CHAPITRE II. — FONDATION DES ABBAYES VOSGIENNES
Il s'installa dans la vallée du Rabodeau, entre Étival et Senones, et il nomma son abbaye le monastère du milieu, Medianum monasterium, Moyenmoutier(l).
Ces fondations constituaient alors des événenements fort importants. Ces maisons fournirent aux réfçions vosgiennes des ouvriers infatigables pour les défricher, les exploiter, les assainir ; elles élevèrent pour TEglise des prédicateurs, des missionnaires, des hagiographes, des chroniqueurs et des évêques ; elles furent les sanctuaires de la prière et de Texpiation ; la vertu, le détachement de leurs habitants formèrent un contraste éloquent, salutaire, efficace, avec les convoitises, les crimes et les débauches du siècle. Enfin, à Tombre de leurs murailles et dans l'intérieur de leurs domaines, se formèrent des centres agricoles et industriels, auxquels la sollicitude éclairée des moines assura les bienfaits de Tévangélisation et des secours religieux, et partout aux environs de ces abbayes, la terre se couvrit du blanc manteau des églises et des chapelles. Ce mouvement monastique, commencé dans la Vôge, réalisait donc un progrès sensible pour la diffusion du Christianisme, répuration des mœurs, la mise en œuvre du sol et le bien-être général de la société.
Saint Dié, saint Hidulphe, saint Gondelbert avaient cherché le royaume tie Dieu et sa justice : selon la promesse de TÉvangile, leurs fils eurent le reste par surcroît, etTincrédule qui aujourd'hui vote la fermeture des cloîtres ne peut s'empêcher d'avouer qu'au Moyen-Age les moines ont été les grands bienfaiteurs de l'humanité, les grands ouvriers de la France, de la Lorraine modernes.
nages ont pu se connaître, puisque l'un serait mort en 679 et Tautre en 707. — Mais les trois Vitœ UUdulphi n'en disent pas un mot; on les trouve signalises, pour la premii'Te fois, dans la VJta Vendati qui remonte seulement au milieu du XI' siècle. Cette tradition touchante a sans doute eu pour origine la communauté d'intérêts et mémo de supérieurs que les deux abbayes eurent, au x' siècle, sous l'abbé Adalbert.
(i) Moyenmoutift\ c. de Senones, Vosges. — Outre son fondateur qu'il honorait de même que Toul (et ensuite Nancy et Saint-Dié', le onze juillet, Moyenmoutier avait en particulière vénération trois disciples de saint Hidulphe, saint Spinule qu'on fêtait le ;> décembre, date conservée par le diocèse «le Saint-Dié iL'Hôte, La Vie des Saints), et les deux frères Jean et Bénigne, dont on célébrait la mémoire le 31 juillet. (Ihid,)
Il ne faudrait pas toutefois nous faire une idée trop relevée des monastères mérovingiens. Sans doute, sous l'impulsion de leurs saints fondateurs, ils furent quelque temps les foyers d'une admirable ferveur, mais leur renommée, leurs richesses les perdirent ; les grands du siècle jetèrent sur eux des regards de convoitise et nombre de pauvres, de deshérités, se firent des vocations intéressées, dans l'espoir d'une vie plus commode et plus assurée. L'esprit du monde pénétra dans ces sanctuaires; la règle fléchit, la discipline religieuse se relâcha et il fallut de fréquentes et vigoureuses réformes. Telle est, sur la terre, la condition des œuvres de Dieu où la faiblesse de l'homme garde sa part.