‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 54 sur 265 · CHAPITRE II. — FONDATION DES ABBAYES VOSGIENNES · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — FONDATION DES ABBAYES VOSGIENNES

une redevance; enfin, dans beaucoup d'endroits, Toratoire ou réglise, avec la maison du chapelain.

La seconde fraction était divisée en lots, manses ou tenures, concédés librement par le propriétaire, à titre perpétuel, à des serfs, à des affranchis, à des colons moyennant une redevance en nature, des poulets par exemple, en argent, en travail ou corvées, sur les terres du dominicum, en particulier aux temps de la fenaison, de la moisson et de la vendange. Ces redevances étaient déterminées dans Tacte de cession et variaient avec les différents lieux. Le tenancier, serf ou colon, ne pouvait abandonner sa tenure sans la permission du maître; il était, selon Texpressîon consacrée, attaché à la glèbe. Les manses étaient plus ou moins considérables, suivant l'étendue de la villa : elles comprenaient une cella ou maison d'habitation, un pré, des vignes et des terres de labour.

La troisième partie du domaine se composait défriches ou de forêts que le propriétaire laissait à la disposition de ses tenanciers pour y prendre du bois ou y envoyer leurs troupeaux à la pâture, moyennant une rétribution.

La propriété d'une villa procurait donc de grands avantages. Le maître du domaine possédait non seulement des terres, des redevances fixes : il avait des hommes sur lesquels il exerçait un pouvoir de justice et de coercition; il désignait et présentait à la nomination de l'évoque le prêtre chargé de remplir, auprès de lui et de ses tenanciers, le ministère apostolique : il était plus que propriétaire, il était maître et seigneur. On conçoit combien la possession de villœ nombreuses et étendues devait assurer à révêque de considération et de puissance, dans un temps où la fortune foncière formait la seule richesse et la seule distinction parmi les hommes.

L'exemple de Pretoria fut suivi : des laïques, des prêtres, des évèques offrirent à Saint-Étienne des villœ ou des manses de leur patrimoine. Les rois mérovingiens et carolingiens tinrent à honneur de ne point se laisser surpasser en générosité et firent aux Eglises de grandes largesses. Le premier que Tou) ins-

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crivit dans ses diptyques est Dagobert que son père Clotaire II avait donné comme roi aux Austrasiens en 622. S'il faut en croire un diplôme, malheureusement un peu suspect, le jeune monarque eut en particulière estime Teutfried, successeur d'Eudulus (1) ;

(1) Entre Eudulua et Teutfried.De Riguet et dom Calmet inlorcalent Àustrasius. De L'Aigle place cet évèquc entre Dodon et Teutfriod ; Guillaume, après Teulfried. — Voici la raison sur laquelle ils s'appuient :

La vie de saint Didier qui fut (évoque de Cahors dans la première partie du VII" siècle, éditée par Labbo au tome I de sa Bibliothèque (p. 107), et par Dom Bouquet, au tome III du Recueil dea historiens de France (p. 531), contient cette phrase : « Habebat eo tempore (vu* siècle) plures Dominus Jésus in « Galliis nobiles servos : Àrverno Gallum^ Bituricis Sulpitium^ Rutena Verutn^ « Àgeno Sallustium^Egolxsma Ebargeheimum^ Petrogorico Àusterivm^Noriomo « Eligiuniy Métis Àrnulphum, Luco Austrasium^Mestarone Deodorum^ Caturci « Desiderium. » (Le Seigneur Jésus avait alors en Gaule plusieurs illustres soldats : chez les Arvcrnes, Gallus ; à Bourges, Sulpico ; à Rodez, Verus ; à Agen, Salluste ; à Angoulème, Ebargehennus ; k Périguoux, Austier; à Noyon, Éloi; à Metz, Arnould ; à Luco, Austrasius ; h Màcon (*?), Déodore ; k Cahors, Didier.)

Les listes épiscopales de Clermont-Ferrand, do Bourges, de Rodez, do Noyon, de Metz et de Cahors citent k cette époque des prélats du nom de Gallus, de Sulpitius, de Verus, d'Eloi, d'Arnould et de Didier. Les catalogues d'Agen et de Périgueux ont une lacune de plus d'un siècle. (Cf. Gallia Christiana). 11 serait donc k supposer, dit-on, que tous ces illustres soldats du Christ^ et par couvséquent Austrasius, étaient des évéquos.

" Que faut-il entendre par ce mot Luco ? Comme Toul est la ville principale des Leuci on Leuques et que, dans la citation, Xuco vient immédiatement après Metz, Riguet et Dom Calmet ont traduit par « chez les Leuques u et ils ont fait d'Austrasius un évéque de Toul.

Mais ces illustres soldats du Christ étaient-ils tous des évéques ? Sur la seule foi de la phrase que nous étudions, le Gallia Christiana range Austerius parmi les chefs de TËglise de Périgueux, mais quand on sait que les historiens de ce pays ne reconnaissent point d'évôque de ce nom, (M. l'abbé Brugère, curé de Coulounieix (Dordognc) et historiographe du diocèse, interrogé par moi, m'a fait cette réponse : « Je puis vous assurer que nous n'avons eu à Périgueux « aucun évéque portant le nom d'Àusterius. Le Gallia Christiana^ comme « vous le supposez, a confondu Austerius avec Aster ius (saint Astier) solitaire « célèbre dans nos contréos, au commencement du vn* siècle ; » (juand on se souvient qu'en ces mémos temps, vivait on Périgord un solitaire célèbre nommé Asterius ou Astier (Aubortin, La vie de saint Astier^ solitaire en Périgord. Nancy, Chariot, 1656), on ne peut s'empêcher de concevoir, pour le moins, des doutes fort sérieux sur l'épiscopat d'Austerius. Peut-être en est-il de même d' Ebargehennus d'Angoulôme et de Sallustius d'Agen.

Le texte reproduit par Labbo et par Bouquet est, du reste, fautif. On y lit Egolisma pour Engolisma ; Mestarone, sans doute pour Matiscone (Mâcon) où l'on trouve, au vn' siècle, un prélat appelé, non pas Deodorum^ mais Deodatus^ terme synonyme. Le mot Luco a été particulièrement malmené : certains manuscrits portent Luxo ; le codex Moissiacrnsis donne Luxovio et, dans une

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