CHAPITRE Ht. — LES PREMIERS ÉVÊQUES DE TOUL
d'altérer. Cette hérésie est peut-être rArianisme: Amon aurait alors continué l'œuvre des Athanase et des Hilaire.
Après une vie partagée entre la retraite et Tapostolat, la pénitence et la prédication, il mourut plein de jours et, selon sa demande, il lut inhumé auprès de saint Mansuy, dans l'oratoire Saint-Pierre (1). Les peintres lui donnent, comme caractéristique, un puits (2). L'Église de Toul célébrait sa fête le 23 octobre (3) et les peuples l'invoquaient surtout contre la fièvre.
Saint Amon eut pour successeurs (4) saint Alchas et saint Celsin, dont malheureusement nous ne connaissons que les noms. Tous deux furent inhumés auprès de saint Mansuy.
Le pays, avant et pendant leur épiscopat, futtroublé par les invasions des Barbares. En 254, sous Valérien, des Francs dévastèrent les régions cisrhénanes; ils furent repoussés, et Posthumus, leur vainqueur, profitant de cet exploit, se fit proclamer empereur attira dans son parti tout le pays transalpin et choisit Trêves pour
capitale. Après lui, et durant plus d'un siècle, cette ville fut le
(1/ En 1026, Hermann, évèque de Toul, fit transporter à la cathédrale les reliques* de saint Amon et ne laissa aux religieux de Saint-Mansuy qu'un seul ossement (Ben. Pic, 207). Hugues des Uazards fit enfermer dans un buste en argent la mâchoire inférieure du saint (Ibid.^ 208). Cette relique est encore conservée à la cathédrale de Toul. Aujourd'hui, les ossements du successeur de saint Mansuy qui ont échappé à la Révolution sont en grande partie à Saint- Gengoult. La paroisse de Saulxerottc (c. de Colombey) prétend conserver le chef de notre second évéque ;Jquelques érudits croient plutôt que ce chef est celui de saint Alchas. II serait peut-être possible de lever ce doute en approchant du chef de Saulxerottc lo maxillaire vénéré à la cathédrale. (Vanson, Sem. relig,, 1885, p. 578, 833.)
it) Voir la planche de Callot, appelée improprement la Prédication de saint Sérerin ou de ftaint Nicolas. Le saint annonce la parole de Dieu à une foule de peuple, venue pour l'entendre, à l'entrée d'une forêt. Au fond, à gauche, se voit un ermitage avec un puits ; deux prêtres, debout près de la margelle, administrent le baptême à plusieurs néophytes (Maume, Callot ^ II, 97). Tous ces traits ne se rapportent-ils pas à notre évêque toulois ? Je le crois et je l'affirme, jusqu'à preuve du contraire. Cette planche doit faire pendant à celle du Miracle de saint Mansuy.
(3) Aujourd'hui, Nancy célèbre la mémoire de saint Amon le âa octobre. Je ne connais pas d'église qui lui eût été dédiée.
(4) Immédiats ou médiats, suivant l'un ou l'autre des deux systèmes signalés plus haut. Le martyrologe de Du Saussay fait mémoire de saint Alchas, le 25 août. Aujourd'hui, le diocèse de Nancy le fête le 30 octobre. Saint Colsio n'est l'objet d'aucun culte spécial.
séjour iavori des empereurs et le centre de radministration des Gaules (1).
En 264, Chrocus, à la tête d'une troupe de Barbares, saccagea Mayence, Trêves, Metz, Toul peut-être, et s'abattit sur les vallées de la Marne et de la Seine (2).
Toutes ces incursions ruinaient les campagnes et rendaient fort lourdes aux colons et aux affranchis les redevances et les contributions ; elles entretenaient le trouble et l'agitation et inspiraient aux esclaves et aux hommes « attachés à la glèbe » des idées de révolte et des espérances de liberté. Le moment, d'ailleurs, semblait favorable : depuis la mort d'Alexandre-Sévère (233), le pouvoir impérial se trouvait à la merci du plus audacieux ; en 2;)9, Valérien était tombé entre les mains de Sapor, roi des Perses ; son fils Gallien demeurait inactif, ne sachant que faire au milieu de la confusion générale ; les provinces se donnaient partout des Césars. En Gaule, Posthumus avait réussi à établir un empire solide (238-267), mais Victorinus, Marins et Tétricus, ses succès seurs, ne furent point à la hauteur de leur tache ; le dernier quitta Trêves pour Bordeaux et laissa les régions septentrionales sans pouvoir suffisamment fort.
L'anarchie fut à son comble sous les trois successeurs d'Auré lien, Tacite, Probus et Carus (273 283). Aussi, sur toute la surface de la Gaule, éclata une formidable insurrection : les Bagaudes se formèrent en bandes pour ravager les campagnes et rançonner les villes. Le mouvement prenait des proportions alarmantes quand Nfaximien-Hercule, collègue de Dioclétien, extermina les rebelles à Cussy-la-Colonne (3), en Bourgogne (286), et Riccius Varus les réprima chez les Trévires.
Attribuant aux doctrines égalitaires de l'Evangile la sanglante révolte des Bagaudes (4) et irrité de la fière résistance des soldats
(1) Trebellius PolHo, Vita Posthumi. {Script, hist. aug. Edit. Saumaizc, 185.)
(2) Grégoire de Tours, Uist. Franc, I, 30 et sq. — La date do celte invasion est sujette k controverse : plusieurs la rejettent au v* siècio.
(3) Cussy-ia-Colonne, c. de Bligny, Côte-d'Or.
(4; On a dit et répété que la cause première ou, du moins, Tune des causes eflQcaces de cette révolte des Bagaudes, c'était la prédication de l'Evangile. Jamais le Christianisme n'a prêché la guerre sociale ; jamais il n'a appelé les