‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 36 sur 265 · CHAPITRE I. — ÉPOQUE DE l'aPOSTOLAT DE SAINT MANSUY · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — ÉPOQUE DE l'aPOSTOLAT DE SAINT MANSUY

l'unité de la foi chez tous les peuples qui ont entendu l'Évangile : « Ni les Eglises qui sont établies dans les Germanies, ni celles qui sont établies chez les Ibères ou chez les Celtes ne croient autrement (1) : » et plus loin : a De notre temps, il y a des contrées barbares, telles que l'Espagne, la Germanie, qui se conservent dans la pureté de la foi qu'elles ont reçue des Apôtres. »

Si en liermanie, dès le ii* siècle, il y eut des Églises établies et depuis longtemps fidèles, comment n'y en aurait-il pas eu dans le nord et Test de la Gaule ?

Quelque temps après (vers 250), saint Gyprien, évoque de Garthage (t 258), demande au pape, saint Corneille, d'autoriser les évèques des Gaules à déposer l'évêque d'Arles, Marcien, et il dit, dans sa lettre,, qu'il a écrit à ses collègues établis dans les Gaules « Ad coepiscopos in Gallia conslitutos (2) ».

Pendant la persécution de Dioclétien, des chrétiens, pour échapper à la mort, avaient apostasie. Donatet plusieurs évêques d'Afrique voulurent soumettre ces pécheurs à un second baptême. Condamnés par d'autres, ils demandèrent à Constantin de prendre comme arbitres des prélats gaulois. Un concile fut tenu à Arles, en 314 ; un grand nombre d'évôques gaulois s'y trouvèrent, entre autres Agrèce, évêque de Trêves (3). Le Christianisme éUiit donc déjà fort ancien dans les Gaules, puisqu'il y possédait tant (ie sièges épiscopaux, et saint Hilaire, évêque de Poitiers, pouvait écrire en 360: « Aujourd'hui, chaque ville possède son Eglise particulière. »

Voilà quels sont les arguments généraux de ceux qui tiennent pour l'apostolicité des Églises des Gaules. Si maintenant nous passons à Toul, nous trouvons saint Mansuy, comme premier évêque de cette cité.

Une tradition locale, longtemps incontestée, a fait de cet apôtre un disciple de saint Pierre. A quel siècle remonte cette tradition ? nous l'ignorons et les plus anciens témoins sont les Gesta

(1) ft 'OÛTS al £v rspixaviatç i^pujxivai ExxXYjdtai. )) {Àdv. HœreHes.Liw 1, ch. x. Patrol. grecq., VU.)

(2) Cypriani opéra, Ep. 67. (Migne, Patrol. laL, III, c. 9Î)0 et sq.)

(3) ConciL Areïai. dans Mansi, l. II.

20 LIVRE I^HEMÎEH. — ÉVANGKLtSATION DES LEl'OCES

episcoporum tullensium, ensf'.mhle de notices succinctes commencé vers la fin du ix« siècle (l), et la Vie de saint Mansuy, écrite par Adson, dans la seconde moitié du x® (2), amplification pieuse, œuvre d'imagination plutôt que de critique. Les affirmations de ces ouvrages répondaient aux idées de tous ; elles furent acceptées sans aucune difficulté et servirent d'appui aux chroniqueurs, aux rédacteurs des bréviaires et des martyrologes, jusqu'au

xviir siècle.

Dans deux séries d'articles fort intéressants, publiés par la Semaine religieuse de la Ijyrraine, de 4884 à 1886 et de 1888 à 1891 (3), M. l'abbé Vanson a voulu établir sur des bases plus solides cette tradition touloise et, après avoir examiné quel appoint lui apportent les différents documents: les Gesta, Adson et les autres historiens, les monuments liturgiques, les reliques, il a généralisé la question et employé une méthode excellente. Il a cherché à quelle époque les différentes Églises de France font remonter leur évangélisation ; il a constaté que la plupart prétendent remonter au premier siècle : Marseille et la Provence revendiquent saint Lazare et ses deux sœurs, Marie-Madeleine et Marthe ; Arles et Vienne, saint Trophime et saint Crescent, disciples de saint Paul ; Limoges, saint Martial, l'un des soixante douze disciples; Paris, saint Denis l'Aréopagite ; Trêves, les saints Euchaire, Valère et Materne, tous trois envoyés par saint Pierre ; Lyon seul ne se reconnaît comme premier apôtre qu'un missionnaire du ii® siècle, saint Pothin (f 177).

L'auteur ne s'est point borné à constater: il a tenté d'établir la justesse de ces affirmations. Il allait poursuivre ses investigations et soumettre au même examen les traditions des Eglises voisines : Reims, Châlons, Metz, Verdun. Il aurait constaté là les mêmes prétentions et il aurait conclu que, dans un tel ensemble, l'Eglise de Toul ne peut faire exception. Il a été arrêté par la mort, mais il était tellement convaincu de la valeur de ses déductions et de ses

(1) Voir VÀvant'Propos.

(2) Idem.

(3) Les origines de l'Eglise de Toul. La prcmièrn partie discute les sources ; la seconde étudie les origines d<\"< Églises de France.

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