‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 69 sur 265 · CHAPITRE IV. — FllOTUAlHE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — FllOTUAlHE

Ton dut prendre des mesures pour arrêter cette œuvre de morcellement (l).

Ainsi, au temps de Frolhaire, le diocèse de Toul se trouvait-il divisé en circonscriptions paroissiales, plus ou moins étendues. Les unes, surtout dans la montagne, embrassaient un grand nombre de granges, de celles ou même de x^illœ (2) ; les autres avaient pour limites les bornes mêmes d'une propriété foncière ou débordaient tout au plus sur un ou deux domaines voisins (3). Certaines étaient desservies par un clergé nombreux, curé, chapelains, clercs, aspirants au sacerdoce ; mais la plupart n'avaient qu'un prêtre, chargé à la fois du soin des âmes, de l'instruction des enfants et de l'administration du temporel, sous la surveillance et le contrôle de l'administration épiscopale (4). Dans les cures de patronage séculier, c'était un clerc, né presque toujours dans le domaine et présenté à l'ordination et à la nomination de l'évêque par le propriétaire de la villa {o); dans les cures qui dépendaient d'une abbaye, c'était souvent un moine détaché par son abbé et révocable par lui (G). Enfin, certaines paroisses, surtout celles des villes et des bourgs, avaient conservé le droit de se choisir leur curé ou le recevaient directement de l'évoque ou du roi (7).

I) Hincmar de Reims bh^me son neveu Hincinur de Laon d'avoir trop morco\v. 1rs anciiînnes paroisses de son diocèse. En 841, le concile de Toulouse inter- «lit tout démembrement nouveau qui ne serait point nécessité par de gravt's raisons. (Imbart de la Tour, op. cit., Ch. I.)

it] Il en est encore ainsi maintenant dans les régions montagneuses des Vosges.

{'.i) Ainsi l'église de Golomboy, Colombarium, faisait alors partie du territoire d'Alain. (Mabillon, De Re Diplom., 620.)

(4) « [Missi dominicij alias ecclesias a nobis aecundum ecclesiasticam diaposUionem ordinataa aliter ordinaverunt. » (Lelt. VII.)

\T)) Dans .sa letln^ X, Frothaire se plaint à Dreux, évi^pie de Metz et .seigneur temporel d<» plusieurs villa' de son diocèse, de ce (jue (pielques églises do ses domaines n'ont point le nombre de manses voulu par les canons : « nec manaorum subjcctione subjiciuntur », ni de prêtres pour les desservir : « uec sacerdotum pra'sentia custodiuntur )), (Voir plus haut, pagel)î)j.

(Gi L'église Saint-Maximin, par exemple, est donnée aux moines do Saint-Epvre ; de même, celle de Crépey, de Siccum-Vadum.vlc... (Mabillon, loc. vit,)

il] L'église Saint-Amand, dans le Hourg, était d(* patronage royal et fut donnée par Lolhaire au chorévé(iue Bérard {("A. page 111t.

Le patrimoine de la paroisse se composait, du moins d'après le capitulaire de 818 « d'une manse de douze bonniers (1), d'une curtis (2) et de quatre serfs{3))). Maintes fois, il s'arrondissait par des donations ou des legs, mais, plus souvent encore, les usurpations et les chicanes, les abandons faits par le prince à titre de précaires ou de bénéfices, le réduisaient à une portion mesquine, quand elles-ne le supprimaient pas entièrement (4). L'histoire de ces temps si troublés est pleine de ces péripéties. Aux revenus de la terre curiale qui, plus tard, en Lorraine, prendra le nom de bouvroî, se joignaient le produit de la dlme qui aQectait toutes les

propriétés rurales et tous les genres de récoltes ; les offrandes des fidèles et les cens, ou redevances dues par les tenanciers ou les précaristes des biens de la paroisse. Oblations et dîmes devaient être divisées en quatre parts, consacrées respectivement â la subsistance du curé et de son clergé, à l'entretien de l'église, à l'assistance des pauvres inscrits sur la matricule ou livre des aumônes, et enfin aux besoins généraux du diocèse et de l'évôché. Quant aux cens et aux revenus des propriétés foncières, le curé en avait seul la jouissance. Il est vrai qu'il devait payer les droits du synode, supporter les frais des tournées pastorales, nourrir ses clercs et ses auxiliaires et satisfaire aux impôts que le fisc impérial faisait peser sur les églises, comme sur tous les possesseurs de biensfonds. La situation financière du clergé de cette époque n'était donc pas toujours très brillante, et dans les années de guerres ou de mauvaises récoltes, le budget de la paroisse rurale et celui de son ministre devaient souvent accuser un déficit.

Quel était alors l'état des églises? en quel style et avec quels matériaux étaient-elles bâties? nous ne pouvons le savoir, car, moins heureux que certaines régions, notre pays n'a conservé

(1) Bonnier, Bonnarium^ mesure de terre (Du Gange). Do ce mot, mal orthographié en Bovariuvi, est peut-être venu notre mot lorrain de Bouvrot.

(2) Curtis ou cortis^ maison d'exploitation agricole.

(3) Boretius, loc. cit.

(4) (( fMissi dominicij abstulerunt de quibusdam ecclesiis hoc quod ad illas juste ac rattonabiliter pertinebat. Sed et de ecclesia istius prœsbyteri vestri tulerunt dimidium mansum et dimidiam suam decimam et dederunt homini laicOy contra canonicastatuta.)) (Lett. VII.)

Page 1