CHAPITRE m. — l'Église de toll durant le viiie siècle
Or cette pompeuse cérémonie eut lieu vers 76S : les hagiographes ont donc quelque raison de supposer que Tévêque Jacob, poussé par l'amour de la solitude, aurait résigné son siège et se serait retiré, vers cette époque, dans le monastère de Guémin, sur la Sarre.
Bornon, dont les actes de. notre Église célèbrent le mérite : (( vir venerabilis atque adeo religiosus ut ab omnibus vocaretur apostolicus (1) », eut sans doute à déplorer un second incendie de sa ville épiscopale (2), car il emprunta, pour réparer le désastre, des sommes considérables à ses collègues de Metz et de Verdun.
Instruit de sa détresse. Pépin prit sur lui cette créance. Il rendit en outre, à Saint Etienne, Tabbaye d'Ofïonville et lui donna la villa de Molsey (3).
Charlemagne, son fils (768 814), suivit les mêmes traditions. En 804, un diplôme impérial confirma les privilèges et les biens de notre Eglise (4) et contraignit les usurpateurs de Void et de Vicherey à restituer ces domaines à Tévéque, qui en avait la propriété « depuis le ciel jusqu'en abîme ». Valcrifid, comte en Saintois,
démesurément et on en conclut que le saint avait entendu marquer ainsi son désir d'avoir un sanctuaire en c<*t endroit. {Tratulatia... n' 6).
(1) Homme vénérable et tellcmont religieux qu'il avait mérité le nom d'apôtre. — Schedulœ dans Calmet, /. f., ccxvii).
<2) 11 semble peu vraisemblable d'admettre, avec quelques auteurs, que Bornon répara les ruines causées par le premier incendie qui eut lieu sous Godon. Du reste, le texte des GeMa (Calmet, I, clxix) est formel et relate deux incendies. — Peut-être la similitude des noms, Godon et Bornon, a-t-elle pu faire doubler le désastre par la légende ou par un copiste ? 11 n'y aurait eu alors qu'un incendie, soit sous Godon, soit sous Bornon, mais alors il n'y aurait eu non plus qu'une seule réparation. — Toute cette période de notre histoire touloise se perd dans une brume épaisse. 11 faut donc nous résigner à de nombreu.ses incertitudes.
(3) Ben. -Pic, 480. —Molsey^ nom qui n'a pu être identifié.
(4) Quoi qu'en dise^ Benolt-Picart (p. 281), ce diplôme de Charlemagne a dû être accordé à Bornon et non à Wannic car, au témoignage de M. de L'Aigle (Mémoires)^ une Histoire manuscrite de l'Église de Toul cite un titre accordé par Charlemagne à l'abbaye de Mettlach en l'an 808 et dans lequel Bornon est désigné comme témoin.
Benolt-Picart «iftid.) ajoute que Charlemagne donna à Saint-Étienne « l'abbaye de Crète, appelée en latin Christiani monasterium». Nous ne savons quel est ce monastère ; en tout cas, ce n'était pas celui de La Crète, au diocèse de Langres (auj. c. d'Andelot, Haute-Marne), car cette maison ne fut fondée que dans le premier quart du \iv siècle.
rendit aussitôt Vicherey. Il bâtit même, sur Tune de ses terres, un prieuré en Thonneur de saint Martin (1), lui unit la villa d*Aboncourt (2) et donna le tout au prélat, voulant ainsi compenser les dommages qu'il lui avait causés. Pour Void, Tallaire traîna plus longtemps. L'évêque frappa les détenteurs de censures ecclésias tiques et, comme ils s'obstinaient, il dut adresser, en 805, une nouvelle requête à l'empereur. Sa voix fut entendue: Gharlemagne exila les coupables et remit rEja^lise de Toul en possession de tout ce qui lui avait été ravi.
A Bornon succéda Wannic ou Unauimic (3) qui, en 813, assista au sacre d'Austran, évêque de Verdun, mourut quelque temps après et fut enterré à Saint-Epvre. Les (iesta et après eux les Scheduki\ vantent son zèle pour la sanctification de ses ouailles et pour l'ornementation des églises. Il avait ainsi répondu aux efforts que faisait le gouvernement carolingien pour provoquer le rétablissement de la discipline, efforts dont nous aurons à constater les résultats sous les épiscopals suivants.
(1) C'est sans doute le prieure^ Sainl-Martin-sur-Meuse, près de Sorcy (c. de Void, Meuse), que nous verrons dans la suite appartenir à l'Église de Toul.
(2) Sans doute, Aboncourl-en-Vosgcs, c. de Colombey, M.-el-M.
(3) Lecoinle, dans ses Annaleif ecclesiastici Francorum (VI, 102), place, après Hornon, un prélat du nom de Possesseur. Son raisonnement est assez curieux : dans une lettre adressée en 77i à Tilpin, métropolitain de Reiras, le pape Adrien charis'ea ce prélat de faire une encjuéte sur l'ordination, la foi et la conduite de Lulle, évéque de Mayence, successeur de saint Boniface, et il lui manda (le prendre avec lui les évé([U(?s Wioraage et Possesseur. Quels sont ces deux assesseurs ? Si, au lieu de Wiomage cjui est sans doute une faute de copiste, on lit Wéomade, on peut croire qu'il s'agissait de Wéomade, métropolitain de Trêves depuis 773. Quant à Possesseur, il devait être de la province de Trêves. Or, le siège de Metz était occupé par Angelramne (708-701), celui de Verdun, par Madalvé (735-775) : donc Possesseur devait être évoque de Toul.
Par malheur pour Lecointe et Possesseur, on ne connaît pas à Toul d'évéque de ce nom, et sur la chaire de saint Mansuy siégeait alors Bornon qui, en 765, prit part à la translation des reliques de saint (îorgon {Cartul. de Gorze^ cité par Ben. -Pic, op. cit., 280), et, en 808, fut désigné comme témoin dans une charte en faveur de l'abbaye de Mettlach (voir page 93, n. 4). La proposition de Lecointe n'a point obtenu de suffrages et la ville épiscopale de Possesseur est encore à trouver.