‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 249 sur 265 · CHAPITRE II. — HUGUES DES HAZARDS · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — HUGUES DES HAZARDS

tantihus utilis et necessaria (1). Jean Basin de Sandaucourt joignit à la JSancéide qu'il s'était chargé d'éditer, deux épîtres en vers et en prose à l'évoque de Toul (2) ; et Pillard, dans la Rusticiade, célébra ses qualités du corps et de l'âme, les grâces de son esprit et l'élégance de son langage :

(( Corporis excellens, animi quoque dotibus alti, « Ingenua virtute micans charitumque décore, « Ingenio prœstans, sermone politus ad unguem (3). » Il eût pu vanter aussi sa piété, car Hugues, en véritable évêque, sut donner à l'art sa plus noble mission : il l'employa à glorifier Dieu et ses saints. Comme son prédécesseur, il tenait en commende l'abbaye de Saint Mansuy dont la mense abbatiale était alors unie, de fait sinon de droit, à la mense épiscopale (4): il entreprit la reconstruction d'une partie des bâtiments claustraux. Il chargea Pèlerin, son homme de confiance, d'en diriger les travaux (o) ; il fit placer par lui, en 1512, dans la crypte où avait reposé le premier évoque de Toul, un cénotaphe en forme de table (6) et, sur cette pierre, Mansuy Gauvain sculpta en demi relief l'image énergique du vénéré pontife. Le saint porte, sous un riche surhuméral, une chasuble ornée du T toulois et de la croix de Lorraine. Hugues, on le voit, n'avait point oublié les désirs de René II : il voulait symboliser discrètement l'union tant souhaitée de l'évêché de Toul aux duchés de Lorraine et de Bar.

Il commanda pour sa cathédrale un buste d'argent où il enferma le précieux chef de l'Apôtre des Leuques. Il fit faire aussi par son sufîragant, Christophe du Boulay, la translation solennelle des restes de saint Amon : les ossements furent déposés dans une châsse d'argent, enrichie de pierres fines, présent de l'évoque, et

(i) Beaupré, Xonv. Rech., 25.

(2) Beaupré, Rech., 39.

(3) Rusticiade, I, f" 16, verso.

(4) Olry fut abbé de saint Mansuy (voir p. 542). — Raymond Perrault fut nommé abbé de ce monastère, le 16 juillet 1501, en môme temps qu'évoque de Toul (Arch. Vatic., S. C, IX, 121). — De même Hugues (voir p. 5:W).

(5) Gaston Save, op. cit., 50.

(6) Gaston Save, Le tombeau de saint Mansuy à Toul, dans Bull. Soc. Art. de l'Est, 1897. — Vanson, La crypte de saint Mansuy, dans Sem. Relig.,idS6.

le maxillaire inférieur, détaché du chef, fut mis dans un reliquaire surmonté du buste du saint prélat (i).

Ce fut sans doute aussi à son instigation que Jean Pèlerin éleva, dans la collégiale du bourg épiscopal de Liverdun, le cénotaphe de saint Euchaire que nous admirons encore aujourd'hui, comme Tun des beaux monuments de la Renaissance en nos régions (2). Hugues unissait ainsi le culte du beau au culte des saints et il donnait à Tart une noble mission : glorifier Dieu et honorer les héros que la reconnaissance du peuple leuquois vénère comme ses ancêtres dans la foi et les premiers auteurs de sa civilisation.

Notre prélat releva aussi de ses ruines Termitage de Sainte- Menne, près de Puzieux (3), et il le dota d'une vaste et magnifique chapelle. 11 construisit Téglise de Blénod-les-Toul , splendide édifice de l'architecture flamboj^ante; il l'enrichit de belles verrières (4) et il s'y prépara, au côté droit de l'autel, un mausolée analogue à celui que l'on venait d'élever à René II, aux Cordeliers de Nancy (5). Il s'y fit représenter couché, les mains jointes, avec les ornements pontificaux et le surhuméral. Au-dessus de lui, se tiennent les sept arts libéraux, objets de ses études, et au-dessous, dix pleureuses qui soutiennent une banderole avec cette inscription laconique, mais éloquente : « Piasci, labinarey mori (6) ».

Il répara et fortifia le château de Blénod ; il y fit aménager des loges qui servaient, en temps de guerre, de refuges et d'abris, et il y fonda un hôpital pour les pauvres et les malades.

Mais ses bienfaits ne se bornèrent point à son village natal ; il les répandit sur toute l'étendue de son temporel, jetant des ponts sur les rivières, réparant les chemins, creusant des canaux et des

(1) Voir p. 45, n. 1.

(2) Gaston Save, Jean Pèlerin, 53. — Voir p. 32 et sq.

(3) Voir p. 35, n. 1.

(4) Cf. Démange: Les Vitraux de Blénod.

(5) Les ressemblances frappantes qui existent entre ces deux cénotaphes autorisent à les croire du même auteur. Quel est cet artiste? Il ne paraît pas probable à M. G. Save (loc. cit,) que ce soit Mansuy Gauvain auquel la tradition pommune les attribue.

(6) Cf. Guillaume, Blénod, 81.

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