CHAPITRE II. — FONDATION DES ABBAYES VOStilENNES
il lui donna les maisons royales de A'ownrwm (plus tard Void)(l) et de Royaumeix (2) ; les châteaux de Liverdun (3) et de Vicherey (4) ; le bourg de Blénod (5), avec beaucoup de villœ ou de nianses aux environs et, faveur encore plus précieuse, un ban royal de quatre lieues carrées, autour de la ville épiscopale. Dans ce territoire déclaré immuniste, le comte, représentant de Tautorité souveraine, ne pouvait ni bâtir de forteresse, ni pénétrer, pour juger les procès, poursuivre les criminels, lever les redevances, enrôler les soldats, etc. Le soin de rendre la justice et de percevoir les impôts, sur toute l'étendue du ban, appartenait au seul évéque (6).
Le chef de TEglise touloise, comme du reste ses collègues de la même époque, voyait donc son pouvoir grandir. 11 n'était plus seulement propriétaire de villœ^ chef de serfs ou de colons : il devenait, lui aussi, le représentant du roi. Les hommes du ban pouvaient encore être cités au tribunal du comte ; mais s'ils refusaient de sortir du territoire privilégié, ils ne pouvaient être saisis par lui ; révêque, dès lors, était leur juge et devenait leur protecteur. Endroit, le prélat était encore soumis au comte ; en fait, il était
note, Dom Bouquet propose de lire Lexovio (Lizieux) ou Leiico (Toul) ; Àustrasiiis enGn dans le codex de Moissac n'a point d'r et donne Àustasius.
Lexovio est une leçon hasardeuse et, à Lizieux, il n'y a point d'évêque du nom d'Austrasius. Toul, de son côté, n'a jamais porté le nom du peuple dont elle fut le chef-lieu. Mais il existe un Luxovium (Luxeuil) et, dans cette abbaye, vivait k cette époque un illustre soldat du Christ, Àustasius ou Eustasius (le Gallia Christiana donne les deux noms), le successeur de saint Colomban, le maître de saint Arnould de Metz dans la vie religieuse (t vers 625).
Nos auteurs n'auraient-ils pas installé sur le siège de Toul saint Eustase, abbé de Luxeuil ? C'est fort probable, et, en présence d'un pareil doute, il est prudent de dire avec De L'Aigle : « Peut-être nous trompons-nous en mettant Austraslus au rang de nos évêques. » Le plus sûr, c'est de ne pas le comprendre dans la numérotation et, si l'on veut l'inscrire au catalogue des évoques, de faire suivre son nom d'un gros point d'interrogation.
Tels sont les motifs qui me font retrancher Austrasius de la liste des prélats toulois.
(1) Void, arr. de Commercy, Meuse.
(2) Royaumeix, c. de Domévre, M.-et-M.
(3) Liverduriy c. de Domévre.
(4) Vicherey, c. de Châtenois, Vosges.
(5) Bléiiod-les-Toul, c. de Toul-Sud.
(6) Sur l'immunité, lire Fustel do Coulanges, Les origines du système féodaL Paris, Hachette, p. 90 et sq.
son égal, en attendant qu*il lui fût substitué: le 6an roj/a/ contenait en germe le comté épiscopal de Toul.
Teutfried fut honoré de la môme confiance par le fils et successeur de Dagobert, en Austrasie, le pieux Sigisbert 111(1). Il reçut de lui plusieurs domaines ; il assista à la fondation de Tabbaye de Stavelot, Tune des créations du saint roi (2) ; il accompagna saint Goëric ou Gueury, évoque de Metz, et saint Paul de Verdun, lors de la translation à Metz des reliques de saint Arnould, en 641.
Ce saint pontife s'était endormi dans le Seigneur, Tannée précédente, avant d'avoir vu les Vosges rivaliser avec la Thébaïde. Dès la seconde moitié du vi« siècle en effet, se forma dans la haute vallée de la Meurthe une croix mystiquede cinq abbayes (3).
(1) Sigisbert III, roi d' Austrasie, fut, dès Tâge de trois ans, donné par son p^re, Dagobert, comme roi aux Austrasiens (634). Il eut, comme maires du palais Adalgise, saint Cunibort, Pépin de La nd en et surtout Grimoald. Ce dernier, très ambitieux, le tint dans une véritable tutelle. Sigisbert, trop jeune, de santé trop délicate, d'humeur trop pacifique pour entrer en lutte avec son redoutable ministre, se livra aux œuvres de charité et de miséricorde ; il répara les injustices, enrichit les églises, fonda des monastères, celui de Stavelot entre autres, et veilla au bon choix des évoques. Tombé à 2G ans, à la fleur de l'âge, ce prince ne mérite pas le nom de fainéant qu'il porto dans l'histoire : il a passé en faisant le bien, et, pour s'être accompli sans bruit, son œuvre n'en fut pas moins durable. Il fut inhumé dans l'abbaye Suint-Martin, à Metz; après la destruction de l'abbaye, lors du siège de l.ooi, ses précieux restes furent transportés à la Primatiale de Nancy. Saint Sigisbert est le patron de la ville de Nancy : on le fêle le dernier dimanche de janvier. — Àct. SS., 1" Février. — Aulbery, Hist, (Te S. Sigisbert, Nancy, Garnich, i6i7. — P. Vincent, Hist. fidèle de S. Sigisbert. Nancy, Chariot, 1702. — Frizon, S.J., Ilist. de S. Sigisbert. Nancy, Cusson, 1726.
(2) Stavelot, province de Liège, Belgique. — Mabillon, Annal. O.S.B,, ann. 648, ch. ;33.
(3) La fondation des abbayes vosgiennes suscite bien des problèmes historiques qu'il faut nous résoudre à laisser insolubles.
Sans admettre toutes les légendes, souvent contradictoires, que nous ont léguées les haglographes et les chroniqueurs, il ne faut pas pousser trop loin le criticismc, rejeter à priori tout miracle et considérer, non pas comme incertain mais comme faux, t(mt ce qui ne parait point établi par dos documents authentiques. Ici, comme ailleurs, la prudence est la mère de la sûreté. Sur les abbayes vosgiennos, on peut consulter, entro autres documents : Trois VitœSanctiHildulfi, données dans Belhomme, op. infr. cit., p. 50 et sq., et dans les ylcfrt SS., Il juillet. La troisième a été traduite en français : La vie de saint Hidulp/ie, Toul, 1023, in-12. — le Libellus de Successoribus Hildulfi, publié par Belhomme, dans son Hist. Med. Mon., p. 14.3, par Dom Calmet, Hist. de Lorr., III, cxxxix, et par VVaitz, dans les Mon. Germ. hist., SS,, IV. — la VitaS. Deodati, éditée dans les Act. SS., 19 juin ; puisa part, en 1619, à Nancy,