‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 51 sur 265 · CHAPITRE II. — FONDATION DES ABBAYES VOSGIENNES · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — FONDATION DES ABBAYES VOSGIENNES

Bourgogne, qui n'avait pas d'enfants. A la mort de celui-ci, Brunehaut occupa la Bourgogne; Frédégonde protesta les armes à la main. Les Austrasiens furent défaits à Tusy (594) et Childebert mourut deux ans après (596). Ses deux fils se partagèrent son royaume : Théodebert II eut TAustrasie et Thierry II la Bourgogne ; mais la limite entre les deux portions avait été modifiée par le roi défunt au profit du jeune Thierry II : le sud du diocèse de Toul, le Saintois, Suggentensis pagus, fut et resta séparé de TAustrasie, jusqu'en 610 (1).

Les deux frères furent d'abord vaincus à I^tofao (596) (2), puis ils reprirent l'avantage après la mort de Frédégonde, en 597, et battirent Clotaire II en plusieurs rencontres. Mais la discorde les sépara bientôt. Thierry envahit l'Austrasie, prit Nasium, vainquit son frère près de Toul, puis à Tolbiac, s'empara de sa personne, le fit mettre à mort et se rendit maître de ses États (612). Il n'en jouit pas longtemps, car il mourut l'année suivante. Les leudes austrasiens se déclarèrent alors pour Clotaire II: parmi eux, se distinguaient Pépin de Landen, Bomaric et Arnould, leur ami. Fort de leur appui, le fils de Frédégonde se vengea bassement de la fière Brunehaut, puis il réunit entre ses mains tout l'héritage de Clovis.

Ces luttes incessantes et sauvages auraient dû, semble-t-il, retarder la floraison de la vie cénobitique ; tout au contraire, elles poussèrent vers la solitude des âmes d'élite, rebutées de tant de compétitions et de crimes, désireuses de goûter dans la retraite le calme de la vie religieuse.

Les uns se bâtirent des ermitages où, seuls avec Dieu, ils vaquaient à la prière, au travail, aux bonnes œuvres et dont ils ne sortaient que pour exercer auprès des peuples un ministère de

(1) C'est au moins l'opinion de M. Lon^on (Géog. de la Gaule au VI' siècle, p. 137-138), de Digol et d'autres qui traduisent l'expression de Frédégaire, Suggentensis pagus, par Saintois et non par Sundgau. — Leur sentiment parait le plus probable. — Le Saintois comprenait alors tout le sud de la cité des Leuqucs.

{t) Latofao, Lafaux (c. de Vailly, Aisne) ou LilTol (c. de Neufchàteau, Vosges). Les deux opinions ont leurs tenants : la première est la plus probable et la plus généralement adoptée.

miséricorde. Tel fut saint Bfls/c(l), d'abord raoine à Verzy, au diocèse de Reims (2), qui s'établit successivement, dit-on, dans plusieurs localités du pays, à Willeroncourt (3), à Buriville (4), à Lignéville (5), aux environs de Tantimont (6) et y laissa un vivant souvenir de bienfaisance et de bonté (7).

Tel fut aussi saint Germain (8), originaire de Trêves, qui fut quelque temps solitaire au Saint-Mont, avant d'être moine à Luxeuil, de fonder l'abbaye de Grandval, au diocèse de Bâle, et de donner sa vie pour la foi, vers l'an 675.

D'autres, en plus grand nombre, préférèrent la vie cénobitique et accoururent se ranger sous la houlette d'hommes renommés par leur sagesse et par leur sainteté. Dans le nord est de la Gaule, l'initiateur de ce mouvement fut un Irlandais à l'àme ardente, au zèle infatigable, à la parole hardie (9). Colomban obtint du roi Contran (561-593) le domaine d'Annegray, situé dans les premiers

(i) Queutelot, Saint- Basle et le monastère de Verzy, Reims, Lepargneur, 1892.

— L'Hôte, op. cit., 207. — Saint Basie était né en Limousin, vers 555 ; il mourut en 620.

(2) Verzy ^ arr. de Reims, Marne.

(3) Willeroncourt, c. de Commercy, Meuse. — On montre encore dans le village la source de Saint-Basie.

(4) Buriville, ann. d'Ogéviller, c. de Blâmont, M.-et-M. — Là également se trouve une fontaine de Saint-Basle, objet d'une grande vénération dans la contrée.

(5) Lignéville, o. de Vittel, Vosges, possède une belle chapelle du xiv siècle, dédiée à saint Basle, un bois de Saint-Basle, et non loin de là se trouvent Saint-Baslemont 'c. de Darney) et Dombasle-devant-Darney (c. de Darnoy) où l'on voit aussi une fontaine de Saint-BasIe. Le saint ermite est considéré comme le protecteur de cette contrée.

(6) Les églises de Tantimont et de Florémont (c. de Charmes, Vosges) sont dédiées à saint Basle. Entre ce dernier village et Avrainville, s'étend le bois de Saint-BasIe, près duquel coule la source de même nom.

(7) On comptait huit paroisses du diocèse dédiées à saint Basle, entre autres Dombasle-sur-Meurthe (c. de St-Nicolas, M.-et-M.) et Dombaslc-en-Xaintois (c. de Mirecourt).

(8) Cf. Acta SS., 21 fév.— Genoud, Les Saints de la Suisse française. Bar-le- Duc, 1882. — Vautrey, Histoire des Évêques de Bâte. Einsiedeln, 1881. — L'Hôte, op. cit., 389. — L'abbaye de Grandval (c. de Bâle), devenue collégiale, fut, en 1530, transférée à Délémont.

(9) La VitaS. Columhani, par son contemporain Jonas, moine de Bobbio, a été donnée par Mabillon, Act. SS. 0. S. B., II, 5, etparMigne, Pair, lai., LXXXVII.

— Cf. aussi Ceillier, Hist. des Aut. eccL, XVII; — Hi.'it. litt. de la France, II.—

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