‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 52 sur 265 · CHAPITRE II. — FONDATION DES ABBAYES VOSGIENNES · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — FONDATION DES ABBAYES VOSGIENNES

contreforts des Vosges (1) ; il fonda dans cette vallée déserte un premier monastère, puis un autre à Luxeuil (2), puis un troisième à Fontaine (3).

Exilé bientôt pour avoir censuré, avec une audace toute apostolique, les désordres de Brunehautet de ses fils, il eut comme successeur son disciple, saint Eustase ou Eustaise (4). Celui-ci, au retour d'un voyage en Italie, ramena, de Saint-Maurice-en-Valais à Luxeuil, un moine d'une éminente sainteté, saint Amé ou Aimé (5), et renvoya en Austrasie rappeler aux grands et au

peuple les vérités du salut. Amé se lia d'amitié avec deux leudes puissants, Arnould, qui, vers 614, fut élu évoque de Metz (6), et Romaric ou Romary (7). Ce dernier, sur son conseil, renonça aux

Montalembert, Moines d'Occident, II, — et la Vie des Saints de la Franche- Comté. Besançon, Turberge, 1856.

Le diocèse de Toul célébrait saint Colomban le 21 novembre, date qui a été conservée par Saint-Dié. Nancy a fixé sa fête au 26 du même mois et Besançon au lendemain. — L'église de Bains lui est consacrée.

(1) Annegray, comm. de Faucogncy, arr. de Lure, Haute-Saéne, à 16 kilomètres de Luxeuil. On voit encore les ruines de cette abbaye.

(2) Luxeuil, arr. de Lure, Uaute-Saéne. — Les bâtiments de Tabbaye sont occupés aujourd'hui par un petit séminaire du diocèse de Besançon.

(3) Fontaine-les-Luxeuil, c. de Luxeuil, à sept kilomètres de cette ville. Il reste encore quelques vestiges de ce prieuré.

(4) Cf. Vita S. Eustasii, par Jonas, le biographe de saint Colomban, dans Acta SS., 29 mars, et dans Mabillon, op. cit., II. — La Vie des Saints de la Franche-Comté. — L'Hôte, op. cit., 213.

Les reliques de saint Eustase, Jadis conservées à l'abbaye de Vergavllle (c. de Dieuze, Lorraine) ont été apportées à Flavigny-sur-Moselle (c. de St-Nicolas, M.-et-M.) par les anciennes religieuses de Vergaville, en 1824. Elles sont aujourd'hui vénérées dans l'église abbatiale de ce lieu. Le diocèse de Nancy célèbre saint Eustase le 29 mars.

(5r Cf. Vita S. Amati, dans Acta SS., 13 septembre, et dans Mabillon,op. cit., II. — L'Hôte, op. cit., 227.

(6) Saint Arnould, s'il faut en croire une tradition constante, naquit au château de Lay (auj. Lay-Saint-Christophe, c. de Nancy-Est], dans l'ancien diocèse de Toul. De sa femme, Oda ou Doda, il eut deux fils: Clodulpheou Cloud qui fut évoque de Metz (658-696) et Ansigise qui épousa Bcgga, fille de Pépin de Landen, fut le père de Pépin d'Hcristal et l'ancêtre de la dynastie carolingienne. D'abord leude inQuent à la cour d'Austrasie, il fut élu évéque de Metz vers 614 et se retira dans la solitude vers l'an 629.

(7) Romaric ou Romary était fils de Romulphe et do Romulinde, tous deux vénérés comme saints par l'abbaye de Remiremont et enterrés, dit-on, dans la crypte de l'église de Remoneourt (c. de Viltel, Vosges). — Cf. Vita S. Eustasii de Jonaset Vita S. Romarici, — Mabillon, op, cit., IL— L'Hôte, op. cit., 249.

honneurs, aux richesses, quitta le monde et vint à Luxeuil prendre l'hahit religieux. Dans Tun de ses domaines, sur le mont Habend (1), au confluent des deux bras de la Moselle, tout au pied des Vosges et des Faucilles, il fit bâtir deux monastères (2). Dans Tun^ il installa des religieuses auxquelles saint Eustase donna Mactellède con\me abbesse ; il se retira lui-même dans le second, vers Tan 620, et il s'v mit sous la direction de saint Amé. Bientôt révoque Arnould vint rejoindre ses amis dans la solitude ; il mourut au monastère d'Habend, en 640(3); AméTavait précédé devant le Seigneur (627) (4) et Romaric lui survécut treize ans (f 633) (5). Telle fut l'origine du célèbre monastère de Remiremont où, pendant plusieurs siècles, viendra se réfugier l'élite de la noblesse lorraine, transportée de Tamour de la Croix, mais où, plus tard hélas ! pénétreront l'esprit du monde et les vaines préoccupations du siècle (6).

(1) Aujourd'hui, le Saint-Moni, à l'est de Remiremont.

(2) Sur Remiremont et son abbaye, on peut lire Valdenaire, (f 1592), Registre ou Commentaire des choses mémorables de l'église Saint-Pierre de Remiremont. (Ms. de la Bibl. munie, de Remiremont.) — Nicolas Serricr fSerrariusJ, Comitum par: S. Godefridus Wesphaliis et sanctus Romaricus Austrasius, a manuscriptis editi. Mayence, 1G05, in-12. — Ouinot, Étude historiqne sur l'ahbaye de Remiremont ôsLiis Mém. Soc. Émul., 1859. — L'ouvrage posthume de l'abbé Didelot, Remiremont ; ses Saints; le Chapitre; la Révolutioji, édité à Nancy, chez Vagnor, en 1887, par M. l'abbé Ch. Chapelier, et surtout l'édition critique d'un manuscrit de la bibliothèque Angelica^ faite par M. l'abbé Didier- Laurent, curé de Thiéfosse, sous ce titre : L'abbaye du Remiremont : contribution a l'histoire critique des cinq premiers siècles de ce monastère. (Mém. Soc. Arch. lorr.f 1897.) Dans celte œuvre magistrale, l'auteur apprécie, d'une manière fort judicieuse, les travaux de Valdenairc, de Serrier, de ChifTlot (S. J. t 1682), de Guinot, etc.

Sur l'organisation de cette célèbre institution, il faut consulter Bergerot, Le Chapitre de Remiremont et ses institutions. (Ms. de la Bibl.de Nancy.)

(3) Toul faisait mémoire de saint Arnould le même jour que Remiremont et Metz, le 16 août, jour de sa mort. — M^r Bégon plaça sa fête le 17 juillet et aujourd'hui, Nancy et Saint-Dié' la célèbrent le 24 du même mois.

(4) La fétc de saint Amé a continué ù être célébrée par Nancy et Saint-Dié, le 13 septembre, jour adopté par Remiremont et Toul. — Celles-Sainl-Amé, Raonles-Bois (c. de Remiremont) et Plombières ont encore comme patron le solitaire du Saint-Mont.

(5) Toul faisait mémoire de saint Romaric le 8 décembre. La concurrence de rimmaculée-Conception a forcé Mgr Bégon à reporter la fête de saint Romaric au lendemain, date que Nancy et Saint-Dié ont conservée. — Saint Romaric est le patron d'Uxegney (c. d'Épinal, Vosges).

(6) La communauté de femmes a dû descendre dans la plaine vers 870. (Didier-

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