‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 72 sur 265 · CHAPITRE V. — DECX INFLUENCES · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — DECX INFLUENCES

raître à leur barre. Ils écrivirent aux évoques de Bretagne qui s*étaient révoltés contre Hérard de Tours, leur métropolitain, et les engagèrent à se réconcilier avec lui. Ils publièrent à nouveau dix canons d'un récent concile de Langres (1), sur la discipline ecclésiastique; sur la visite annuelle des monastères par l'évêque du diocèse; sur l'urgence d'établir des écoles pour lutter contre rignorance croissante des lettres sacrées et profanes ; sur la réparation des églises ; sur le choix des abbés ; sur les dîmes et les novaux (2) dus par les détenteurs des biens ecclésiastiques ; sur la réaffectation des hospices à leurs usages primitifs; sur Tobligation d'assurer aux pauvres justice prompte, entière et gratuite; sur les peines à infliger aux ravisseurs, aux adultères et aux voleurs. Ils finirent leur session en instituant entre eux une association de prières : ils décidèrent de célébrer, le mercredi, le Saint-Sacrifice les uns pour les autres ; de dire sept messes, de réciter trois offices des défunts, et de demander à leurs prêtres trois messes et trois offices, au décès de chacun des membres de leur pieuse union.

L'un des points sur lequel ils insistèrent, ce fut la nomination des évoques (3). Ceux-ci, quand ils n'étaient pas désignés par le roi, étaient élus par le clergé et par le peuple, sous la surveillance d'un visiteur imposé par le prince. Le procès-verbal de la séance était envoyé par le visiteur et les notables au métropolitain et, par ce dernier, à la cour, si toutefois il ratifiait le vote. Le placet royal obtenu, c'était à l'archevêque, et à lui seul, que revenait le droit d'examiner le candidat et de procéder au sacre, selon la manière et dans le temps prescrits par les canons.

Ce privilège, comme tous les autres, était tombé en désuétude durant la dernière période de la dynastie mérovingienne (4) ; il

(i) Ce concile eut lieu à Langres, en celle même année 859. (Sirmond, III, 136.)

(2) Novaux^ neuvième partie d'un revenu. Certaines terres qui avaient appartenu à l'Église, avaient été cédées en bénéfices à des laïcs, à la condition qu'ils donneraient à l'Église propriétaire le ncuviônic des revenus.

(3) Imbarl de la Tour, Les éleciiona épiscopales dam l'Église de France^ du IX' au XIP siècle, Paris, Hachette, 1890.

(4) Cf. L. Jérôme, La question métropolitaine dans l'Église franque, au temps de Charlemagne. Paris, Lamulle et Poisson, 18*.)7.

n*existait plus aucune distinction entre les archevêques et les évoques; de toute l'institution métropolitaine, il n'était resté que le cadre des provinces, et encore ce cadre s'étaitil profondément modifié dans certaines parties du royaume franc.

Charlemagne et ses premiers successeurs travaillèrent à rétablir les relations de l'ancienne hiérarchie. Une série de décrets et de capitulaires rendit aux archevêques leurs pouvoirs de contrôle et de surveillance, de réprimande et de correction vis-à-vis de leurs sufiragants, et c'est à cette œuvre de restauration que coopéra notre concile toulois. Son huitième canon prescrivit que désormais les évêques ne seraient promus à leur dignité que sur l'avis favorable du métropolitain et l'agrément des évêques, ses co-suflfragants. Cet article était sage: comme premier résultat, il devait entretenir, entre les prélats d'une même province, des rapports de confiance et de confraternité.

Les Pères de Savonnières émirent aussi un vœu pour la tenue annuelle des synodes provinciaux et la convocation des conciles nationaux. Ce vœu fut entendu et l'année suivante, au mois d'octobre, cinquante-sept évêques, venus de toutes les provinces des Gaules, se réunirent dans la villa royale de Thusey, sur la Meuse, à trois lieues environ de Toul (1). Les actes de ce concile nous donnent une idée bien triste de l'Église franque en cette seconde moitié du ix* siècle. Ce ne sont que fraudes, brigandages, adultères, homicides ; partout sont violées les lois divines et humaines. Il suffit, à qui veut s'en convaincre, de parcourir la lettre synodale que les Pères de Thusey envoient aux seigneurs du royaume pour leur exposer de quel crime ils chargent leurs âmes en usurpant les biens des églises (2), et de lire les titres des cinq canons qui résument les travaux de l'assemblée (3) : I. Excommu-

(1) Sirmond, III, leOetsq.— Labbe, VIII, 70ielsq.— Thusey, qucDom Calmet (Not. de Lorr.) semble confondre à lorl avec Thullley-aux-Groseilles (c. de Cblombey, M.-et-M.), était, lui-mômc le reconnaît dans la deuxième iHlition de son Uist. de Lorraine (I, 701), une maison royale, située dans la vallée de la Meuse, aux environs de Vaucouleurs.

Sirmond {loc. cit.), trompé par une similitude de noms, fait du concile de Thusey un premier concile de Douzy (c. de Sedan, Ardennes).

(2) Labbo, VIlI, 707 et sq.

l3) Ibid,, 702.

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