CHAPITRE IV. — FaOTHAIUE
évoques qu'ils n'appartenaient à aucun diocèse et qu'ils étaient soumis immédiatement au Saint-Siège.
Ce ne furent pas les seuls différends qui surgirent entre les deux prélats. Un prieuré avait été fondé à Varangéville, en l'honneur de saint Gorgon (1), et des religieux de Gorze s'y. étaient installés sans demander l'autorisation à Tévêque de Toul : leur situation était donc illégale. Frothaire, pris entre son affection pour son ancien monastère et son zèle pour les droits de son Église, se contenta de signaler le fatt à son voisin, successeur de saint Ghrodegang (2). Il fut plus net dans une autre affaire. Quelques villœ de son diocèse dépendaient du temporel de Metz : c'était donc à Dreux d'en présenter les desservants à la nomination épiscopale et de leur assurer un revenu convenable: ce qu'il ne faisait guère. Frothaire, soucieux des intérêts spirituels de ses diocésains, pria son collègue de lui envoyer un délégué, pour que, de concert avec lui, il arran geàt l'affaire, et il lui fit entendre qu'il agirait seul, s'il n'était pas fait droit à sa requête (3). On voit quelles complications et quels inconvénients causaient de telles enclaves.
Une autre abbaye royale, Moyenmoutier, passait par une crise d'un autre genre. A la mort de l'abbé Maldavin, Gharlemagne avait donné le monastère, en bénéfice, à Fortunat, patriarche de Grado (4) , exilé par les Vénitiens (806) (5). Le nouveau prélat s'attribua l'administration de tous les biens, et les religieux furent bientôt
(i) Voir plus haut, page 92.
(2) Lettre X.
(3) Ibid.
(4) Grado (Illyrie) fut pendant longtemps la ville épiscopale du patriarche d'Aquilée qui plus tard se fixa à Venise.
(5) Le Libellus de successoribus Hildulfi (Belhomme, Hist. Med. Mon., 150 et sq.) donne à Fortunat le titre de patriarche de Jérusalem. Mais M. Pfislcr iop.cit.f 287) et M. Jérôme (op. cit., 137 et sq.), ont montré qu'on peut, sans témérité, identifier ce Fortunat de Moyenmoutier avec le Fortunat de Grado qui, en 803 et en 806, chercha un refuge en France contre les Vénitiens (Abel etSimson, Jahrbucher.., II, 292). D'abord on ne trouve, sur les catalogues des évoques de Jérusalem, aucun prélat du nom de Fortunat ; ensuite, Mabillon (Ann. 0. S. B., 11, 340) cite un calendrier de l'abbaye de Saint-Grégoire-au- Val -de-Munster où, au 12 mars, est mentionnée la mort de Fortunatua episcopus; or, dans un' nécrologe de Senones, on trouve ù la même dnid: Fortunatus, patriarcha hierosolymitanus. Fortunat était patriarche; à celte époque, le plus célèbre des patriarches était celui de Jérusalem : la légende a donc dû faire
lUO LIVUE 11. — ORGANISATION DK L'ÉGLISK 1)K TOLL
privés du nécessaire. Ils s'en plai^^nirent à Louis le Pieux et lui demandèrent qu'il fît deux parts des revenus du monastère : Tune serait abandonnée à Fortunat ; l'autre, réservée à l'usage exclusif de la communauté. Smaragde, abbé de Saint-Mihiel, nommé commissaire impérial, fit droit à la requête des moines et, dès lors, il V eut deux menses à Movenmoutier, l'abbatiale et la conventuelle (1).
Les choses demeurèrent ainsi pendant la vie de Fortunat; mais son second successeur, Hismond, déclara que le partage des biens avait été une mesure transitoire, revendiqua l'administration de tous les revenus et promit de pourvoir à l'entretien de ses inférieurs. Il ne tint point sa parole et les moines retombèrent dans le dénuement. Ils s'adressèrent à Frotbaire, lui représentèrent qu'ils manquaient de tout et que leur règle leur interdisait de se procurer leur nourriture au dehors. Celui-ci essaya de ménager un arrangement à l'amiable, mais les religieux, rendus défiants, <;xigèrent une nouvelle séparation de menses. Comme l'empereur seul pouvait autoriser cette opération, Frotbaire leur permit d'envoyer des délégués à la cour et fit tout pour assurer à leurs réclamations un accueil favorable. H est probable que leurs désirs furent satisfaits (2).
Frotbaire ne se désintéressait en rien de leur sort. Une année qu'après une série de désastres, une armée de souris et des bandes de loups avaient détruit les moissons et causé, dans la vallée supérieure de la Meurthe, une horrible disette, l'évéque se plaignit aux abbés Thierry et Réginard de n'avoir pas été averti assez tôt, et il ordonna des prières et des pénitences publiques (3). Il nous
passer Fortunat de Grado à Jérusalem. — II est vrai que Frotbaire (Lettre IIl) donne à Fortunat le litre d'abbas mediolacensis, mais c'est assurément, et tout lo monde le reconnaît, une erreur de copiste, pour rnedianensis, (Belhomme, op. cit.^ 173. —Jérôme, op. cit.^ ij8.)
(!) Lottre III.
|2) Frotbaire écrivit k la fois à l'empereur (Lettre III) ; à Ililduin, abbé do Saint-Denis, arcbicbapclain de la cour (Lettre I) et à Gérung, ostiarius du palais (Ltdlre 11), pour leur rorummander eelto alTaire. — Ccis lettres ont dû être tVriles entre H'I',') (Forlunal élnit alors en vie^ »'t 8IÎ0 (Hilduin n'était plus alors chapelain.) - iPfistfr, op. cit., 2S9, n.)
(3) Lettre XXVI. — Le catalogue abbatial de iMoyenmoutier (lîclhomme, 175)