CHAPITRE II. — FONDATION DEvS ABBAYES VOSGIENNES
Quel fut, dans cette fondation, le rôle de l'évêque Antimond et de son successeur Eudulus, Etidulanus ou Eculanusl nous l'ignorons, et les vieux manuscrits de Remireinont se taisent sur ce point. D'Eudulus, nous savons seulement que, sous son épiscopat, la dotation temporelle de l'Eglise de Toul commença à se former. Une pieuse femme, nommée Pretoria (1), lui légua les villœ de Videliacvs (Villey-Saint-Étienne) (2), Videliacus (Villey-le-Sec) (3), Huchuliacus, (Bicqueley?) (i), Ardinio (Andilly) (5) et Brueriacus (Bruley?) (6), la petite abbaye Saint-Pient, à Moyenvic (7) et l'église Saint-Maximin, dans le faubourg où saint Epvre avait élevé son monastère.
Le don de Pretoria était fait à Notre-Dame et à Saint-Étienne. A cette époque de foi, le saint patron de la cathédrale était le propriétaire des biens du diocèse. L'évêque n'en était que Tadministrateur. De ses revenus, il devait faire quatre parts : la première
Laurent, op. cit.^ 301 et sq.) — Elle avait échangé, vers 800, la règle de saint Cûlomban pour celle do Saint-Benoit. (Ibid.^ 2ïï3.) — Sa sécularisation s'opéra peu à peu et sous l'influence de causes multiples Ua richesse de la manse, les guerres incessantes, l'exemption, etc.), durant les xu* et xiii' siècles.
Outre ses fondateurs, Remircmont honorait d'un culte public : sainte Claire (tfô3) ; sainte Gébétrudc(t 673) : sainte Perpétue (vu* siècle), abbessesdu Saint- Mont; sainte Modeste, abbesso de Horren ; saint Adelphe (670) et saint Emmon, l'un abbé et l'autre moine du Saint-Mont. (Cf. L'Hôte, op. cit., 297 et sq. — Didier-Laurent, op. cit.)
. Le monastère d'hommes devint un prieuré de moines bénédictins, puis de Chanoines-Réguliers de Saint-Augustin.
(1) La dotation de Pretoria nous est rapportée par les Gestaei par les Schedulœ ; mais le diplôme ne nous a pas été conservé.
(t) Villey-St-Étienne, c. de Domèvre, M.-et-M.
(3) Villey-leSec, c. de Toul-Sud.
(4) Bicqueley, c. de Toul-Sud.
Qi) Àndilly, c. do Domôvre.
(6) Bruley, c. de Toul-Nord.
(7) Le petit monastère, abbatiola, de Moyenvic avait été élevé en l'honneur des saints Agent, Pient et Colombe, martyrs dont la tradition n'a conservé que les noms.
Cette abbaye ne semble pas avoir subsisté longtemps, mais le culte des saints Martyrs s'est maintenu dans le pays. Sainte Colombe et ses deux compagnons de combat sont encore les patrons de l'église de Moyenvic.
Le bourg de Moyenvic, quoiqu'étant sous la juridiction temporelle de l'évoque de Metz et enclavé dans le territoire de son diocèse, appartint, pour le spirituel, on ne sait depuis quelle épo(|ue, au diocèse de Toul et au doyenné de Port, et cela jusqu'à la Révolution.
74 LIVRE II. — ORGANISATION DE l'ÉGLISE DE TOUL
fournissait à ses propres besoins ; la seconde était afiectée au sou lagement des pauvres; la troisième, à Tentretien du clergé; la quatrième, à la construction des églises et à d*autres travaux d'utilité publique. Ce fut plus tard seulement que les dons ou les acquêts furent attribués à l'évêque, au chapitre, aux paroisses et aux monastères (1).
Pour bien comprendre l'importance de la donation de Pretoria, il faut étudier ce qu'était alors une villa, telle que Videliacus ou Brueriacus.
La villa gallo-romaine avait survécu à la chute de l'Empire: les anciens propriétaires n*avaient nullement été inquiétés et les Francs s'étaient créé des rillœ dans les terres du fisc ou ils en avaient acquis par ventes, mariages ou donations. La villa, plus ou moins étendue, formait donc l'unité de division territoriale. Elle était habitée par des colons libres, par des affranchis gallo-romains, par des lides ou affranchis francs et par des serfs. Tous ces hommes dépendaient étroitement du maître ; ils tenaient de lui leurs lots de terre ou leurs moyens de subsistance ; ils lui devaient, avec le respect et l'obéissance, un certain nombre de redevances ; ils portaient devant lui, ou plutôt devant ses représentants, le major ou maire et les scabini ou échevins, leurs procès et leurs différends : en un mot, ils étaient ses liomines, ils faisaient partie de sa famille.
Le territoire de la villa était réparti en trois sections : le dominicum, les manses et les communaux.
Le dominicum comprenait la salla ou maison du maître; la cortis ou ferme avec les logements des serfs attachés à la ferme; les bâtiments d'exploitation; le four et le pressoir, où les ri//ani venaient faire cuire leur pain et pressurer leurs raisins, moyennant rétribution ; un potager ; un verger, arhoreium ou broillum (d'où le mot Breuil) ; des prés, des vignes, des terres labourables ; souvent une forêt et, quand le domaine se trouvait sur un cours d'eau, un moulin où les gens faisaient moudre leur blé, en payant
(1) Cf. Fustel deCoulanges, L'Alleu et le domaine rural, Paris, Hachette, 1889, in-8«.