‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 45 sur 265 · CHAPITRE m. — LES PREMIERS ÉVÊQUES DE TOUL · texte numérisé non relu

CHAPITRE m. — LES PREMIERS ÉVÊQUES DE TOUL

le baptême et toute la ville avec lui. Mansuy profita de cet enthousiasme pour détruire les idoles et pour établir solidement le culte du vrai Dieu (1). Il mourut plein de jours et de mérites et fut inhumé, selon son désir, dans Toratoire Saint-Pierre, sous les murs de la cité (2). L'Église de Toul et le Martyrologe romain célèbrent sa mé-

prélcndre avec TablM^ Clouot {Ilist. Prov. Trèvem^ I), que c'est une pieuse allégorie qui sif^nifie la résurrection spirituelle des Ames, opérée par les prédications de saint Mansuy : non seulement, je crois ce miracle possible, mais j'incline à recevoir la tradition respectable de notre Église, telle que nous ra transmise, dans son laconisme, la vieille vif^ de saint Mansuy.

On remarque, prés d'un des angles extérieurs du bastion Saint-Mansuy, une sculpture gallo-romaine encastrée dans le n; vêlement de maçonnerie. Elle représente un jeune homme ou une jeune fille, tenant de la main gauche, à la hauteur de la poitrine, les plis de son vêtement, et de la main droite levée, un objet de forme arrondie. Au bas, on lit cette inscription : « Carosœ Melindi Fil. » Quelques auteurs, Thiéry entre autres (Hist. de Toul, I, 'M) y ont cru que cette stèle se rapportait à l'enfant ressuscité par saint Mansuy. M. Vanson a prouvé, avec une grande force d'érudition, que c'est un monument gallo-romain, consacré à la mémoire de Carosa, fîis ou fille de Melindus. (NVm. relig.^ 1886, p. 433.)

Callot a gravé le prodige dans sa planche du Miracle de saint Mansuy.' L'évéque est représenté debout, au milieu de l'estampe, sous les traits de Jean des Porcelets de Maillane, l'un de .ses successeurs : il est environné de ses acolythes et suivi d'un prince qui est accompagné do sa cour. Il ressuscite le fils de ce prince, tué d'un coiip de balle de paume et qu'un serviteur s'efîorce de mettre sur son séant. A l'arriére-plan, se voient l'abbaye Saint-Mansuy et le mont Saint-Michel. iMeaume, Recherches sur Callot, II, 59.)

(1) .Vdson (Calm., I, cxxx) dit que saint Mansuy construisit, dans l'intérieur des murs, une églLso qu'il dédia à la Sainte Vierge et à l'Invention de saint Etienne, et cette .église aurait été la première cathédrale de Toul. Mais la fête de Saint-Etienne, au 3 août, date, au plus tôt, du V siècle, pui.sque les reliques du premier martyr ne furent découvertes que sous Honorius (395-423).

Il est préférable d'admettre que l'oratoire Saint-Pierre fut l'église primitive, auprès de laquelle résidèrent saint Mansuy et ses successeurs immédiats : on comprend mieux alors pourquoi les premiers évéques de Toul furent enterrés à Saint-Pierre (plus tard Saint-Mansuy) et non dans la cathédrale.

Quant à la cathédrale proprement dite, le fait qu'elle a pour titulaire l'Invention de Saint-Étienne prouve qu'elle a dû être élevée et consacrée vers le même temps que les cathédrales de Metz, de Châlons-sur-Marne, de Meaux, de Bourges, de Beguvais, etc., qui ont le même vocable, à une époque où cette découverte miraculeuse des reliques de saint Etienne que Tillemont appelle M l'un des plus célèbres événements du v' siècle » {Mëw. eccl.^ II, 12), excitait dans le monde une ardente dévotion envers le premier Martyr, c'est-à-dire dans le courant du V siècle. Brûlée et saccagée plus tard, elle fut reconstruite sous Frothaire (814-849) et peut-être même auparavant.

(2) Jusqu'à la Révolution, les ossements de saint Mansuy furent conservés dans l'abbaye qui était dédiée au bienheureux Pontife et, chaque année, le jour de l'Ascension, on promenait la châsse en procession par les rues de la ville. La cathédrale ne possédait qu'une omoplate.

moire le 3 septembre (1). On le représente d'ordinaire terrassant le monstre de Tidolâtrie, ayant auprès de lui, à ses pieds, un enfant qui tient une boule : double souvenir et du succès de son apostolat et du principal de ses miracles (2).

Saint Mansuy eut pour disciple et successeur saint Amon(3). Ce pieux prélat aimait fort la vSolitude : il avait choisi, comme séjour favori, une vallée, située dans les profondeurs d'une forêt du Saintois. Il aimait à s'y rendre quand les besoins de son Église et les obligations de sa charge pastorale ne le réclamaient point ; il y avait fait élever un oratoire en l'honneur de la Sainte Vierge, creuser un puits et bâtir quelques cellules, pour ceux d'entre ses clercs qui partageaient ses goûts (4). Mais il ne reculait point devant les travaux et les luttes. Une hymne d'un vieux bréviaire toulois (5) nous le montre combattant Terreur qui s'insinuait dans son troupeau et maintenant dans toute sa pureté la foi qu'on essayait

En 1792, ces précieux restes furent transportés solennellement à la ci-devant cathédrale, puis, plus tard, à Saint-Gengoult. Aujourd'hui, le chef de saint Mansuy est vénéré à la cathédrale de Toul. Fortement dolichocéphale, il ofTre des particularités remarquables qui ont été signalées par M. Godron (Voir plus haut, page 41). L'église Saint-Gengoult possède l'omoplate qui était autrefois à la cathédrale. (Vanson, op. cit., Sem. relig., 1885, p. 575. — L'Hôte, op. cit., 12 et sq.)

(1) A Toul, la fête de saint Mansuy tombait le 3 septembre, date conservée par Verdun et Ghâlons. Le diocèse de Nancy célèbre actuellement la fôte de saint Mansuy, le Dimanche qui suit le 30 août, et Saint-Dié, le 31 août. A Nancy, comme jadis à Toul, la Translation de saint Mansuy se célèbre le 15 juin. Sept églises paroissiales du diocèse de Toul étaient dédiées à saint Mansuy, et l'église de Fontenoy-le-Château (c. de Bains, Vosges), qui fut du diocèse de Besançon jusqu'en 1801, reconnaît encore notre Apôtre comme son patron.

(2) C'est ainsi qu'il est représenté sur la belle pierre tombale que Hugues des Hazards, évoque de Toul, fit placer au xvi* siècle, dans la crypte où ses précieux restes avaient été inhumés (Vanson, La crypte de Saint-Mansiiy. — Sem. relig., 1885, p. 252).

(3) Sur saint Amon, cf. Adson et G^sfa, .Benoit-Picart, Vanson et L'Hôte, op. cit. — Saint-Àmon, évéque de Toul, second patron de la paroisse de Villiersle-SeCy Langres, Dangien, 1881, et un recueil manuscrit composé par M. l'abbé M. Démange, conservé à la Bibliothèq'ae du Séminaire de Nancy.

(4) Cet ermitage se trouvait dans le vallon appelé encore aujourd'hui Val de Saint-Àmond, entre Favières et Gémonville (c. de Colombey).

(5) « Ortam labem hœreticam a Exclusit a Tulletisibus

(( Atque fidem catholicam <( Reformavit in omnibus. »

(Bréviaire de 1512.)

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