CHAPITRE II. — HUGUES DES HAZARUS
duc de Lorraine, puis de Philippe de Commines, de Louis XI et enfin de René II ; il possédait une stalle à Saint-l)ié et, par là, il tenait au Gymnasium vosagense; il fut aussi chanoine, puis écolâtre de Saint-Georges ; mais le titre qu'il semble avoir prisé davantage, c'est celui de chanoine de Toul.
Pénétré de Tesprit de la Renaissance, en relations avec tous les artistes lorrains et étrangers. Pèlerin aborda tous les genres : il écrivit un éloge funèbre de Louis XI, resté manuscrit; il tourna ingénieusement le vers latin (1) et le vers français (2) ; il composa un fort volume in-folio de savants Commentaires sur Ptolémée (3) ; il publia le Texte de Hiob (Job) translaté selon la vérité hébraïque et bref commentaire sur icelluy (4); mais son ouvrage le plus marquant fut son livre sur la perspective : « Ce artifîciali per0pectii>a ». Ce traité remarquable, qu'il illustra lui-même de dessins fort bien faits, expliqués par un distique (5), eut, à Toul, de son vivant, trois éditions successives (6) ; il se traduisait et s'imprimait encore au
(1) On peut en juger par cette épigramme : •
« In libro ritae canversum scribe, Redemptor,
« Deque Peregrino facial tua gratta civem » (Ben.-Pic, loc. cit.].
(2) Voici quelques distiques, mis au bas des planches de sa l^erspeclive : Sous une maison de ville :
Telle maison que la présente Et quatre cens livres de rente.
Sous un pont:
Trente ans a, passay, en errant, Du Puy, ce pont, à Montferrant, etc.
(3) Ce gros volume, resté manuscrit, « ferré comme une porte do prison », faisait partie du trésor de la cathédrale. Les misères do la jxucrre forceront les chanoines à le vendre avec leur bibliothèque. Machon s'en porta acquéreur et le donna au chancelier Séguier (Machon, loc. cit.). La bibliothèque de Séguior, étant passée ù Monseigneur de Colslin, évéque de Metz, puis à l'abbaye do S' Germain-des-Prés, entra on 1791, à la Bibliothèque nationale. Mais le manuscrit de Pèlerin en avait été distrait: il ne figure même pas sur lo catalogue de S» Germain, dressé par Montfaucon (Montaiglon, Sotice sur Jean Pèlerin, Tross, Paris, 1860).
(4) Beaupré, Nouv. Rech., 22. — Cet ouvrage, édité on format in-4", no porte, ni date, ni lieu d'impression, ni nom d'éditeur. II est extrêmement rare.
(5) Il renferme soixante planches.
(ô) Xc artifîciali pcrépcctiva inij)rcêêiim îulli, ^clcrti epcra ^fctri Sacobi, pbri, incotc pagi e^ancti ?Ricolai (i5o5, i5io, 15211.
XVII® siècle (1) et, de nos jours, des hommes compétents le juf^ent digne d'estime (2)
Ainsi versé dans la science de Tarchitecture, Pèlerin était à même de diriger les travaux les plus minutieux : aussi le voyonsnous chargé par René II, de traiter une commande artistique avec Vimagier Jean de Crocq (3) et présider à Térection des monuments de saint Mansuy et de saint Euchaire (4). Il eut lui même des disciples et c'est Tun d'eux, Robert Joannetus (ou Pelitjean?) qui, lorsqu'il mourut, en 1524, lui rédigea une épi4aphe que l'on pouvait lire jadis, sous la tour, près de la porte du cloître (5).
Encore qu'il semble avoir pris cette curieuse devise: a Scias quod nescias : scis quod nescU (6) », Hugues des Hazards se piquait d'être un humaniste et môme un connaisseur : il entretenait avec tous ces personnages de cordiales relations et il tint fort bien sa place à cette aurore du x\p siècle. Il s'intéressa grandement à la publication du Ptolémée et, le 1^' avril 1509, Gauthier Lud lui écrivait que bientôt il verrait sortir « e.r armariolo nostro)) l'œuvre du géographe grec, soigneusement corrigée d'après l'original et enrichie de plusieurs additions (7). Philésius Vogesigena lui dédia un Eloge funèbre de René II, en vers élégiaques (8), et sa curieuse Grammatica figurata, enrichie d'images pour familiariser les enfants avec les premières notions de la grammaire (9) ; Symphorien Champier mit sous son patronage son fiecueil ou cronicques des hystoires des Roy animes d'Austrasie (10) et sa Rosa (iallica, omnibus sanitatem affec-
(1) La perspective pratique de Viator, latine et fran^aise^ revue, augmentée et réduite de grand en petit, par Mathurin Jousse de La Flèche. La Flèche, chez Georges Grivaud, 1635, in-8".
(2) Notamment, M. Gaston Save, op, cit.
(3) En 1496. — Arch. de M.-et-M., B. 994. — G. Save, op:cit.,21.
(4) Voir ci-après.
(5) Benoît-Picart {loc. cit.) nous l'a conservée.
(6) Demande, Les Vitraux de Blénod-lea Tout. Nancy, Crépin-Leblond, 1894, p. 29. — Cette devise accompagne l'cVu de Hugues des Hazards, dans le vitrail du fond du transept de droite.
(7) Schmitt, op. cit.
(8) Ibid.
(9) Beaupré, Rech., 68.
(10) Guillaume, fi^enot/, 234.