‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 76 sur 265 · CHAPITRE V. — DEUX INFLUENCES · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — DEUX INFLUENCES

Jean VIII, alors réfugié en France, et à celle du roi Louis, et il prit part aux travaux du concile deTroyes (1).

Cependant Louis le Germanique était mort, le 28 août 876 et, de ses trois fils, Louis, le cadet, surnommé le Jeune, avait eu, dans son héritage, la partie alors allemande de la Lorraine et du diocèse de Toul. Trois ans plus tard, le 10 avril 879, Louis le Bègue rejoignit son oncle au tombeau, laissant deux fils en bas âge, Louis III et Carloman. Les seigneurs français qui soutenaient la cause des jeunes princes purent craindre un instant que Louis le Jeune et Charles le Gros, son frère, ne profitassent des embarras d'une régence pour s'annexer leur pays. Sacrifiant une partie pour sauver le reste, ils ofirirent à Louis, en 879, la section française de l'ancien royaume de Lothaire. Ils supprimèrent ainsi le démembrement désastreux de 870 et cet heureux résultat dut adoucir au cœur d'Arnaud le regret de voir Toul tomber au pouvoir d'un prince germain.

L'espoir, d'ailleurs, lui revint bientôt. Le 20 janvier 882, Louis le Jeune mourut à son tour et Charles le Gros, son unique héritier, était alors fort occupé au-delà des Alpes. Or, les Normands, ces redoutables aventuriers, menaçaient les hautt^s vallées de la Meuse et de la Moselle ; les sympathies pour le roi de France se réveillèrent et les seigneurs, Arnaud sans doute dans les premiers, firent des avances à Louis III ; mais ce monarque ne se sentit point assez fort pour accepter leurs propositions. Il mourut d'ailleurs en 882; Carloman lui survécut à peine deux ans et Charles le Gros réunit sur sa tête toutes les couronnes de Charlemagne.

Le nouvel empereur se montra bienveillant pour notre évêque. Se trouvant à Gondreville le 12 juin 883, il écouta ses doléances sur la triste situation de son Église et, à la prière de Liutward, évoque de Verceil, il ordonna la restitution de Vicherey (2); quelques jours plus tard, il confirma les biens et les privilèges de

873, nous le voyons assister avec les prélats allemands à la dédicace de la cathédrale de Cologne (Hartzheim, Concilia Germaniœ^ II, 359), tandis qu'il ne se trouve pas à Troyes.

(1) Labbe, IX, 306 et sq.

(i) Ben. Pic, IV. - Bouquet, IX, 338.

Tabbaye Saint-Epvre et les droits du prélat sur ce monastère (1) ; puis, touché du tableau qu'Arnaud lui avait tracé du dénuement du chapitre de Toul, il affecta différents domaines du temporel à Tentretien exclusif des chanoines et interdit aux évoques d*en rien distraire, sous peine de se voir cités devant le métropolitain (2). Mais bientôt, ses lâches négociations avec les Normands exaspérèrent ses peuples: en 887, toutes les provinces de TEmpire se soulevèrent et se choisirent des souverains.

Les Allemands reconnurent pour roi Arnulf (3), bâtard de Carloman, le frère aîné de Louis le Jeune et de Charles le Gros ; les Français, Eudes, comte de Paris, et les Bourguignons, le Carolingien Rodolphe, fils du comte d'Auxerre, Conrad IL Entre Arnulf et Rodolphe, les Lorrains hésitèrent ; Arnaud, fidèle à ses sympathies, se décida pour Rodolphe et même il le sacra, en 888, dans sa cathédrale (4) ; mais le parti opposé l'emporta et Arnulf ceignit la couronne de Lorraine. Il punit le prélat, partisan de son rival, en lui enlevant les abbayes Saint-Epvre et Saint-Germain (5), le cita devant la diète, le jeta dans les prisons d'Indesheim et le

(i) Bouquet, IX, 340.

(2) Ben.-Pic, V. —Bouquet, IX, 342.

(3) Je conserve au nom de ce prince, la forme généralement usitée.

(4) Annales Vedastini^ S88. — « Ces Annales se trompent certainement en avançant que les habitants des contrées situées au-delii du Jura et voisines des Alpes, réunly à Toul, firent consacrer roi Rodolphe... par l'évéque de celte vlUo. On serait tenté de rejeter ce récit, si un diplôme d' Arnulf pour l'Église de Toul du 2 février 893 ne disait pas formellement qu'Arnaud s'était prononcé pour un usurpateur : a Notum ergo sit omnibuii sanctœ Dei Erclesiœ fidelibus prœsentibus el (uturis, quatenus Àrnaldus^ Tullensis ecclesiœ episcopus^postposito nostrœ dominationis regimine, alterius mificnit sncietati qui regni nostri jura, modico quam vis intervallo, subripuit. » (Calmet, 1" édit., I, cccxxiii.) Ce doit être do Rodolphe qu'il s'agit ici et non de Guy (de Spolète). . . La venue de Rodolphe à Toul est acceptée par Gagern [Arnulphi imperatoris vita, p. 59;, et Waitz (Deutsche Verfassungsgeschichte, V, p. 28 et n. 3; admet que ce personnage fut couronné dans cette ville. » :Parisot, op. laud., 488, n. t.)

Benolt-Picart [op. cit., 295) et Dom Calmet (loc cit., 769^ attribuent la disgrâce d'Arnaud à sa présence au sacre de Charles le Simple, le 2 février 893. Mais ceci est invraisemblable, puisque le fait qui aurait motivé la colère d'Arnulf et l'acte qui fit rentrer l'évé(iue de Toul en faveur, dateraient tous deux du même jour.

(5j Diplôme d'Arnulf, 2 février 893. (Ben. Pic, IX. — Calmet, 2' édit., II, CL vil.)

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