‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 67 sur 265 · CHAPITRE IV. — FROTHAIKE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — FROTHAIKE

comtes, devaient convoquer leurs hommes, c'est-à-dire leur clergé, les officiers et les tenanciers de leurs domaines, pour leur communiquer les instructions d'en haut, et ces réunions étaient en raccourci l'image des grandes assemblées. Nous voyons Frothaire y régler des questions de discipline (1), juger des différends, délimiter des paroisses (2), ordonner des prières pour les protecteurs de sa cathédrale, etc.

Ces dérangements annuels, s'ils étaient profitables à la bonne administration de l'Empire, ne laissaient pas que d'être pénibles et onéreux. Souvent, le lieu fixé pour le rendez-vous était éloigné et la suite nombreuse qu'exigeaient la dignité et la sécurité des augustes voyageurs, occasionnait une dépense considérable : ne fallait-il point l'équiper au départ et pourvoir à son entretien durant le cours de l'expédition ?

D'autres fois, les assemblées générales étaient des convocations militaires et à celles-ci les évoques devaient aussi se rendre. Le service de la milice, en effet, ne pesait point sur les personnes, mais sur les terres, et tout homme qui possédait ou cultivait un nombre déterminé de manses (le chiffre variait selon les besoins), devait partir à la première réquisition. Or, l'Église avait de nombreuses propriétés et le prince n'aurait pu, sans dommage, exempter de Vost ses tenanciers. Aussitôt le ban proclamé, les hommes désignés venaient se ranger sous la bannière de leur seigneur et, bien souvent, évoques et abbés partaient à leur tête. Frothaire fit ainsi, en 817, la guerre d'Italie, contre Bernard (3), et il dut, vers 827, prendre part à une expédition en Espagne (4).

A cet impôt pesant, se joignaient les présents en joyaux, en espèces, en chevaux, etc., que l'évoque devait présenter quand il se rendait à l'assemblée, dons gratuits, mais obligatoires qui allégeaient singulièrement sa bourse.... (5) ; puis les corvées qui reve-

(1) Lettres IV, IX.

(2) Ainsi, en 838, il établit une délimitation authentique entre les paroisses Saint-Maximin du faubourg Saint-Epvrc et Saint-Jean-du-Clo!tre. {Gall. christ, XIII, Inst., 450.)

(3) Lettre XXV.

(4) Lettres XXIV et VIII.

(5) Lettre XXI.

104 UVKR II. — ORGANISATION I)K L*KGL1SK DK TOUL .

naient à intervalles irréguliers, mais n'en constituaient pas moins un surcroît fort pénible. Les empereurs, par exemple, passèrent et séjournèrent plusieurs fois dans la villa royale de Gondreville, où ils pouvaient jouir des plaisirs de la pèche dans la Moselle et de la chasse dans la forêt de Haye. L'évoque avait alors à pourvoir k l'aménagement du palais, à l'entretien de la cour, au logement des courtisans et des serviteurs; parfois, il lui fallait faire des réparations et des constructions, suivant l'ordre du maître, etc. Il est vrai qu'il pouvait profiter de la présence du souverain, pour demander et obtenir des concessions et des privilèges (1). Cette compensation avait ses avantages et il savait en user pour le profit de tous. Ainsi, en 828, il plaida la cause des habitants de Sens qui voulaient obtenir l'autorisation d'élire un successeur à leur évéque Jérémie.

Ce n'était pas seulement le domaine de Gondreville qu'il devait mettre en état : une lettre le mande un jour h Aix-la-Chapelle, avec ses tenanciers, pour travailler au château (2). Une autre fois, il se voit désigner pour aller attendre, au MontJotius (le Saint-Bernard actuel), une ambassade italienne et pour l'accompagner jusqu'à la cour. C'était une marque de confiance, mais l'honneur coûtait un peu cher : tous les frais du voyage et de l'hospitalité devaient rester inscrits sur son propre budget (3).

En 818, Louis le Débonnaire exile à Toul trois bâtards de Charlemagne, Dreux et Hugues, fils de Régina,etThéodoric, filsd'Adallinde; il les force à embrasser l'état clérical et les confie à Frothaire. Celui-ci accepte cette nouvelle charge avec un empressement tout pontifical; ildevientdonc leur gardien, leur précepteur et, nous pouvons ajouter, leur père. Il se prend pour eux d'afîection; il applaudit à l'élévation des deux premiers à la prélature et, s'il a quelques difficultés avec Dreux, devenu son collègue ù Metz, il reste en bons termes avec Hugues, abbé de Saint Quentin, puis

(1) Lettres XI et XXIV.

(2) Lettre XL CJi Lettre XVIII.

CHAPÏTUK IV. • • FROTHAIRK lOîi

chancelierde l'Empire, et il a la consolation de conserver Tbéodoric auprès de lui (1).

La charge d'évêque grand seigneur n'était certes point une sinécure. Les Carolingiens faisaient payer cher leurs faveurs et leur protection : « Que Votre Grandeur sache, écrivait Frothaire à Vostiarius Gérung (2), que moi qui vous parle, je fléchis sous les maux. Leur excès me force à me rendre à la cour de Tempereur, à me jeter à ses pieds, à implorer sa justice et sa miséricorde, pour être délivré des soucis qui m'assiègent. »

L'évoque deToul dut plusieurs fois se trouver fort perplexe au milieu des fckheuses dissensions qui éclatèrent entre Louis et ses fils. Dans sa prudence, il se laissa conduire par les événements. <( Il refoula dans son Ame ses sentiments secrets et, en public, il se déclara pour le vainqueur. S'il ne fut pas du nombre des prélats qui, à la veille de la bataille, au Champ du Mensonge, abandonnèrent le vieil empereur, à coup sûr, il se soumit au fils ingrat et le reconnut pour sou souverain.... (3). » Il revint au parti de Louis le Pieux aussitôt que ce prince fut rétabli sur son trùne i83o) et, lorsque l'archevêque Ebbon, de Reims, qui avait reçu la confession publique du malheureux père, fut cité devant l'assemblée de Thionville, il vota sa déposition (4) : ce qui ne l'empêcha point, quatre ans plus tard, à la mort de Louis (839), de reconnaître l'autorité de Lothaire, devenu empereur, et de souscrire au rétablissement d'Ebbon. Etait ce de la versatilité ? je ne le pense pas; c'était plutôt une nécessité imposée par les circonstances à un prélat, plus soucieux des intérêts spirituels et temporels de ses diocésains que des calculs de la politique.

Nous ne savons quelle fut sa conduite lors de la lutte entre les trois fils de Louis le Débonnaire et de la signature du traité de Verdun (843), mais nous avons tout lieu de croire qu'elle ne fut pas moins habile.

Il se montra, avant tout, et c'est là son plus bel éloge, un

(1) Lettre XXI. — Théodoric mourut à Toul, après une vie do rctraito.

(2) Lettre XXIII.

(3) Pfister, op. cit., p. 311.

<4' Sirmond, Concilia, II, 567.

évéque, un vrai pasteur, dévoué au troupeau dont il avait la garde, préoccupé de la sainteté de son clergé et du salut de ses ouailles. Il tint régulièrement le synode, selon les prescriptions des capitulaires(l); il cherchait à frapper les esprits par des cérémonies imposantes, comme la translation solennelle qu'il fit, en 820, des reliques de saint Amon (2), et, quand un désastre frappait son peuple, il était le premier à ouvrir ses greniers et ses coflres (3).

Les chanoines de la cathédrale qui, dès le temps de Garibald (4;, semblent avoir mené la vie commune, reçurent de lui, soit les constitutions primitives de saint Chrodegand (3), soit la règle mitigée par Amalaire, diacre de Metz (6). L'empereur avait ordonné l'observation de ces statuts et Frothaire était trop zélé pour ne point se rendre immédiatement à la volonté impériale. Malheureusement, l'indigence où l'incendie avait réduit son Église, ne lui permit point de remettre en état le cloître et les bâtiments nécessaires à la vie conventuelle et l'œuvre de rénovation demeura inachevée (7).

Les signatures d'un diplôme (8) nous font connaître quelques dignitaires du chapitre ; le primicier, Leutmond ; le ctistos, Gantsarius ; Achérius, le notaire ; Arengaud, le bibliothécaire. Nous verrons plus tard quelles étaient leurs fonctions ; mais nous serions curieux de savoir, dès maintenant, quels ouvrages Arengaud rangeait sur les rayons de sa « librairie ». Le temps

(1) « Synodum parochiœ nostrœ plene convocavi, » {Lett. IV.) — « Sciai,,, nos his diebus concilium nostrorum subditorum convocasse. » (Lettre IX.)

(2) Ben. Pic. 207.

(3) Lettre XI.

(4) Voir plus haut, page 89.

(5) Saint Chrodegang, évoque de Metz (t 766), publia vers 755, pour les chanoines de sa cathédrale, une règle célèbre qui ne tarda point à se propager dans les autres chapitres. On peut la lire dans Pertz, S5., X, 552, et dans le Spicilegium d'Achéry, I, 565.

(6) Amalaire, diacre de Metz, puis archevêque de Lyon, fut élève d'Alcuin. On a de lui un Traité des offices ecclésiastiques. — L'ordre de l'Antiphonaire, — Voffice de la Messe et une règle des chanoines. — Ses œuvres sont au tome CV de la Patrologie latine de Migne. — Cf. Dom Ceillier, XVIII, 552, eiïBist. litt. de la France, IV, 531.

(7) Ben. Pic, d'après un diplôme do Charles le Gros, op. cit., p. 152.

(8) Charte pour la réforme de Saint-Epvre, 836. (Calm., II, cxxxi).

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