CHAPITRE III. — l'Église de toul durant le vin* siècle
moins pour Tinstant, la face des choses et la situation de TEglise, et il mourut vers 755 (1).
De Jacob, qui monta après lui sur le siège de Toul, nous savons peu de choses certaines. Nous constatons sa présence en 757 à rassemblée de Conipiègne; en 701, à la dédicace de Tabbaye de Gorze, fondée par saint Chrodegand, évêque de Metz. Il revenait de Rome, en 767, quand il s'endormit dans le Seigneur, au monastère Saint-Bénigne de Dijon. L'Église de Toul Thonora plus tard comme saint : elle célébrait sa mémoire le 23 juin (2).
La sœur de Jacob, Liliosa, bâtit un prieuré dans sou domaine de Bertigny ; elle le mit sous l'invocation de saint Bénigne et l'unit à l'abbaye dijonnaise.La maison prospéra : de pieux fidèles lui firent de nombreuses donations; saint Léon IX en consacra Téglise, et le
confesseur, ne se trouve pas dans le catalogue ioulois ; il est toutefois nommé évêque de Toul, peut-^lre parce qu'il fut sacré dans cette ville pour travailler à la conversion des infidèles.)
Les anciens catalogues, en effet, les bréviaires de Toul antérieurs à 17i8, ne font mention, ni de Bertin, ni d'Hilduard. Aussi les Bénédictins, dans le Gallia Chriatiana^ ne citent Hllduard après Oaribald qu'avec une réserve extrême et sans le comprendre dans la numérotation. Ils insinuent même que ce prétendu évêque de Toul pourrait être le même personnage que Hilduard, évêque de Cambrai, mort en 810. Quoi qu'il en soit, le plus prudent est de ne compter jus<{u'à plus ample information, ni Bertin, ni Hilduard, parmi nos prélats; c'est le parti qu'ont suivi De Riguet, Benott-Picart et l'abbé fiuillaume.
(1) Après (îodon, les anciens cataloj^ues placent Bndon auxcjuels ils attribuent la fondation de Bonmoutier et d'Offonviile. J'ai montré (page 81, note 3), que Bonmoutier doit remonter à la seconde moitié du vu' siècle; qu'il a eu comme fondateur Leudin-Bodon et que ce Bodon, successeur de Godon, pourrait bien ne devoir son existence qu'a une double erreur de copiste.
{t) Le livre des Schedulœ ^Calm., /. f., ccxvi) fait mourir Jacob religieux de Saint-Bénigne. C'est une assertion que ne justifie point la tradition dijonnaise. — Cf. Chronicon S. Benigni DivionensiSf dans Achéry, Spicilegium, II, 357 et sq.
Une grande obscurité couvre la vie de saint Jacob. Les Geata (SS., VIII, 637) et, d'après eux, les historiens toulois, Benolt-Plcart entre autres (p. xxiii), ont prétendu que ce prélat avait reçu de Pépin le Bref l'abbaye de S.-Dié. On en citait même la charte, mais aujourd'hui ce diplôme est considéré comme un faux. (Sickel, Àcta Karol., K. i.— Piisler, Ànn. FM, juillet 1889, p. 383.) — La mémoire de Jacob fut longtemps négligée dans les fastes liturgiques du diocèse ; ce n'est que dans le bréviaire de 1638 que notre évêque prend place parmi les saints, avec saint Auspice et saint Alchas, et se voit assigné, comme jour, le 2^i juin. Sainl-Dié et Langrcs ont conservé cette date, mais Nancy a reporté la fête au 2 mars.
couvent de Berti^ny donna naissance à la petite ville de Saint- Blin (corruption populaire de Saint-Bénigne ou Bénin) (1).
Un évoque, nommé Jacob, avait signé à rassemblée d'Atligny (765): « Jacob, epùcopus de monasterio (iamundias i2) ». C'était sans doute notre prélat loulois. En effet, d'après le récit d'un moine de Gorze du x^ siècle (3), saint Chrodegand, évécjue de Metz, avait obtenu du pape les reliques des saints Nabor, Gorgcm et Nazaire(i). Le cortège qui amenait ces restes précieux s'était arrêté au monastèred'Agaune, avait déposé la chAsse dans l'église et n'avait pu obte nirdes religieux l'autorisation de reprendre son dépôt sacré. Chrodegand s'en plaignit au roi Pépin, lequel envoya comme négociateurs Bornon, évéque de Toul et Madalvé de Verdun. Les deux évoques réussirent dans leur mission et la translation interrompue reprit son cours, avec une grande solennité. Plusieurs églises, construites dans le diocèse à cette époque, furent dédiées à saint Gorgon(5) et un prieuré fut bAti en son honneur à Varangéville, en souvenir d'un miracle que ses reliques auraient opéré en cet endroit (6).
(t) Saint'Biiti^ chof-lieu de canton, arr. de Chaumont, Hauto-Marne.
(2) Portz, Legefi, l, 29.— Ce monastère dp Gamundian, en allemand Guemvtid ou Guemind, d'où sortit Jacob pour aller a Attigny, est sans doute le prieuré situé sur la Sarre, non loin de la villo actuelle de Sarreguemines, ou GueminU de la Sarre. Il était du diocèse de Metz et dépendait, soit de l'abbaye de Mettlach, soit de celle d'Hornbach. (Higuet, Système, p. 212.)
(3) Translatio ac miraciila sancti (iorgonii, dans h^s Àcta S.S., 9 septembre. — L'auteur de cette relation est peut-être Jean de Vandières dont je parlerai plus loin.
(4) Saint (îorgon avait souffert le martyre à Nicomédie sous Dioclétien et son corps, transporté plus tard h Rome, avait été enseveii sur la Voie Latine, au cimetière appelé Inter duos la^iros. Sa châsse fut déposée, par saint Chrodegand, dans l'abbaye de Gorze.
Saint Nazalre et saint Nabor étaient deux martyrs romains : les restes du premier furent transférés h Laureshelm, entre Heidelberg et Mayence, et ceux du second à l'abbaye de Hilarincuw, au diocèse de Metz, la(|uelle prit le nom de son nouveau protecteur et devint St-Xabor et par corruption St-Avold.
(5j Outre le prieuré de Varangéville (c. de S. -Nicolas, M.et-M.i, on comptait cinq églises dédiées à saint Gorgon : S.-(ior«:on (c. de Hamhervillers, Vosgesi ; Forcelles-S.-Gorgon (c. de Vézelizei : Jaillon >, de Domèvre) ; Pey-en-Haye (c. de Thiaucourt, M.-et-M.) ; Vertuzey (c. de Commercy, Meuse). — Saint Nabor est le patron du village de ce nom (c. de Remiremont, Vosges).
(6) A Varangéville, le cortège dut passer la nuit sur les bords de la Meurthe. Au matin, on s'aperçut qu'un arbuste, touché par la chAsse, avait grandi