — Calmet, Bihl. lorr. — Beaupré, Rech.., 20 et sq. et Nouv. Rech., 20 et sq., et surtout G. Save, Jean Pèlerin, le Viateur, dans Bull. Soc. Philom. Vosg., 4897, et tirage à part, chez Humbert, à S*-Di(^. Celte excellente monographie, un peu confuse et parfois hardie dans ses conjectures, est tout une révélation.

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