‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 37 sur 265 · CHAPITRE I. — ÉPOQUE DE L'aPOSTOLAT DE SAINT MANSUY · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — ÉPOQUE DE L'aPOSTOLAT DE SAINT MANSUY

preuves, quMl écrivait, au commencement de son chapitre VIII : « Le lecteur qui nous a suivi jusqu'à présent, sans parti pris d'avance, sera, croyons nous, fortement incliné à admettre Tapostolicité d'un certain nombre d'Eglises des Gaules (1). »

Eh bien non, le lecteur reste perplexe et, à mesure qu'il avance dans ces études, il voit se multiplier les incertitudes et les difficultés. Il admire la méthode, le talent, l'ingéniosité de l'auteur ; mais il ne peut se dissimuler que les preuves, invoquées par la plupart des Eglises gauloises, sont très faibles et peu convaincantes ; il se défie de cet attachement trop systématique à la vieille cité touloise ; il trouve trop souvent la conclusion plus ample que les prémisses et, pour tout dire, il se prend à craindre qu'un monument élevé avec tant de soin manque de solidité et ne s*écroule sous le bélier de la critique.

L'opinion qui fait remonter au i®»* siècle l'apostolat de saint Mansuy chez les Leuques, reste donc une opinion malheureusement fort discutable.

La partie adverse prétend que les Eglises des Gaules ne furent fondées qu'aux ni® et i\<^ siècles. Tout d'abord, elle semble paradoxale ; elle inspire des craintes sérieuses : n'a-t elle pas eu pour parrains, Launoy, le dénicheur de saints. Le Nain de Tillemont, Fleury, Baillet ? N'a-t-elle point pris naissance à l'ombre du Jansénisme et du Gallicanisme ? N'est-elle point issue d'un sentiment de réaction contre le Moyen-Age et l'influence de la Papauté ?

Launoy et ses disciples furent radicaux ; ils rejetèrent comme une fable Tapostolat de saint Lazare et de ses sœurs çn Provence et reculèrent, de deux siècles, la mission de saint Martial de Limoges, de saint Denis de Paris, de saint Gatien de Tours, etc.. Seuls, V^ienne et Lyon durent leur grâce à saint Pothin et à saint Irénée. En ce qui concerne Toul, le P. Benoît-Picart, dans son Iliatoire du Diocèse, imprimée en 1707, se fit l'écho de l'opinion nouvelle et posa en thèse a qu'il n'y a nulle apparence que l'Église de Toul ait été fondée avant le milieu du iii« siècle (2). »

(1) Orig. de l'EgL de Toul, p. 89.

(2) Op. cit.^ p. 144 et sq.

22 LIVHE PRKMIEH. — KVANOKLISATION DES LKUQUKS

Les principales bases d'opération de Launoy et de ses disciples étaient deux textes : l'un de Sulpice-Sévcre (v« siècle), Tautre de Grégoire de Tours (vr siècle).

Sulpice-Sévère, parlant de la persécution de Marc-Aurèle ( 175 180), dit : « Tum primum intra Gallias martyria visa, serius trans Alpes religione suscepta (1). »

Grégoire de Tours (544 595) écrit : « Sub Decio imper atore.,, septem viri, episcopi ordinati, ad prœdicarulum, in Gallias missi sunt, sicut historia passionis sancti martyris Satumini denarrat. Ait enim: a Sub Decio et Grato consulibtis, sicut fideli recordatione retinetur, primum ac summum Tolosana civitaj; sanctum Saturninum hubere cœperat sacerdotem. )) Hi ergo missi sunt: Turonicis, Gatiamis episcopus ; Arelatensibus, Trophimus episcopus,., Parisiacis, IHonysius episcopus,.. Lemoricinis Martialis est destinatus episcopus (2). »

Ces deux textes seraient d'une importance considérable si, pour le premier, Ton était autorisé à traduire martyria par mxirtyres et non par massacres, suscepta par prêchée au lieu iïadoptée, reçue, et si le second n'était point une compilation et un rapprochement forcé de deux légendes que nous possédons encore, celle de saint Saturnin de Toulouse (3) et celte de saint Trsin de Bour-

(1) u C'est alors qu'on vit pour la première fois des martyres dans les Gaules, la religion chrétienne ayant été reçue plus tard au delà des Alpes. » {Hiift, sac, 11. 32.)

(2) « Du temps de l'empereur Déce, sept personnages ordonnés évéques furent envoyés pour prêcher dans les Gaules, ainsi que le raconte l'histoire du martyre de saint Saturnin, car elle dit : « Sous le consulat de Dèce et de (îratus, comme on s'en souvient par une tradition fidMe, la ville de Toulouse eut Saturnin pour son premier évoque. » Ceux-là donc furent envoyés comme évétjucs : Gatien, à Tours ; Trophime, à Arles ; Paul, à Narbonne ; Saturnin, à Toulouse ; D(*nis, à Paris; Austremoine, dans la ville des Arvernes; Martial, à Limoges. » {Hût. Franc, 1, 28, dans Bouquet, U, 447— et I, 30, dans Pertz, ;SVri/.f. Merov., I, 47.)

(3) Dans ses hfonu m ent,^ inédits^ M. Faillon montre, avec une grande sagacité, que Grégoire de Tours, pour construire son paragraphe sur les sept hommes apostoliques, n'a eu que h'S Actes de saint Saturnin de Toulouse et ceux de saint Ursin de Bourges. Ainsi, dans les chapitres XXVIII et XXIX du premier livre de son Histoire, il ne fait que citer les noms des apôtres des Gaules, mais il s'étend fort longuement sur les vies de saint Ursin et de saint Saturnin.

Or, la légende de saint Ursin est la seule qui associe Denis de Paris aux six autres missionnaires. Grégoire l'ayant lue et sachant que saint Denis n'a été

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