‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 71 sur 265 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La lutte entre les deux influences franque et

germanique (849-927) (*»

En 814, quand Frotliaire était monté sur la chaire de saint Mansuy, Tempire carolingien jetait tout son éclat; quand il mourut, en 849, cette splendeur s'était obscurcie. Au lieu d'un empire unique, on comptait trois royaumes impuissants : la France aux mains de Charles le Chauve ; l'Allemagne, au pouvoir de Louis le Germanique et, entre les deux, une bande longue et étroite, allant de l'Italie à la Mer du Nord, comprenant entre autres le pays Mosellan et soumise à Lothaire, l'héritier du titre impérial: partage instable qui fut la cause de bien des luttes et de bien des misères.

Celui qui fut alors appelé à monter sur la chaire de saint Mansuy fut l'Orléanais Arnoud (:2), fils d'un haut dignitaire de la cour de Louis le Débonnaire, Arnaud (3), et ami intime de l'évoque défunt. Son élection avait été fort agréable à Lothaire ; mais il dut bientôt

(1) Sources. — Les auteurs cités en tôte de ce livre.— Annales Fuldenses (SS., 1, 337 et sq.). — Annales BertinianiiSS., I, 419 etsq.) — Annales Vedastini (5S., 1, 516 et sq. ; II, 196 et sq.). — Parisot, Le Royaume de Lorraine sous les Carolingiens, 8^13-923. Paris, Picard, 1899 ; tlicse d'une critique sûre et d'une forte documentation.

(2) Les diplômes portant Arnoldus et non ArnulphuSy j'ai adopté l'orthographe Arnoud^ comme la plus conforme aux lois do la morphologie.

(3) La raison que j'ai énoncée dans la note précédente m'a porté ii substituer la forme plus française Arnaud à la forme Arnald, employée par les historiens. Il en sera de même pour le nom du successeur d'Arnoud sur le trône épiscopal de Toul.

114 LIVRE II. — ORGANISATION DE l'ÉGLISE DE TOCL

commencer la lutte. Suivant un abus de l'époque, le prince avait donné à des laïques, les abbayes Saint-Epvre, Saint-Martin et Saint-Germain, vassales de Saint-Étienne (1). Sentant approcher sa fin, il s'était retiré à Tabbaye de Prûm, en septembre 855 (2). Arnoud alla le trouver et plaida sa cause avec tant de chaleur qu'il obtint promesse d'entière satisfaction. Lothaire n'eut pas le temps de tenir sa parole ; mais, sur son lit de mort, il engagea ses enfants à rendre les monastères usurpés (3). Il laissait trois fils: Louis II, l'aîné, eut l'Italie et la couronne impériale; Charles, le plus jeune, la Provence et la vallée du Rhône; Lothaire II, la Bourgogne septentrionale, les basses vallées de la Meuse et de l'Escaut et les quatre anciennes cités des Trévires, des Médiomatrices, des Verdunois et des Leuques : contrée qui désormais s'appellera Lotharii regnum ou Lotharingia, en français Lorraine.

Louis II et Charles de Provence eurent quelques difficultés entre eux au sujet de ce partage et les évêques purent craindre que des guerres n'empochassent encore la tenue régulière des conciles et ne multipliassent les crimes et les exactions. Réunis, en juin 859, à Savonnières, près de Toul (4), au nombre de plus de quarante, en présence de Charles le Chauve et de ses deux neveux, Lothaire et Charles, ils cherchèrent le moyen de calmer le différend et d'assurer une paix durable entre les descendants de Charlemagnè. Puis ils jugèrent divers points en litige, l'élection de Tortold, évoque de Bayeux, d'Anscaire de Langres et de Hatton de Verdun ; ils entendirent un réquisitoire du roi de France contre Wénilon, archevêque de Sens, qui lui avait engagé sa foi et lui avait fait défection et ils envoyèrent à leur confrère une citation à compa-

(1) Ben. Pic, Xlll. — Bouqucl, IX, 398. — Saint Martin^ près de Sorcy (c. de Void, Meuse , selon l'opinion la plus probable. (Voir une dissertation de Benoît- Picart sur ce point, dans la Vie de S. Gérard^ 235 et sq.) — Saint-Germainsur-Meuse, c. de Vaucouleurs, Meuse. — Les deux abbayes sont ruinées depuis longtemps.

(2) Prûm on Pruym, abbaye do l'ordre de S. Benoît, au diocèse de Trêves, aujourd'hui ville de la Prusse-Rhénane.

(3) Ce vœu fut exécuté par Lothaire II, en août a>9. fBen. Pic, XIII).

(4) Sirmond, III, 137. — Labbe, VIII, 674. — Savonnières, ancienne villa royale, est aujourd'hui une ferme sur le territoire de la commune de Foug^

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