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CHAPITRE il. — FONDATION DES ABBAYES VOSGlENNES

Un évoque, Deodatus ou Dié, venu du Nivernais ou peut-être de l'Irlande, obtint du roi Childéric II (660-673) quelques terres du fisc dans les Vosges pour y construire un monastère (1). Après divers arrêts en Alsace et dans le Cliaumontois, à Romont, à Arentelle, à Ebersmunster, à Wilra(2), il vint se fixer au confluent

chez Garnich : Beatissimi Deodati episcopi vita, — Richer, Gesta Senoniensis Ecclesiœ, édités par Waitz, SS., XXV, p. :^i9-3io. — Jean de Bayon, Chronicon Mediani Monasterii. (Ms. 537/348 delà Bibl. de Nancy; Ms. 10015 du fonds latin de la Bibl. nat., édité en partie par Belhomme, op. cit., 228, et par Dom Calmet, loc. cit.) — Ruyr, Recherches sur les sainctes antiquitez de la Vôge. St-Dlé, 1626. — De Riguet. Mémoires historiques et chronologiques pour la vie de saint Dié. Nancy, Chariot, 1080. — Calmet, Histoire de rabbaye de Senones, éditée par Dinago. Hiimbert, SaintDié, 1878; Dissertation sur les Évêques de Tout (Hist. de Lorr., I, xux et sq.). — Belhomme, Historia Mediani in monte Vosago monasterii. Argentorati, 1724, in-4*. — La Vie de S. Hidulfe.., Strasbourg, Schmuck, 1723, in-12. — Hugo, Annales Ordinis Prœmonstratensis, 11, Stivagitim. — J.-C. Sommier, Histoire de l'église de St'Dié, Sl-Dié, 1726, et Apologie de l'histoire de StDié, St-Dié, 1737.

La Vie de S. Dié, évêque, Épinal, Pellerin, 1847. — La Vie de St Hidulphe,.. St-Dié, Trotot, 1865 (réimpression de la Vie de 1723}. — Guinot, Les Saints du Val de Galilée. Paris, 1852. — Gravier. Histoire de la ville et de Varrondissement de St-Dié. {Ann. de la Soc. d'ÉmuL des Vosges, 1836.) — Ch. Chapelier, Lancienne abbaye de Moyenmoutier. {Bull, de la Soc. Phil. Vosgienne, 1888.) — G.Save. L'Église de St-Dié. {Ibid.,\m:i.) —L'Hôte, La Vie des Saints du diocèse de St-Dié, I, 417 et sq. — Pfister, Les légendes de St Dié et de St Hidulphe.iAnn, de l'Est, 1889.) — L. Jérôme, L'abbaye de Moyenmoutier. Étude historique du plus haut intérêt, en cours de publication depuis .1898, dans le Bulletin de la Société philomatique de Saint-Dié.

U) Les vitœ S. HildulfietS. Deodati, Richer, Jean de Bayon... et la tradition des églises de Saint-Dié et de Nevers donnent à Deodatus le titre d'évôque de Nevers. Mais l'ancienne liste des évoques de Nevers, publiée par Guy-Coquille dans V Histoire du pays et du duché de Nivernais, 1612, p. 39, ne mentionne pas de Deodatus au vu' siècle : le premier prélat de ce nom est placé immédiatement avant Hiérosme qui vivait sous Charlcmagne et Louis le Débonnaire.

Or, de deux choses l'une, ou il y a transposition de noms dans la liste : ce qui est fort vraisemblable et ce qui a été admis par les auteurs du Gallia Christiana (XII, 627), — ou bien, il y a une erreur dans la tradition. M. Pfister. {Ànn. de r/isf.,1889, p. iOoiest de cet avis: il suppose qu'un copiste a lu nivernensis pour ibernensis et il fait de saint Dié un Irlandais. Ce qui le confirme dans cette opinion, c'est l'amitié que la légende constate entre Deodatus et deux irlandais, saint Florent et saint Arbogast, et aussi la similitude des privilèges accordés par Numérien au monastère de Galilée avec ceux qui furent octroyés aux abbayes irlandaises de Rebais, de Murbach et de Schwarzack. L'hypothèse est ingénieuse, mais elle ne me paraît point appuyée sur de solides fondements.

(2) Romont, c. de Rambervillers, Vosges. — Arentelle, c. de Bruyères. — Ebersmunster, près de Haguenau, Alsace. — Wilra, nom diversement identifié, pour les uns, c'est Ammerschwyr, près de Colmar ; pour d'autres, c'est Ville,

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de la Meurthe et du Robache, auprès d'un ancien marché gtUloromain, en un lieu nommé JuncUirœ (Jointures) et qu'il appela Galilée. Il y bâtit des églises en l'honneur de Notre-Dame, de saint Maurice et il donna à ses disciples les constitutions de saint Golomban qu'il modifia par des emprunts à la règle de saint Benoît. Sur sa requête, Numérien, métropolitain de Trêves, lui octroya, versGG9, une charte (1), adressée aux évêques de la province, Eborin, de Toul, successeur de Teutfried, Glodulphe, de Metz, Gisload, de Verdun, et, sans doute, rédigée de concert avec eux. Cette charte lui accordait de grands privilèges. Personne, ni prélat, ni laïque, ni souverain, ne pourrait désormais enlever les biens du monastère. Les religieux auraient seuls le droit de nommer leur abbé. Nul évoque, pas même celui de Toul, ne pourrait franchir l'enclos du monastère, s'il n'y était mandé, et, pour la consécration des églises ou des autels, pour l'ordination des moines, les religieux pourraient s'adresser au prélat qu'ils voudraient. Le nouveau monastère qui se dressait au fond des Vosges était donc, de fait, soustrait à l'autorité des évêques de Toul. Plus tard, nous verrons quelles conséquences les chanoines de Saint-Dié prétendront tirer de cette exemption.

Le pieux fondateur gouverna dix ans sa communauté naissante ; il quitta cette terre le 19 juin de l'an 679 et fut enterré dans l'église Notre-Dame (2). Mais, avant de mourir, il put goûter la consolation de voir s'élever, à l'entrée même du Val de Galilée, d'autres maisons de Dieu : ses disciples ne seraient donc pas seuls à servir le Seigneur dans ces montagnes : ils seraient stimulés par l'exemple de leurs voisins I

en allemand Weiler ; pour M. Pfister, c'est Kalzenlhal, c. de Kaysersberg, Alsace.

(i) Plusieurs ont contesté la valeur de l'acte de Num<^rien ; mais M. Pfistcr en a démontré l'authenticité par un savant raisonnement. {Ann. de VEst.y 1889, 379 et sq.)

(2) Toul faisait mémoire de saint Dié le 19 juin. Nancy célèbre la fête du saint évoque le 18 du même mois. Strasbourg et Nevers le 20 et Saint-Dié le 8 juillet. (Cf. L'Hôte, Le culte liturgique de saint Dié, dans Sem. relig. de Saint-Dié, 1889 et 1890.)

Le chapitre do Saint-Dié honorait aussi d'un culte public sainte Hunne, veuve alsacienne, hôtesse de son fondateur (L'Hôte, La Vie des Saints^ I, 461), saint Villigod et saint Martin, disciples de Saint-Dié. {Ibid., 481.)

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