‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 254 sur 265 · CHAPITRE m. — JEAK DE LORRAINE · texte numérisé non relu

CHAPITRE m. — JEAK DE LORRAINE

vicaire-général, il administra de loin le diocèse. Son épiscopat ne fut point pourtant tout à fait stérile pour notre Eglise. Son titre de légat lui procurait le droit de donner descoadjuteurs aux chanoines et raôme d'accorder des réserves et des expectatives. Il profita de cet avantage pour faire tomber les bénéfices en des mains lorraines ; il interrompit ainsi cette invasion de sujets étrangers qui depuis si longtemps profitaient du droit de réserve pontificale, pour s'introduire dans les prébendes et même dans les cures, au grand détriment de Tunion et de la paix. C'était poursuivre le plan de son père et de son frère : « La Lorraine aux Lorrains ». Aussi, ses compatriotes lui en furent-ils reconnaissants. Seuls les chanoines élevèrent quelques protestations: ils ne voyaient point sans inquiétude tomber en désuétude leur droit d'élection aux stalles de Saint Etienne; mais leur voix ne fut point entendue et ils durent se consoler en constatant que le cardinal n'abusait point de son pouvoir discrétionnaire et considérait dans ses choix moins la faveur que le mérite.

La môme préoccupation patriotique, unie, ilfautle reconnaître, à quelque tendance vers ce que Ton appela depuis les libertés gallicanes, poussa le duc Antoine à renouveler, le 13 décembre 1;j19, un édit porté par René II, en 1484 (1). Les étrangers, les Italiens surtout, qui possédaient ou disputaient des bénéfices dans le diocèse, transportaient directement aux tribunaux romains toutes leurs contestations en matières ecclésiastiques : c'était mépriser l'ofTicialité épiscopale et contraindre la partie adverse à de fâcheux déplacements, à des frais considérables ou à d'onéreuses transactions. Les clercs indigènes se plaignaient à bon droit de leur infériorité et nos princes ne supportaient qu'avec peine cette ingérence de juges étrangers. Antoine donc, et en cela il dut être approuvé par son frère, défendit de nouveau,, sous des peines sévères, que a nul, de quelque estât, qualité ou condition qu'il soit, puisse désormais faire citer en Cour de Rome, en première instance, soit par edictum ou autrement, les sujets de ses pays de Lorraine et Barrois.... ne pareillement exécuter, ne afficher aucunes chartes ou

(1) Rogévillc, Dict. des OriL, I, 223.

sentences exécutoires, soit pour matière bénélîciale ou autre, sans ce faire, avoir obtenu congé, placet ou licence ».

Le duc s'occupait ainsi presque autant des affaires du diocèse que le cardinal de Saint-Onufre, lequel s'absorbait en des négociations de toutes sortes. A la mort de Maximilien (1519), les deux fils de René II travaillèrent à faire élire au trône impérial le roi de France, François T-r. Ils ne réussirent pas et Charles-Quint remporta, le 20 juin 1519. Comme droit de joyeux avènement, le chapitre dut offrir au nouveau césar la nomination à la première prébende qui deviendrait vacante; les bourgeois lui versèrent deux mille florins d*or et François I^^^, ne voulant pas rester en arrière, leur réclama une somme égale, « comme droit de garde et de protection ». Les pauvres Toulois expiaient durement leurs avances d'autrefois.

A partir de 1521, le cardinal de Saint-Onufre résida presque continuellement à Rome et, de là, il veilla, avec le plus grand soin, aux intérêts du roi de France. C'est là qu'il connut l'évoque démissionnaire de Bayonne. Issu d'une noble famille d'Auvergne, Hector de Rocheforl d'Ailly (1) avait fait en Sorbonne de brillantes études et obtenu une stalle à la cathédrale de Paris. Louise de Savoie, la mère de François P'% l'avait distingué, choisi pour son conseiller, fait envoyer en ambassade auprès de la république de Venise et nommer, en 1520, au siège épiscopal de Bayonne. Là, au pied des Pyrénées, sa douceur et sa piété lui avaient mérité le surnom de « bon évêque » ; mais les intrigues de quelques mécontents avaient tellement contrarié son ministère qu'il s'était décidé à quitter sa chaire, vers 1523, et à se retirer à la cour pontificale (2).

Jean de Lorraine ne tarda point à estimer un homme de ce mérite. Préoccupé d'assurer le service des âmes et de ne point diminuer ses revenus, il trouva dans son désintéressement le moyen de tout concilier. 11 lui offrit de lui résigner le siège de Toul, s'il voulait bien secontenter de la juridiction et delà portion

(1) La maison de Rochefort d'Ailly portait de gueules à la bande ondée d'argent accompagnée de six merlettes de même, 5, 2 et 4.

(2) Gallia, I, 1320.

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