‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 257 sur 265 · CHAPITRE ni. — JEAN DE LOURAINE · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni. — JEAN DE LOURAINE

plus encore qu'auparavant, il disposa, à son gré, de la collation des prébendes.

Il y avait du reste, dans les Trois-Evêchés comme en Lorraine, une tendance à se séparer complètement de TEmpire (1). Pour donner quel((ue cohésion à ce grand corps germanique, si morcelé, si divisé après ces luttes interminables du moyen Age, Maximilien, à la diète de Worms, en 1495,avail fait interdire les guerres privées, voter un Landfrid pour fournir aux moyens d'assurer l'ordre à l'intérieur et établir la Chambre impériale de Spire, cour suprême qui avait pour mission de mettre les perturbateurs au ban de l'Empire. Les liens étaient donc resserrés ; toutefois, sous le gouvernement assez faible de Maximilien, on ne s'aperçut guère du changement et il s'éleva contre le nouveau 'régime fort peu de réclamations. La situation se modifia sous Charles-Quint. Le Landfrid, surtout après les menaces des Turcs, tendit à devenir une institution et la Chambre de Spire, un tribunal d'appel de toutes les juridictions particulières.

La cour de Lorraine ne voyait point cette transformation sans inquiétude. Déjà, à la diète de VVorms, René II avait déclaré que son duché ne relevait de personne et Antoine, continuant cette fière politique, apporta, en 1532, à la diète de Ratisbonne, un long mémoire où par des raisons historiques qui, aujourd'hui, nous semblent bien mesquines, il prouvait l'indépendance de sa couronne. Il fut écouté et put dès lors se promettre le succès.

Encouragés par cet exemple, Hector d'Ailly et ses collègues de Metz et de Verdun, tentèrent des revendications analogues. Ils ne prétendaient pas, comme Antoine, être en dehors de l'Empire ; ils s'en avouaient feudataires et déclaraient ne pas vouloir briser leurs liens de vassalité. Mais, ils remontraient à Charles-Quint (on n'était pas alors très scrupuleux en histoire) qu'à l'origine, dans le

(1) Sur cette affaire, lire dans le Jahrbiich der Gesellschaft fiir Lothringische Geschichte, 1890, pp. 18;i-213, un article du D' 0. Winkelmann : Beitnpge zur Geschichte des Stantrechtlichen Heziehungen Lothringens zum Reich inieJahrhundert.

La réclamation des Trois-Évêch<^s est donnée à la page 207 : c'est la traduction en allemand du texte original français.

haut moyen-âge, leurs précesseurs, princes souverains, ne relevaient que du pape et seulement en matière spirituelle. Menacés dans leur pouvoir par les Lorrains, les Bourguignons et les Français, ils avaient jugé bon, dans la seconde moitié du xui^ siècle, de se placer sous le protectorat de l'empereur, en recevant de lui les régales. La situation des Évèchés était donc bien diBérente de celle des autres états : ils étaient des fiefs libres, et par suite exempts d'impôts.

Encore qu'ils invoquassent aussi la prescription et qu'ils établissent l'exagération manifeste de la contribution, relativement à la valeur actuelle de leurs régales, Charles qui craignait moins nos prélats que le duc de Lorraine, déclara leurs réclamations mal fondées, exprima l'espoir qu'ils fourniraient la cotisation pour le Turc et renvoya l'examen de leur demande à la diète qui devait se tenir à Spire, le l*^"^ avril 1533. L'atïaire n'avait donc pas abouti : princes du Saint-Empire, les évêques de Metz, Toul et Verdun restaient membres du corps de la nation germanique. Cet échec ne devait point contribuer à accroître les sympathies pour Charles- Quint.

Sur ces entrefaites, Hector d'Ailly était mort à Nancy, le l^'mars 1533(1). Il avait fait construire dans sa cathédrale, en face l'une de l'autre, .deux chapelles, qui sont devrais bijoux d'architecture ; dans l'une, dédiée à sainte Ursule et aux onze mille Vierges, il plaça un reliquaire d'argent ciselé qui contenait les chefs de deux compagnes de sainte Ursule, qu'il avait obtenus de Tarchevôque de Cologhe (2) ; dans l'autre, devenue la chapelle des Évêques, il trouva sa dernière demeure et il y fut rejoint par quatre de ses successeurs (3).

(1) Arch. de M.-et-M., G. 75, 4» Martii 1633. — Benolt-Picart (p. 620) donne la date de 1532, d'après l'épitaphe, ne se souvenant plus que cette date est dans l'ancien style.

(2) Epitaphe, d'après Ben. -Pic., p. 6-21. — Sche(îuta\ dans Calmet, I, ccxxxix.

(3) On a longtemps prétendu, d'après les Schedulœ (ibid.) et Ben. -Pic. {loc.citj, que Hector d'AlUy fut inhumé dans la chapelle de Sainte-Ursule, laquelle était située auprès de la porte du cloître, sur le côté méridional de la cathédrale. Guillaume {Mém. Soc. Arch. lorr.^ 1863, p. 140), Le Mercier de Morière {Ibid., 188^1, p. 169), et Fourier de Bacourt {Épitaphes^ n* 16) ont prouvé qu'il a été enterré dans la chapelle des Evêques^ située en face.

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