‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 256 sur 265 · CHAPITRE III. — JEAN DE LOIUUINE · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — JEAN DE LOIUUINE

prêtres toulois ne pouvaient- ils pas s'autoriser de Texemple désastreux que leur donnait le cardinal de Saint-Onufre.

Ces préparatifs de défense ne devaient point suffire. Les Rustauds s'agitaient de l'autre côté des Vosges : la guerre était inévitable (1). Antoine fit appel au clergé et à la noblesse. Les chevaliers et les seigneurs accoururent se ranger sous sa bannière : l'évêque de Verdun lui envoya des soldats et de l'argent ; le cardinal Jean de Lorraine lui accorda quinze mille francs sur son temporel de Metz et sept mille sur celui de Toul ; le chapitre de Saint-Etienne lui permit d'abord de lever deux sous, par jour et par conduit, sur ses sujets pendant toute la durée de la guerre ; puis, changeant de dessein et craignant pour l'avenir, il se racheta de cette obligation par le versement de neuf mille francs barrois. Et non content de cette offrande, il fondit encore des reliquaires et des statues et fît un second versement de trois cent quatre-vingts marcs d'argent. Tout le monde sentait que cette campagne allait décider du sort du Catholicisme en Lorraine : c'était une véritable croisade nationale.

Avec l'aide de son frère, Claude de Guise, gouverneur de Champagne, Antoine marcha contre les Rustauds, les tailla en pièces, à Saverne, le 16 mai 1525, et le 21, à Scherweiler, près de Schlestadt : en cinq jours, le danger fut conjuré et Antoine put bientôt venir s'agenouiller dans la cathédrale de Toul, rendre au Dieu des victoires de solennels hommages et offrir, comme gage de sa reconnaissance, une tapisserie magnifique qu'il avait promise par vœu. De toutes parts, lui arrivèrent des félicitations et le chapitre de Toul, pour lui témoigner sa joie, lui fit porter, par l'archidiacre Jean de Luister, six grandes tasses en vermeil.

Depuis 1521, la guerre régnait presque sans interruption entre les deux anciens concurrents au diadème impérial. François I, vaincu et fait prisonnier à Pavie (24 février 1525), avait acheté sa liberté par l'onéreux traité de Madrid (14 janvier 1526) et n'avait point tardé à reprendre les hostilités. Il visait les Trois-Évéchés et

(!) Sur la guerre des Rustauds, voir les historiens lorrains, Digot par exemple, IV, 243 et sq.

oSi LIVRE VI. — PREMIÈRE MOITIÉ DV XVI« SIÈCLE

il avait donné Tordre à ses troupes de Champagne de s'emparer du château de Void. Antoine, qui voulait tenir ses Etats dans une stricte neutralité et leur épargner ainsi les horreurs d'une double invasion, garnit de soldats ses frontières et fit prier le chapitre de recevoir une garnison lorraine dans la forteresse menacée. Les chanoines se rendirent à vses raisons et aux instances d*Hector d'Ailly. Philippe de Mousson entra dans le château de Void, tandis (ju'avec l'autorisation d6 Tévôque, Philbert de Lenoncourt occupait la ville de Liverdun. Les Français n'osèrent passer outre et la Lorraine ne fut point troublée.

Le pays jouissait alors d'une paix profonde sous la paternelle administt*ation du « bon Duc )); Hector d'Ailly, devenu chancelier de Lorraine et chef du Conseil, aida le prince de toutes ses forces à ^choisir des magistrats intègres, à procurer à ses peuples prompte et équitable justice, et il fut employé par lui à plusieurs ambassades auprès de Clément VII et de Charles-Quint.

Il ne put toutefois épargner à son diocèse les horreurs d'une nouvelle peste qui sévit en 1529, fit de nombreuses victimes et réduisit le pays à la désolation. Et pendant ce temps, si éprouvés qu'ils fussent, la Lorraine et l'évêché contribuaient de leurs deniers à la croisade contre les Turcs. Après s'être emparé de Rhodes (1520) et de Belgrade (1521), Soliman le Magnifique avait envahi la Hongrie en 1526 ; dès 1529, il était sous les murs de Vienne : il y avait donc péril imminent pour l'Empire et pour la Chrétienté. Charles-Quint fit appel à tous ses vassaux et réclama des soldats et des ressources. Antoine, Hector, le chapitre, la ville de Toul lui envoyèrent des troupes et levèrent l'impôt demandé : le duc versait par mois quatre mille florins pour la paye de son armée ; l'évêque et le chapitre, cent vingt florins: c'était une charge fort lourde; aussi, quand le cardinal de Lorraine voulut obliger les chanoines à envoyer à leurs frais des représentants à la diète qui devait se tenir à Esslingen, il ce heurta à un refus formel : ne s'était il point engagé, lui répondit-on, non seulement à faire toutes les reprises du temporel, mais encore à représenter le chapitre dans ces assemblées. 11 dut céder ; mais il garda rancune et,

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