‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 44 sur 265 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Les premiers Évoques de Toul

Nous ne savons presque rien sur la vie et les œuvres de nos premiers évoques. Les destructions réitérées des archives de notre Eglise nous ont lait perdre la plupart des détails de leur existence si féconde et de leur infatigable apostolat ; la rédaction tardive des biographies que nous possédons (!) nous impose donc une sage réserve.

Saint Mansuy parait originaire des Iles Britanniques (2). Venu à Rome, ordonné évéque, puis envoyé vers le nord -est des Gaules^ il

(1) Se reporter à l'Avant- Propos.

(2) La Vita brevia porte « nobili Scatorum sanguine oriundus ». Adson dit la môme chose. Le mot Scotorum doit ôtre pris au sens large, car l'Ecosse ne fut évângélisée qu'au vi* siècle ; il peut signiûer les peuples qui, jusqu'au X* siècle, ont peuplé la Scotia major ou Irlande. Certains critiques ont prétendu que la tradition de cette origine écossaise viendrait uniquement d'unec onfusion, faite entre le premier évéque de Toul et un Mansuetus qui assista, en 461, au concile de Tours et y souscrivit comme évéque des Bretons. Cette supposition est peu vraisemblable. Du reste, beaucoup de pieux personnages, originaires des Hes-Britanniques, vinrent se fixer dans nos pays : saint Rouin, à Beaulieu ; saint Gilbrien, à Reims, etc.

M. Godron, dans son Étude sur les chefs de saint Mansuy et de saint Gérard^ établit que la conformation extrêmement remarquable du crâne dolichocéphale de notre premier Apôtre atteste qu'il appartenait à l'une des races du Nord de l'Europe {Mém. Acad. Stan,, 1864). Mais, comme les fouilles du Vieil-Altre ont fait découvrir plusieurs crânes dolichocéphales (Bleicher et CoUignon, Crânes et ossements du Vieil Aître, dans 3[ém. Soc. Àrch. Lorr., 1895), on ne peut tirer de la conformation du chef de saint Mansuy aucun argument en faveur de son origine britannique.

Cette origine écossaise de saint Mansuy, si elle était prouvée, me semblerait un argument de plus contre la mission de notre évéque par saint Pierre, car les

s'arrêta chez les Leuques et leur annonça Jésus-Christ. Il se fixa d'abord dans un faubourg de Toul et y éleva un petit oratoire qu'il dédia à saint Pierre (1). La sainteté de sa vie, si opposée aux dérèglements des prêtres des idoles, ne dut pas moins contribuer au succès de son apostolat que ses prédications et ses miracles ; mais le signal de l'ébranlement vers la religion nouvelle fut, s'il faut en croire une tradition très respectable, la résurrection du fils du comte ou gouverneur de Toul (2). Le père reconnaissant demanda

Romains ne pénétrèrent en Bretagne que sous Claudo (Tacilo, Agricola, 13) et saint Pierre fut martyrisé sous Néron.

Quant au nom de Mansuy, Mansuetus, s'il est purement latin, c'est que notre Apôtre l'aurait reçu durant son séjour k Rome ou l'aurait mérité par sa bonté, comme Clemensi de Metz, Benignus de Dijon, etc.

(1) Ce fut le noyau de l'abbaye postérieure de Saint-Mansuy. Saint Clément, lui aussi, s'arrêta sous les murs de Metz et y bâtit un oratoire qu'il dédia à saint Pierre (plus tard, Saint-Picrre-aux-Arènes). En voyant ces ressemblances entre ces deux légendes et bien d'autres encore, on ne peut s'empéeher de penser à un moule hagiographique : ce qui diminue quelque peu la foi que nous pouvons avoir en leur autorité.

(t) La Vita brevis dit seulement : a Dieu lui donna tant de bénédiction qu'il ressuscita le fils du prince de la cité, principis civitatis ». (Cal met, /. c, cxxi.)

Adson, ou plutét la tradition populaire, a brodé, comme d'habitude, et nous a transmis un récit qui a des chances nombreuses d'avoir été interpolé : a Un jour que le peuple de Toul célébrait des jeux solennels, le fils unique du roi {reguli) tomba, du haut des remparts de la ville, dans la Moselle qui baignait alors le pied des murailles. La nuit suivante, saint Mansuy apparut en songe à la reine et lui fit entendre que, si elle et son mari voulaient croire en Jésus-Christ, Dieu rendrait la vie à leur enfant. La reine en parla au roi qui promit de se convertir, si Mansuy pouvait seulement lui rendre h' cadavre. Le saint se mit en prières et aussitôt le corps parut sur l'eau. L'évéquc alors s'olîrit h le ressusciter, si le roi voulait sérieusement croire à l'Évangile. Léon (c'était le nom du prince) le promit et saint Mansuy rendit l'enfant à la vie. En même temps, il lui ordonna de dire ce qu'il avait vu et souffert dans l'autre monde. L'enfant leur raconta les difïérentes sortes de tourments que souffrent les damnés et leur dit que, s'ils ne se convertissaient pas et ne recevaient pas la foi que Mansuy leur prêchait, ils seraient exposés à tous ces supplices. Aussitôt, ils crurent et furent tous baptisés. » (Dom Calmet, Ibid.)

On voit, dans ce récit, la pieuse préoccupation de l'hagiographe. La prédication des grandes et terribles réalités de l'autre monde, mise sur les lèvres d'un ressuscité, était de nature à frapper vivement les esprits et à inspirer aux fidèles de salutaires réflexions.

Encore que l'on rencontre un miracle analogue dans plusieurs légendes des premiers évéques des Gaules (saint Memmie, de Châlons ; saint Clément, de Metz : saint Materne, de Trêves; saint Martial, de Limoges, etc.), je ne pousserai pas la témérité jusqu'à nier absolument la certitude de ce prodige et jusqu'à

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