X AVANT-PROPOS
d'amplifier et d'enjoliver les documents. C'est du reste la loi que suit le travail de la légende : l'imagination des chroniqueurs, des trouvères et des hagiographes amplifie et ne simplifie pas ; le texte le plus court est d'ordinaire le plus ancien.
Je suis donc porté à croire que la majeure partie des Gesta serait antérieure à l'œuvre d'Adson. Mais à quelle époque remonterait-elle? Il est difficile de le préciser. Peut-être, au commencement du x* siècle ou même à la fin du ix% vers les épiscopats d'Arnoud et de Ludelme. Le zèle que mit ce dernier à faire disparaître les traces d'une terrible invasion 'des Normands, en rebâtissant la cathédrale et son cloître et sans doute en reconstituant ses archives, autorise cette opinion. Elle est d'autant plus vraisemblable qu'à partir de Ludelme les notices deviennent plus longues et que Benoit- Picart, sur la foi d'un auteur dont malheureusement il ne précise pas les références, rapporte, dans sa Vie de saint Gérard (1), que les articles biographiques sur les évêques de Toul, de saint Mansuy jusqu'à Ludelme, ont été écrits, du temps de ce dernier prélat, par un auteur inconnu dont l'ouvrage, dit-il, « mérite qu'on y ajoute foi ».
Cet auteur des Gesta qu'aucun indice ne nous permet de présumer, eut entre les mains des documents plus anciens. Il parle à plusieurs reprises de « Libri auctorales (S) ». Dans sa notice sur saint Epvre, il renvoie le lecteur curieux d'édification à la vie du saint prélat qui se conservait auprès de son tombeau (3). Il fait maintes fois de longues analyses des diplômes privés, royaux ou impériaux, qui conféraient des biens à l'Église de Toul, et que Dom Calmét, Benott-Picart, Mabillon et d'autres ont publiés plus tard, d'après les originaux..., (4) etc. Il semble donc avoir tenu à se bien renseigner.
Quand les archives ou les chroniques ne lui fournissent rien, il supplée par une phrase sonore ou par un jeu de mots. Saint Celsin est « summa celsitudine divinaruîn gratiarum exaltatus » (5). 'Saint Ours ou Ursus mérite son nom par son ardeur implacable contre les vices, f6), etc. Mais ceci est assez rare : on sent que notre clironiqueur entend composer une œuvre historique.
Parfois aussi, il est mal servi par son érudition : saint Alchas, prétend-il, fut, comme son nom l'indique, revêtu de la blanche parure de toutes les vertus (7) ; oLkyrpç en eflet, selon lui, est un mot grec qui veut dire blanc ; malheureusement, tà^pç n'existe pas, mais «>^6ç, et cet adjectif archaïque signifie la blancheur produite par une dartre : ce qui n'est guère décoratif, ni au propre, ni au figuré.
(3) « Quod si quis nosse desiderata librum vitœ ejus perlegat » [Ibid.).
(4) lbid.,63o et sq.
(li) Ibid,, 633.
(6) Ibid., 634.
(7) Ibid., 633.