CHAPITRE V. — DEUX INFLUENCES
qu'il avait jurée à Theutberge et autorisé à se choisir une autre épouse. Tout triomphant, il envoya cette décision au pape, le priant de la confirmer ; mais justement surpris que des prélats eussent osé juger une cause qui avait été portée au tribunal du Siège apostolique, Nicolas lui répondit qu'il se proposait d'envoyer des légats en Lorraine et l'engagea à ne rien précipiter. Le prince passa outre et lit bénir son union avec Waldrade. Peu après, arrivèrent les légats ; ils convoquèrent un concile à Metz en juin 863 ; mais ils se laissèrent gagner et sanctionnèrent les faits accomplis.
Irrité de leur servilité, le souverain pontife traita le synode d'assemblée infâme, cassa la sentence rendue contre les droits de la légitime épouse, enjoignit à Lothaire de renvoyer sa concubine, fit instruire contre les mandataires infidèles, déposa les archevêques Gunther et Theutgaud et commanda aux autres membres du concile de désavouer leur vote. Arnoud avait-il pris part à cette assemblée de Metz ? nous l'ignorons (1), et l'ensemble de sa conduite en cette malheureuse affaire, les éloges sans réserves que
l'ensemble de la conduite d'Arnoud dans cette afiaire. Arnoud aurait eu pour collaborateur dans la rMation de ce m(^moirc, Hunger, évoque d'Utrecbt.
(1) Nous n'avons, ni les actes du concile, ni la liste des prélats présents à l'assemblée. Les Annales Fuldenaes (anno 867) parlent de touH'épiscopat lorrain, mais ce terme général admet des exceptions. Les Gesta se taisent sur ce point et font le plus grand éloge de la fermeté d'Arnoud (voir plus haut, p. 117, n. t). Un diplôme de Charles le Simple, donné en 912, en faveur de l'évéque de Toul, Dreux, rappelle 1' t insuperabileni rectitudinis normam quant tenuit erga regem fLothariumJ venerabitis vir Àrnulphus. «^Bouquet, IX, 515.) — De L'Aigle (Mémoires) hésite à se prononcer sur la présence d'Arnoud à Metz, mais il semble pencher pour l'afllrmative. Voici son raisonnement : Arnoud est allé au troisième synode d'Aix ; donc il a dû se rendre à Metz, et les éloges des Gesta ^ comme la persécution de Lothaire II, ont sans doute eu-pour cause le revirement que produisit dans l'esprit d'Arnoud la sentence de Nicolas I. Mais alors, pourquoi Lothaire n'aurait-il pas persécuté Advence et les autres prélats qui se soumirent? — Benolt-Picart :op. cit., 290 et, après lui, Dom Calmet {Bist. de Lorr.y 2* éd., I, 7&1) affirment, mais sans donner leurs autorités, qu'Arnoud assista au conciliabule de Metz et qu'il envoya ensuite au pape une lettre de rétractation. Mais nous avons la rétractation des autres prélats ou la lettre que Nicolas I leur écrivit en réponse et. pour Arnoud, nous ne possédons rien. — Autre détail qui semble confirmer l'innocence d'Arnoud : son nom est inscrit dans le Liber vitiF de Kemlremont, mais il est barré d'un trait (Didier-Laurent, Vahb, de Remiremont^ dans ifem. Soc. Arch, lorr.^ 1897, p. 317^ : comme si l'abbayn qui donna Thospitalité à Waldrade, avait voulu désavouer la conduite de celui
120 LIVRE n. — ORGANISATION DE L'ÉGLISE DE TOUL
lui adressent les Gesta, échos à peine affaiblis de la voix populaire, les désagréments qu'il eut à subir de la part du roi, tout semble indiquer qu'il se tint prudemment à l'écart.
Lothaire hésita longtemps, partagé entre sa conscience et ses intérêts, son ressentiment et sa passion ; il se vengea toutefois sur l'évêque de Toul et lui enleva l'abbaye de Bonmoutier et plusieurs autres domaines (1). Enfin, il se résolut à la soumission, remit Waldrade entre les mains du légat Arsène, évéque d'Orte, rendit à Theutberge la couronne et le manteau royal et, le jour de l'Assomption 865, il assista, avec elle, à la messe du légat, dans l'oratoire de sa villa de Gondreville. Mais Waldrade, pour son malheur, réussit à s'évader; elle revint en Lorraine et renoua ses intrigues. Le roi reprit alors ses négociations auprès de Nicolas et d'Adrien II, son successeur (867-872); il eut, avec ce dernier, au Mont-Cassin, le l<?r juillet 869, une entrevue dramatique qui est restée célèbre (2) ; il obtint de lui la promesse que son affaire serait examinée par un concile et il succomba presque subitement, à Plaisance, le 8 août de la môme année. Cette mort inopinée fut considérée comme un jugement de Dieu : elle frappa vivement les contemporains et elle ouvrit pour la Lorraine une ère de divisions et de ruines (3).
Lothaire, en effet, n'avait point d'héritier légitime et les convoitises s'étaient allumées au cœur de ses oncles, Charles le Chauve et Louis le Germanique, et de son frère, l'empereur Louis IL Dès 867, les deux fils de Louis le Débonnaire avaient tenu une conférence dans l'abbaye messine de Saint-Arnould et ils s'étaient
qu'elle avait dû inscrire sur son n^crolojçe en qualité d'évéque diocésain. Aussi, puisque les apparences semblent favorables à l'évoque de Toul, je réserve mon opinion, me souvenant du proverbe juridique: « Nemo supponitur malus nisi prohetur. »
(1) Benolt-Picart, XVII. — Bonmoutier fut soumis quelque temps à l'abbaye d'Andleau, par décision de Charles le Gros, en date du 19 février 884. (Bœmer- Mûlbacher, Regesten^ 1635.) — Charles le Simple restitua ce monastère à Tévéché de Toul, par diplôme du 28 janvier 912 (voir plus bas>.
(2) Cotte scène de la communion de Lothaire, au Mont-Cossin, et de l'allocution du pape Adrien prêtait trop à l'imagination pour n'avoir pas été dramatisée à l'envi. On peut en lire le récit et la critique dans Parisot (op. laud., 318 et sq.).
(3i Theutberge se retira probablement à l'abbaye Sainte-GIossinde de Metz, où elle fut enterrée. Waldrade reçut l'hospitalité à l'abbaye de Remiremont. — Cf. Didier-Laurent, op. et loc. cit.^ 315 et sq.