CHAPITRE
Époque de Tapostolat de saint Mansuy
Tout est dit et Ton vient trop tard, depuis plus de deux cents ans I qu'il y a des érudits et qui discutent sur les origines des Eglises
I des Gaules (1). Question complexe, question sans doute insoluble^
que je n'ai point la prétention d'élucider: je me bornerai à relater I les opinions qui divisent les historiens, sans me faire scrupule
toutefois de marquer où vont mes préférences. î Au x% au xiv*', au xvi® siècles, hagiographes, historiens, fidèles,
tous étaient persuadés que les premiers apôtres des cités gauloises I avaient été envoyés par saint Pierre ou par ses successeurs. immé-
[i] Biblioj,'raphio, do la question. — Pour l'Apostolicité : i Mgr Darboy, Traduction des Œurrea de f(ainl Dénia l'Àréopagite. 1845, in-8'.
j Dans ïlntroductinn, l'auteur effleure la question de l'identité des deux saints
Denis, d'Athènes et de Paris : mais il ne se prononce pas catégoriquement et Ton dit qu'un jour, en conversation, il assura avoir autant de raisons pour la négative qu'il en avait exposé pour l'affirmative. — - Mgr Freppel, St Irénée. Paris, Bray et Retaux, 1870, in-8% p. 51 etsq. — M. Faillon, Monuments inédits sur l'apostolat de sainte Marie-Madeleine en Prorence, oie, Paris, Migne, ltfô9, 2 vol. in-4''. — L'abbé Arbellot, Dissertation sur l'apostolat de satnt Martial. Paris, 185^>. — De Laigle, Mémoires pour l'Église de Tout (il fait toutefois quelques réserves). — Godron, Examen ethnologique des têtes de saint Mansuy et de saint Gérard {Mcm. Àcad. Stan.^ 18G4). — L'abbé Vanson, Les origines de ; l'Église de Toul. {Sem. Relig. de la lorraine, 1884-1886, 1888-1891.) La seconde
! partie a été tirée à part : Nancy, Vagner, 1892. — Bellet, Les Origines des
Églises de France (réfutation de l'abbé Duchesne). Paris, Picard, 1896; 2» édit., 1898. — L'Hôte, Saint-Mansuy, dans Sem. Relig. de Saint-Dié^ 1877 ; La vie ! des Saints du diocèse de Saint-Dié. Saint-Dié, Humbert, 1898, p. 7 et sq., etc.
' Contre l'Apostolicité :
Duchesne, .Ve?wo ire .sur l'origine des diocèses épiscopaux de l'ancienne Gaule. {Mém. Soc. des Àntiquaii'es de France^ 1889) ; Fastes épiscopaux de l'ancienne
l8 LIVRE PREMIER. — ÉVANGELISATION DES LEltQl*ES
diats, dès les temps apostoliques, et la constance, Tuniversalité de cette tradition semblent à beaucoup d'auteurs une preuve irréfutable delà haute antiquité des Églises gauloises.
Saint Ju.stin (c. 140) (1), Hégésippe (c. 180) (2), Tertullien (c. 200) (3), Eusèbe de Césarée (4), etc., ne montrent-ils pas le Chris tianisme propagé et installé dans toutes les nations du monde romain ? Ces auteurs, il est vrai, parlent plutôt en apologistes : ils peuvent être quelque peu suspects d'exagération, mais leurs assertions trouvent un singulier appui dans deux passages de saint Irénée. Le grand docteur, dans son livre sur Les hérésies, constate
Gaule. Paris, Thorin, 189i ; Articles parus dans le Bulletin Critique, pour répondre à l'abbé BcUet (18U6). — Benolt-Picart, Histoire eccléniastique et politique delà ville et du diocrse de Tout, p. 14i et scj. — De Rip^uet, Système chronologique, historique des Évéqnes de Tout. Nancy, Barbier, 1701, in-8*. — Dom Calmcl, Histoire de Lorraine, 2* édition, I, Dissertations préliminaires sur les diocèses lorrains. — Acta Sanctoruw, Septembre, I, Vita Sti Mansueti. — Clouet, Histoire ecclésiastique de la Province de Trêves, I, 38 et sq. — Digot, Histoire de Lorraine, I, 68 et s(j. — Guillaume, Histoire du dioci'se de Tout, l, 1 et sq, (Il expose loitefois les deux opinions.) — Plister, Article bibliographique sur la Semaine Religieuse de yancy {Annales de l'iist, 1887, p. 251), «'le.
(1) St Justin : « Il n'y a aucune race de mortels, (irecs ou Barbares, soit des Scythes qui habitent leurs chars errants, soit des tribus nomades, soit des peuples pasteurs, au sein de laquelle des prières et des actions de grâce ne soient au Père et Créateur de toutes choses, au nom du crucifié Jésus. » f Dialogue avec Triphon, c. 117.)
(2) Hégésippe : « Dès son aurore, le Christianisme pénétra parmi toutes les tribus de la race humaine et aucune nation de l'Empire romain ne resta étrangère à son culte. » (Livre II, De excidio hierosolymitano, dans Grabe, .S/)tct7cgium Patrum, II.)
(3) Tertullien : « Nous ne sommes que d'hier et nous avons rempli tout ce qui vous appartient, etc. » [Apologétique^ c. XXXVII.)
« Les dernières limites des Espagnes, les diverses nations des Gaules, les retraites des Bretons inacc(?ssibles aux Romains ont entendu le nom de Jésus- Christ. )) (Contra Judœos, c. VH.)
4 Hist. eccL, V, c. 23 (Migne, Patrol.grecq., XX). — Eusèbo, à propos de la controverse do la PAque, en iOii, énumèreles contrées qui envoyèrent des évéques au concile tenu en Palestine sous la présidence de Théophile, évêque de Césarée. On trouve cette mention : « Kàt twv xa-rà TaXÀLav tîk Traooixiûv â; 'EipiQvato^ titi(r/.bTzi\.. ))
Et auparavant [Ibid.)^ relatant la lettre des chrétiens de Vienne et de Lyon sur la persécution de 177, il dit que les Églisos de Vienne et de Lyon sont les plus en vue de la région des Gaules : • a't rr/îg fîta^avéoraTat 'ExxÀTQO-Lat w, terme qui semble indiquer qu'il y en avait d'autres.