CHAPITRE V. — DEUX INFLUENCES
nication contre les détenteurs des biens ecclésiastiques. — II. Des vierges et des veuves consacrées à Dieu, qui vivent dansTincontinence. — III. Des parjures et des faux témoins. — IV. Des gens coupables de brigandages, d'homicides et d'infamies. — V. Des clercs et des moines vagabonds.
Un troisième concile, si toutefois ce congrès mérite ce nom, eut lieu h Savonnières vers la fin d'octobre 862 (1). Les princes s'y rendirent et s'y jurèrent de rechef une paix solide ; mais ces promesses, souvent renouvelées et plus souvent violées, n'inspiraient confiance à personne. Lothaire II, d'ailleurs, était alors absorbé par une malheureuse affaire où l'évêque de Toul, sans jouer ce rôle d'un Athanase ou d'un Ambroise que lui prêtent les Gesta (2), sut concilier les conseils de la prudence et le respect de ses devoirs de pasteur (3j.
En 836, le roi, cédant sans doute à la pression des grands et à des considérations politiques, avait épousé Theutberge, la sœur de Humbert, duc de la Bourgogne-Transjurane; mais, dès l'année suivante, soit que ses vues ambitieuses eussent été déçues, soit qu'il eût perdu l'espoir d'avoir des enfants de cette femme, soit enfin que la passion l'emportât, il avait renoué un commerce criminel avec Waldrade, son ancienne concubine. Puis, voulant installer cette dernière sur le trône et, pour cela, faire casser son mariage, il avait accusé Theutberge de relations incestueuses avec le duc Humbert, jeté la reine en prison, gagné l'ambitieux Gunther, archevêque de Cologne, son archichapelain, et persuadé de la bonté de sa cause le faible Theutgaud, archevêque de Trêves,
(i) Sirmond, III, 189. — Labbo, VIII, 754.— UMm {Conciliengeschichte, IV, 2G0) refuse le titre de concile à ce congrès de Savonnières où ne se traitèrent que des affaires politiques.
\2) .... Columna immobili.^^ fundamenta mnctœ fortiter tenens, immo fasligium, suMentans Eccleaiœ... maluit pro Christi nomine iemporalibus alque caducis destitui bonis et ad ultimuvi^ si necesse foret, discrimen pati ritœ prœsentis quam ut ab eo deficeret congrua rectitudo pastoris; ideoque prœdictum regem [LothariumJ super hoc scelere persœpe arguens, cum revocare nequiret, pastorali religarit sententia, donec resipisceret. (SS., VIII, 637.)
(3) Sur l'alTaire de Waldrade, lire Parisot (op. laud.^ 78 et sq. ; 143 et sq.>. On trouvera dans ce livre l'exposé des faits, l'indication des sources et la critique des récits antérieurs.
118 LIVRE 11. — OKGANISATION DE L'ÉOLISE DE TOUL
l'intrigant Advence, évêquedeMetz, et un certain nombre de hauts difcnitiiires du clergé lorrain. Par un ensemble savant de tortures physiques et morales, (lunther et lui amenèrent la princesse à confesser son prétendu crime et à demander Thabit religieux, dans deux conciles que le roi réunit à Aix-la-Chapelle, en janvier 8G0, et qu'il composa d'évêqueset d'abbés dont il se croyait sûr (1). L'accusation et l'aveu inspiraient de la défiance à plusieurs mêmes de ces prélats; mais, devant les affirmations réitérées de Theutberge, les Pères du second synode engagèrent Lothaire à s'abstenir de tout rapport avec son é[)ouse et condamnèrent la prévenue à la pénitence publique et à l'internement dans un monastère.
Ils ne s'étaient pas prononcés sur le point le plus important : l'annulation du mariage et la possibilité pour le roi de contracter une seconde union; mais l'amant deWaldrade ne doutait point du succès, quand un mémoire d'Hincmar, archevêque de Reims (2), la fuite de Theutberge, sa retraite auprès de Charles le Chauve, une lettre qu'elle écrivit au pape Nicolas I et tout un ensemble de circonstances et d'intrigues donnèrent à son affaire une extension inattendue et une portée plus générale.
Lothaire ne se laissa point déconcerter. Dans un troisième concile qu'il réunit également à Aix, le 29 avril 8G2 et où nous trouvons, cette fois, l'évèque deToul (3), il renouvela ses accusations contre son épouse, déclara qu'il ne pouvait plus longtemps garder le célibat et demanda une sentence d'annulation. La majorité lui était ouvertement favorable et, malgré une solide dissertation qui concluait à la validité de son mariage et que certains auteurs croient pouvoir attribuer à Arnoud (4), il se vit délié de la parole
(i) Arnoud deToul nVsl porté, ni sur l'une, ni sur l'autre des listes dos deux conciles que donne Hincmar de Reims dans son Mémoire sur le divorce de- Lothaire. (Pertz, Lenes^ I, 40.) ot MîO.)
(2) De divortio Hlotharii régis et Tetbergœ reginœ. Ce mémoire a été publié par Migno {Patr. Int., CXXV,c. 626etsq.).
(3) Sirmond, III, 189. - Labbe, VIII, 739.
(4: Héfélé Xonciliengcschichle, IV, âlil). — Sdralok (Ilinkniars von Reims kanonistiches Gutachteti..., i.'K) . — Dûmmler {(îescfnchte des Ostfrœnkischen Reichs, 2* édit., II, 31). — Parisot {op, cit.^ 19").). — Leur grande raison, c'est