‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 66 sur 265 · CHAPITRE lY. — FHOTHAIRK · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY. — FHOTHAIRK

ser«T bien difTicile, après tout cela, de donner raison aux abbayes vosgiennes, dans leurs prétentions d'indépendance vis-à-vis de rÉglisedeToul [V.

Notre prélat savait d'ailleurs payer de sa personne et se faire louvetier à Toccasion. Un hiver, les loups causèrent de grands ravages dans le pays; il organisa des battues dans la forêt impériale de Haye, aux portes de Toul, et il put écrire à Louis le Débonnaire, avec ce ton obséquieux que Tétiquette de la cour carolingienne avait rendu obligatoire : « Votre Providence m'a confié la bergerie de la sainte Eglise pour que j'aille au-devant des loups cruels et pour que, par mon courage, autant qu'il est en moi, je les anéantisse. Il n'est pas encore temps de vous rendre compte de mes combats spirituels ; mais je puis parler, dès aujourd'hui, à Votre Grandeur, des luttes que j'ai livrées contre les loups en chair et en os. Depuis que vous m'avez confié cet évêché, j'ai tué dans vos forêts deux cent quarante loups ; je dis : j'ai tué, parce qu'ils ont été exterminés sous mes ordres (2). »

Il dut faire face, un autre jour, à une épreuve encore plus terrible. Vers 826, la ville de Toul, la cathédrale, les archives furent de nouveau la proie des flammes. Frothaire, loin de se laisser abattre, rebâtit Saint-Etienne avec plus de splendeur(o) et recons-

porle après Hismond, Thierryet Réginard. Celui de Scnones iGciU., XIII, 13&)) Thierry, après Vicpod et Erlenfroy. — Dom Calmet et le GaiUa (XIII, 1385 et 1402| pensent que le Thierry de Frothaire est l'abbé de Scnones et Rc^ginard, un abbé do Moyenraoulier. — M. Pfîster {loc cit.^ 278, n.2i semble porté à faire de Thierry l'abbé do Moyenmoutler et de Réginard un abbé do Saint-Dié. M. Jéréme op. cit.^ 159) ne se prononce qu'avec réserve pour l'identification du Réginard do Moyenmoutier avec le Réginard de Frothaire. Toutes les opinions sont donc libres.

^1} Cette lettre a donné un accès de mauvaise humeur à Dom Calmet: a La manière dont Frothaire y parle, écrit-Il {Hist. de Senones, p. 45), insinue que son autorité épiscopalc n'était pas fort reconnue en ces monastères et l'afTectation avec laquelle il marque que ces lieux étaient de son diocèse et soumis à sa juridiction, rend la chose as««ez douteuse et peut servir pour prouver le contraire. » — N'en déplaise h l'abbé de Scnones, ce n'est point mon opinion.

(2) Lettre XX a.

(3) Lettres XXII et XX b. — Cette cathédrale do Frothaire fut détruite moins d'un siècle plus tard, lors des invasions des Normands et des Hongrois. A en juger par la XX* lettre, elle devait être de style bysantin et tout éblouissante do couleurs, a Nous vous prions, écrit en elTct Frothaire à l'abtjé

102 LIVRE II. — ORGANISATION DE L'ÉGLÏSE DE TOl'L

tilua ses archives. Louis et Lothaire, alors unis (1), octroyèrent à TEglise de Toul une nouvelle charte qui lui confirmait et renouvelait ses anciens privilèges, lui cédait la forêt d^Ermundies (2), donnait à toutes ses terres l'immunité du comté et à tous ses hommes, clercs ou tenanciers, l'exemption du tonlieu. Le comte de Toul n'eut plus le droit de pénétrer, non seulement sur le ban royal qui enserrait la ville, mais encore sur tous les autres domaines de l'Église de Toul; les habitants des vUlœ et des manses épiscopales n'eurent plus à lui payer aucun droit de douane, de péage et de transport (3).

Mais en retour de toutes ces faveurs, l'évéque de Toul, comme d'ailleurs ses collègues, était soumis à des charges nombreuses (4). L'égal du comte au point de vue temporel, il était, comme lui, un véritable fonctionnaire et les lettres de Frothaire, notamment celle de la chasse aux loups, nous attestent que le gouvernement carolingien n'entendait point se désintéresser du spirituel. C'est même à cette ingérence, assurément peu canonique, que la société chrétienne a dû ce mouvement de restauration qui restera l'honneur de Pépin le Bref et surtout de Charlemagne. Les capitulaires furent le code de l'Église, aussi bien que celui de l'État, et, aux assemblées qui se tenaient en mai et parfois même en automne, les évêques et les abbés décidaient les questions qui intéressaient la religion et soumettaient à la signature impériale des canons disciplinaires, pendant que les comtes et les seigneurs délibéraient avec le souverain sur les affaires d'ordre politique.

De retour dans leurs diocèses, les prélats, tout comme les

Aglcmare, de nous envoyer diverses couleurs pour orner nos parois ; de Torpiment, de la feuille d'Inde, du vermillon, de l'azur, du vert et du vif argent, autant que vous pourrez. »

H) Le nom de Lothaire, associé à l'empire, apparaît sur les diplômes à côté de celui de son père, depuis la tin do l'année 825 jusqu'en l'année 830. Ce qui permet de dater approximativement la charte octroyée à Frothaire.

(2) Sans doute, la forêt de Mondon, près de Lunévillc. (Lepage, Topog. de la Meurthe.)

(3) Gcaia, Pertz, S.S., viii, 637.

(4) Sur les charges des évêques et des seigneurs sous les Carolingiens, on peut consulter Fustel de Coulanges, Les transformations de la royauté pendant l'époque carolingienne. Paris, Hachette, 1892, p. 355 et sq.

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