CHAPITRE III. — JEAN DE LORRAINE .->8o
Suivant les conveotions, le cardinal Jean de LorraiDe devint administrateur apostolique de son ancien dioci'se, se présenta au chapitre en cette qualité et lit son entrée solennelle à Toul en 1535. Il garda l'évêclié jusqu'au 15 janvier 1537, jour où il le céda, sous les mêmes réserves qu'auparavant, à un prêtre d'Avignon, Antoine de Pèlegrm()).
Le nouvel évéque fit présenter ses bulles au chapitre, le 25 juillet (2), prit* possession par procureur , le 30 du même mois, et entra dans sa ville épiscopale, le G décembre suivant, fête de saint Nicolas. H eut la joie de recevoir, le 28 avril 1340, d'Antoine de Lorraine (3), une côte de saint Etienne qu'il plaça sous une magnilique statue que la cathédrale devait à la piété de Nicolas Le Sane. Continuant l'œuvre réformatrice d'Hector d'Ailly, il intenta un|)rocès aux chanoines ({ui, malgré les prescriptions canoniques, possédaient, en plus de leur prébende, une ou plusieurs cures; mais, chose caractéristique qui fait paraître au vif le désordre de cette épu<iue, il échoua en Cour de Rome. Il publia aussi, en 1541, une nouvelle édition des statuts diocésains qu'il avait fait préparer dans un syuorle ; mais ses prêtres ne voulurent point l'accepter et ils en appelèrent au souverain pontife. Les bourgeois, de leur côté,
(1J Arch. VbHc, S. C, lli, p. 301. — ■ Rexerialio frwtuum et rtgn Talleiixem. favire Joanniu, ranl. S. Hoiiofrii, rr^nanlf vri deet-ilenle Ai {Ibid., p. 37.1. La liimlllc dr PHegrin portult lie giieutrg xe/pé lie c
|2) Arcb. dn M.-ct-M., 1!. la, f I7;i. Cil ibiil., C 177.
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se soulevèrent contre son autorité, prétendant ne vouloir d'autre souverain que l'empereur (l).
Désolé de toutes ces oppositions, Antoine prit le parti de se retirer en Provence ; il y mourut peu de temps après, vers le mois d*août de Tannée 1542 (2), et, pour la troisième fois, le cardinal Jean reprit l'administra tion du diocèse.
Cependant, le Protestantisme faisait des progrès inquiétants. Les prédications de Pierre Tossany, de Guillaume Fa rel, de Jean Le Clerc et l'appui que Ta venturier Guillaume de Furstemberg fournissait aux novateurs, avaient fait de la cité épiscopale de Metz un boulevard avancé du Luthéranisme. La Lorraine était sérieusement menacée et les Etats-Généraux, réduis à Nancy en 1539, remontrèrent au souverain la nécessité de prendre des mesures énergiques. Le 13 octobre, parut un édit qui défendait de prêcher rhérésie, sous peine de mort par le feu et de confiscation des biens (3). Nul ne pouvait posséder des livres hérétiques ou des traductions françaises de la Bible ; les hôteliers ne devaient « tenir propos, paroles ou devis des articles denostre foi, soit avec estrangers ou gens du pays logés chez eux » ; sinon ils seraient passibles d'une amende arbitraire, et ils devaient prévenir la justice quand ils entendaient dans leurs auberges des conversations de cette nature. Tout colloque sur les articles de religion ne pourrait avoir lieu qu'avec l'autorisation de Tévêque du diocèse et en présence des officiers chargés de la police. Les prélats de Toul, de Metz et de Verdun étaient invités à redoubler de surveillance, et le cardinal Jean, répondant à l'appel de son frère, confia les fonctions d'inquisiteur au sufïragant, le dominicain Didier Apis, homme actif et sévère qui ne trompa nullement son attente. C'est ainsi grâce au zèle, à la vigilance, à la décision du vainqueur
(1) Catalogue Noël, n» 1702.
(2) Arch. de M.-et-M., Cf. 75, f» 97. Antoine était déjà mort le 18 août 1542, puisque le chapitre, en ce jour, « entendu le trépas de Monseigneur de Toul, » ordonne au scelleur du grand scel de ne rien sceller sans la permission du chapitre.
(3) Rogéville, Dict, des Ordonn., I, ;W52.
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des Rustauds qu'échouèrent en Lorraine les premières tentatives du Protestantisme. Peut-être les intentions d'Antoine ne furentelles pas toujours désintéressées: en travaillant pour l'autel, il voulait surtout travailler pour le trône ; mais le flls de Philippe de Gueldres n'en a pas moins un droit incontestable à notre reconnaissance. A lui, notre Lorraine doit, selon le mot du Martyrologe protestant, d'avoir été « de tous les royaumes et pays de l'Europe, celui où Dieu a- le moins répandu ses faveurs spirituelles (1) )).
(1) Martyr, protent., éd. 1618, p. 1603.