CHAPITRE IV. — FROTHAIRE
malheureusement et, sans doute aussi, les flammes nous ont privés du plaisir de cette constatation.
Toul avait alors quatre paroisses : Saint Jean, dans la ville, encore bornée au vieux castrum romain (1) ; Saint Âmand, dans le bourg ; Saint Maximin, au faubourg Saint-Epvre, et Saint-Pierre, au faubourg Saint-Mansuy.
Les paroisses s'étaient aussi multipliées dans les campagnes et, si Ton en juge par les diplômes de ventes, d'échanges ou de donations (2), comme aussi par les saints auxquels furent dédiées les églises (3), on se croit autorisé à conclure que le diocèse de Toul suivit la même loi que les autres diocèses de France (4) et que les vu* et viii* siècles virent s'y constituer le plus grand nombre des circonscriptions paroissiales.
Les diœceses ou parochiœ, comme on les appelait indifiéremment, s'étaient d'abord constituées dans les villes, dans les xnci, autour du tombeau d'un martyr ou encore dans certaines agglomérations considérables. Plus tard, les maîtres des villœ, devenus chrétiens, tinrent à posséder, près de leur maison, un oratoire que desservait un prêtre nommé par eux et approuvé par l'évêque ; ils durent continuer pourtant à fréquenter la paroisse, la a mère-église)), du
(1) La paroisse Sainte-Geneviève dans le Châtel apparaît peu de temps après Frothaire, vers l'époque de Charles le Chauve. (Lcpage, Comm., II, 587). — Saint- Waast, s'il a jamais été paroisse, ne l'était sans doute déjà plus, car cette église était située entre St-Jean et le Faubourg St-Epvre, et nous avons vu (p. 103) une querelle de limites entre les deux paroissos Saint-Jean et Saint- MaximiD, ce qui semble exclure tout intermédiaire.
(2) C'est à partir du vu' siècle que l'on voit figurer la formule : c {villa) cum hasilica ou ecclesia^ et appenditiis ejus. » (Cf. Imbart de la Tour, op. infr. cit., Benoît* Picart, Calmet, Gallia, etc.)
(3) Les courants de la dévotion populaire ont une influence considérable sur le choix des titulaires des églises et il serait très curieux de dresser une carte du diocèse, avec la mention des patrons des paroisses. On pourrait peut-être, dans certains cas, suivre l'œuvre de démembrement de la paroisse primitive. Le travail assurément serait assez délicat, et il faudrait l'entreprendre sans esprit de système. Il est certain, par exemple, que la plupart des paroisses qui ont saint Martin, saint Remy, saint Pierre, pour patrons, sont très anciennes ; que celles q-ui sont sous le vocable de saint Epvre ou de saint Maurice sont du VI* ou du vii* siècle, etc. — Benoit- Picart, dans son Fouillé, a donné les patrons des paroisses et des annexes.
(4) Cf. Imbart de La Tour, Les paroisses rurales dans Vancienne France, du IV* au W siècle, ûans Revue Historique, 1896 et sq.
108 LIYHE II. — OIIOANISATION 1)K l'kGLISK DE TOIL
moins aux jours de fête, à payer la dîme au curé, à lui présenter leurs enfants pour le baptême et leurs morts pour la sépulture. Mais, peu à peu, la lassitude vint: pourquoi iraient-ils demander ailleurs ce qu'ils pouvaient avoir chez eux ? n'avaient-ils point un oratoire, un autel, un chapelain ? pourquoi ne prieraient-ils point l'évéque de distraire leur domaine foncier de la paroisse trop vaste et de l'ériger en circonscription paroissiale? La religion et la piété y gagneraient et leurs hommes ne seraient plus exposés à subir rinfluence d'un voisin.
Les évéques n'eurent garde de repousser ces avances; grands propriétaires eux mêmes, n'avaient-ils point donné l'exemple et formé de leurs villa* autant de centres paroissiaux ? Ainsi encouragés, les seigneurs laïcs, comme les supérieurs des monastères, bâtirent ou reconstruisirent les églises; ils assurèrent à la paroisse naissante la dotation foncière exigée par les canons; ils s'engagèrent à en respecter l'intégrité et à la défendre contre toute usurpation et ils reçurent, en retour, pour eux, pour leurs successeurs ou leurs héritiers, le droit de présenter à la nomina tion de l'Ordinaire le prêtre qu'ils désiraient avoir pour curé (1). Le fait se généralisa aux dépens des paroisses primitives (2) : en 818, le capitulaire De Villis(3) obligea tout créateur d'exploitation agricole de prélever sur son Twansws indominicatus, les terres nécessaires à l'entretien de l'église et de son ministre et, plus tard, dans certaines régions, les paroisses se multiplièrent tellement que
(1) Toile fut l'origino du patronago, ou droit do. présenter à la nomination de l'Ordinaire les titulaires des ('•glises et des chapelles.
(2) Ainsi nous voyons Frothaire construire de nouvelles chapelles dans un lieu de son diocèse appelé Bosonis riionastej'ium^ dépendant de l'abbaye Saint-Bénigne de Dijon, et affecter à leur service une partie des revenus de cette villa : ce qui excite les réclamations de lévéque de Langres (Lettre XXX). n devait s'agir de chapelles paroissiales, car nous ne voyons pas de quel droit l'évoque se serait introduit dans le domaine d'un tiers, pour ériger de simples chapelles. — M. Pfisler Hoc. cit , p. 192) identifie ce lieu avec Uouzancourt (c. de Doulcvant, Haute-Marne) ; mais Bouzancourt était du doyenné de Biaise, et ce doyenné ne faisait pas encore partie du diocèse de Toul (voir infra, le chapitre I" du Livre V).
(3) Cap. de Villis^ art. 12, apud lioretixis, p. 277.