CHAPITRE i. — ÉPOQUE DE l'aPOSTOLAT DE SAINT .MANSUY
solennellement transportés à la cathédrale (1). Saint Gérard (963- 994) avait fait la première translation connue des reliques de saint Mansuy (2) ; il les avait déposées sur un autel, dans Téglise du monastère et, sans doute par crainte de vol ou d'invasion, il avait fait murer la crypte, pour assurer la conservation des trésors qu'elle contenait encore.
L'ouverture fermée, on avait perdu le souvenir du souterrain ; après un long siècle d'oubli, il avait fallu un heureux concours de circonstances pour le signaler de nouveau à l'attention du clergé et des fidèles.
Que renfermaient ces trois cercueils ? Dans l'un, reposaient trois squelettes : sous les têtes, on trouva une pièce d'or et de menues pièces de bronze (3). Pourquoi ces pièces et surtout cette différence de métaux ? Il y avait trois corps ; on se trouvait près du tombeau de saint Mansuy : Pibon et les assistante conclurent, avec quelle apparence de raison ? je l'ignore, qu'ils étaient en présence des ossements du gouverneur deToul, de sa femme et de leur fils, miraculeusement rendu à la vie par la puissance de notre Apôtre ; les pièces de monnaie étaient là sans doute pour aider à distinguer les sexes, nfortassis ad judicium utriusque sexus ». Que ne nous ont-ils pas plutôt décrit la légende et l'empreinte de ces pièces 1 Ils nous auraient peut-être épargné bien des discussions ; ils nous auraient peut être fixés sur l'époque de la première évangélisation des Leuques 1
Les deux autres cercueils contenaient chacun deux squelettes avec des sandales et d'autres insignes pontificaux : ces quatre corps appartenaient donc à des évoques inhumés près de saint Mansuy. Or, la tradition, nous l'avons vu, affirmait que les six premiers évèques avaient été déposés dans l'oratoire de saint Pierre ; on savait que saint Mansuy et saint Amon avaient été transportés de la crypte funéraire dans l'église de l'abbaye ou à la cathédrale. Il n'y avait donc plus de doute : ces quatre corps étaient les précieux restes des saints Alchas, Celsin, Auspice et Ursus.
(1) Schedulœ (Calmet, /. c. CCXII et CCXXII). — Ben. Pic, 207.
(2) Ben. Pic, 193.
(3) Procès-verbal ci 16 plus haut.
Ursus fut le contemporain de Clovis ; Auspice, son prédécesseur, vécut vers 470 ; Amon est donné par la tradition comme le successeur immédiat de saint Mansuy. Entre Amon et Auspice, il n'y aurait donc eu que deux intermédiaires enterrés dans cette crypte ; or, dans le catalogue, entre saint Amon et saint Auspice, il n'y a justement que deux noms, il semble dès lors bien téméraire de prétendre qu'il y a des lacunes dans le catalogue. 11 paraît non moins téméraire d'avancer qu'il y eut, entre saint Amon et saint Alchas, des interruptions dans la succession des évoques sur le siège de Toul : comment en effet, pendant trois cents ans, les chrétiens, s'il en était resté, auraient-ils gardé le souvenir fidèle du tombeau de saint Mansuy, puisque, de saint Gérard (963-994) à Pibon (1069-1107), un intervalle d'un siècle avait suffi pour faire perdre aux moines de l'abbaye eux-mêmes le souvenir de la crypte murée.
Toutes les présomptions s'unissent donc contre l'apostolicité de notre Eglise leuquoise : aussi, quoi qu'il en puisse coûter à notre patriotisme, il me semble bien hasardeux d'admettre que saint Mansuy ait été envoyé à Toul par saint Pierre. Je le crois venu chez les Leuques, au plus tôt vers la première moitié du iv<' siècle. Loin de moi la prétention de faire prévaloir mon sentiment : (( Nous laissons, dirai-je avec un critique contemporain (1), leur I)ieuse croyance à ceux dont la dévotion ne demande pas des preuves rigoureuses et se contente d'une tradition resi)ectable ; mais en retour, qu'ils ne jettent pas l'anathème à ceux qui, en l'absence de documents sans réplique, croient pouvoir revendiquer la liberté du doute. »
(l) P. Rruckor, S. J. L'Alsace et l'Église au temps de saint Léon IX. Paris, Retaux-Bray, 1889, I, 85.