CHAPITRE IV. — KÉLNION DE TOUL A LA FRANCE
Charles-Quint, ne voulant pas condamner sa nièce, pria le duc de Guise d'arranger l'affaire. L'évèquefut apaisé par la promesse qu'on lui fit d'être chef du Conseil de Lorraine ; les délégués du chapitre ne purent résistera des offres séduisantes. Ils firent valoir auprès de leurs confrères toutes sortes de raisons, plus ou moins plausibles, obtinrent un vote favorable, mais ne purent calmer le mécontentement qu'inspirait une justice aussi louvoyante.
Indisposés contre l'empereur, favorables au duc de Guise et au cardinal de Lorraine (1), les chan^^ines n'avaient point pourtant le projet de se donner au roi de France. François l^^ devait se rendre dans le pays, vers le mois d'octobre 1546 ; le chapitre manda au prévôt de Void de recevoir dans le château de ce bourg le monarque, le duc ou le cardinal, mais de refuser « le plus gracieusement possible » l'entrée de la forteresse à tout autre capitaine français (2). On voit que les chanoines toulois prétendaient se conduire en voisins bienveillants plutôt qu'en sujets obséquieux. Soucieux de maintenir leur indépendance et leur neutralité, ils interdirent de même à leurs hommes de la prévôté de Void de se rendre aux injonctions de Dorval, gouverneur de Ligny-en-Barrois, et de fournir des corvées, pour aider aux fortifications de Pilviteuil (3). Et, comme Dorval ne tenait nuJ compte de cette défense, ils lui dépêchèrent Jean Forget, abbé de Saint-Léon et chantre du chapitre, pour lui représenter que cette prévôté de Void n'était point du royaume. Ils ne s'attendaient guère à voir retourner contre eux leurs protestations d'autrefois. Le gouverneur répondit à Forget que, non seulement ses collègues avaient reconnu la souveraineté de la France sur ce territoire (4), mais qu'ils avaient
(1) (( 30 mars 1545. — Sera fait présent de deux feuillettes de bon vin, une de blanc et une do cléret, si se peut en avoir de bon des deux sortes, à Mgr le Cardinal de Lorraine, à Mgr le duc de Guise, au comte d' Au maie et aux autres princes » [Reg. des délib, cap, Arch. de M -et-M., G. 76, f» 174).
(2) Ibid., G. 77, f 55, 15 octobre 1546.
(3) Arch. de M.-et-M., G. 77, f» 74. — PUviteuil^ chàtoau-fort, aujourd'hui ruiné, près do Ligny.
(4) N'avaient- ils pas redemandé, le 26 février 1511, de nouvelles lettres de garde, pour leur prévôté de Void ? (Arch. de M.-et-M., G. 75). — Or, pour une puissante nation, le protectorat est bien voisin de l'annexion.
même avoué jadis que les plus beaux domaines de leur temporel étaient autant de bienfaits de ses rois. 11 leur rappela que le Parlement de Paris avait autrefois réclamé contre les démarches qu'ils avaient faites, pour obtenir des princes de la Maison de Saxe la concession des droits régaliens. Il leur reprocha d'avoir suivi Tempereur aux sièges de Ligny et de Commercy, au mépris de leurs lettres de neulralité. L'abbé de Saint-Léon ne put qu'alléguer la nécessité où le chapitre s'était trouvé d'obéir à son suzerain et il s'en retourna très mortifié. Les chanoines, à son retour, durent perdre encore quelques-unes de leurs illusions.
Sur les entrefaites, François h'^ mourut, en mars 1547; mais sa politique lui survécut en son fils Henri 11. La reprise des hostilités était imminente. Le nouveau roi voulut s'assurer des intelligences à Toul. 11 accorda, dès le mois d'août, des lettres de garde et de protection à la cité leuquoise (1) et, sur son ordre, François de Guise se rendit en cette ville, au printemps de 1548, eut plusieurs conférences avec les chanoines et les bourgeois les plus attachés à la France et exploita l'animosité qui grandissait contre Charles- Quint. Les demandes de secours se multii)liaient: cette année-là même, la ville avait été taxée à sept mille sept cents livres, et le chapitre se lassait des « dons gratuits » qu'il lui fallait payer sans cesse. Surtout, il ne pardonnait point à l'empereur d'avoir entrepris sur ses droits, en donnant un brevet pour la chantreHe de leur Eglise à Nicolas Bonvalet, abbé de Luxeuil et administrateur de l'archevêché de Besançon. Il avait élu à cette dignité, Nicolas de Rogeti, le préférant à Pierre du Chàtelet, abbé de Saint-Martinles-Metz, le futur évêcjue de Toul. Nicolas de Rogeti avait pris possession au mois d'octobre 1549 ; mais, il crut prudent de s'incliner devant l'ordre impérial et céda la place à l'abbé de Luxeuil.
Toussaint d'Hocédy vint encore accroître le mécontentement. Les chanoines ne lui avaient point accordé leur affection: ils lui reprochaient, non sans quelque raison, son ambition et sa cupi-
(1) Benoît- Picart, xlv.