CHAPITRE III
L'Église de Toul durant le VIII»^ siècle (680-814)
Cependant les événements avaient marché. A saint Sigisbert III (t 656), succédèrent son frère Clovis II (656); puis ses neveux, Clotaire III (656-660), Ghildéric II (660-673) et Thierry III. Vers 674, le fils de saint Sigisbert, Dagobert II, que Tambitieux Grimoald, maire du palais d'Austrasie, avait exilé en Irlande, revint dans le pays et revendiqua le trône paternel; de là, des troubles et des dissensions qui durèrent plusieurs années (1). Pendant ces compétitions, Tun des protecteurs de Dagobert, Wilfrid, évoque d'York, fut chassé de son siège et chercha aide et secours auprès du souverain pontife (2). Le pape Agathon entendit sa plainte, et un concile, tenu en 680 dans la Ville éternelle, reconnut la justice de sa cause. Or, à ce concile, puis à un autre qui condamna les erreurs monothélites, assista le successeur de Leudin-Bodon sur le siège de saint Mansuy. Adéodat (3) (tel était son nom) avait été
(1) Sur saint Dagobert II, voir Wilthémius, Art, D. Dagoberti, Trêves, lfô3. — Digot, Hist. iVÀustrasie, 111. — Pilra, Histoire de mint Léger. — Pfister, Le Duché mérovingien d'Alsace, dans Ann. de l'Est^ juillet i890. — S. Dagobert est le patron de l'église de Longwy-Haut, M. et M.
(2) Bouquet, lïl, 601. Vita sancti Wilfredi.
(3) u Adeodatus, humilis episcopus aanclœ ecclesiœ Leucorum, legatus venerabilin synodi per Galliarum provinrias constitutœ.)) (Jaffé, Regesta pontificum, N- 2110). Les Annales de Trêves (Ben. Pic, 267), disent de lui : « Prcperat insigniSy tum scientia, tum rirtutis fama^ Adeodatus, Leucorum episcopus, ))
JLiecointe (Ann, eccl. Franc, 111, 799) a cru voir dans cet Adeodatus le même
88 LIVRE II. — ORGANISATION DE L'ÉGLÎSE DE TOl'L
envoyé à ce concile, par les évêques de France, avec Félix, évêque d*Arles et Taurin, diacre de Toulon : ce qui nous atteste en quelle estime le tenaient ses contemporains.
A son retour, Tévôque de Toul apprit que Dagobert, après une lutte désespérée, soutenue contre Thierry III et son maire Ébroïn, était mort, assassiné dans la forêt de Woevre (079).
Cet événement jeta la consternation en Austrasie : les Leudes, ne voulant pas subir le joug neustrien, se donnèrent pour chef Pépin d'Héristal, petit-fils de Pépin de Landen. Après plusieurs défaites, Pépin put enfin gagner la bataille de Testry qui lui assura, sur Thierry III, un pouvoir discrétionnaire et, sur toute la Gaule, une autorité souveraine (687).
Sur les entrefaites, Adéodat mourut : les troubles de cette lutte acharnée retardèrent quelque temps Télection de son successeur et causèrent de nombreux ennuis au nouvel évêque. Mais Ermenthée sut défendre ses droits. Un comte, Ilildramm, avait usurpé la villa épiscopale d'Ociaca (1); il s'en plaignit à Thierry qui séjournait alors dans la maison royale de Gondreville, près de Toul (2), et il obtint de lui une pleine justice.
Après lui, siégèrent Magnald qui donna k son Eglise Gironcourt et Corniéville (3); Dodon, dont nous ne savons guère que le nom ; Garibald, fils du puissant comte Wulfoad, le fondateur de Tabbaye Saint-Michel-sur- Meuse (aujourd'hui Saint-Mihiel), au diocèse de Verdun. Ce dernier prélat monta sur la chaire de saint Mansuy avant Tannée 706 (4). Il accrut le temporel de sa cathé-
personnage quo Deodatus, le fondateur de Galilée. Mais saint Dié, mort le 19 juin 679, ne pouvait signer un acte en 680. Adéodat est omis par les anciens catalogues.
(1) Ourches?, c. de Void, Meuse.
(2) Gondreville, c. de Toul-Nord. — Les rois des deux premières dynasties y possédèrent une maison royale et y séjournèrent à plusieurs reprises. — Le seul souvenir qu'il en reste, c'est le nom de rue du château des princes que porte l'une des rues du bourg.
(3) Gesla (SS., VIIl, 636, n. 36). — Girancourt, c. de Châlenois, Vosges; Corniéville, c. de Commercy, Meuse.
(4) Dans son étude sur la Donation faite par Hugves II, comte de Vaudèmont, à l'abbaye de Saint-Mihiel, en 1226 {Journ. Soc. Àrch. Lorr., 1872), M. Léon Germain fait remarquer que le nom de Garibald se trouve dans un diplôme de Pépin d'Héristal, pour Epternacb, en 70(i (Cal met, II, Lxxxn), et il