‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 77 sur 265 · CHAPITRE V. — DEUX INFLUENCES · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — DEUX INFLUENCES

menaça de la mortel du bannissement. Mais des évoques influents, Salomon de Constance et Hallon de Mayence, prirent sa défense et obtinrent son élargissement.

Il revint en Lorraine et s'efforça de faire oublier sa démarche compromettante. Il avait, en effet, un pressant besoin du secours du monarque. Vers la fin de 887, les Normands avaient remonté la Meuse et même assiégé Toul (1) ; ils pouvaient revenir et, pour leur tenir tête, il fallait se sentir appuyé. De plus, sous le fallacieux prétexte de protéger les campagnes et les monastères, de puissants seigneurs s'établissaient dans des abbayes, s'annexaient des domaines et s'y bâtissaient des châteaux imprenables. C'est ainsi que les deux frères, les comtes Gérard et Matfrid, de concert avec Etienne, comte du pagus Hedensis ou du Chaumontois, s'emparèrent de Saint- Epvre et construisirent des forteresses sur le ban royal de l'Église de Toul (2).

Arnaud était déjà rentré en grâce auprès d'Arnulf et il avait obtenu de lui, en octobre 891, un nouvel édit pour la restitution de Vicherey (3). Il vint chercher auprès du prince protection et justice contre les usurpateurs ; les trois comtes durent lui faire leurs excuses, restituer tout ce qu'ils avaient pris, payer sept cents livres, comme dommages-intérêts, démolir les châteaux qu'ils avaient indûment construits et, dès lors, dans le ban royal ne se dressa plus que la forteresse épiscopale deLiverdun. Quinze mois plus tard, le 2 février 893, la faveur royale lui rendit les deux abbayes que son zèle pour la cause de Rodolphe lui avait fait enlever (4) ; puis, il vint à Metz, en mars ou en mai de cette même année, au concile provincial que le métropolitain de Trêves y avait

(t) Afin. Ved,, 887. — Réginon, 889.

ÇÈ) n Le diplôme du roi (Arnulf) qui nous met au courant de toute cette affaire (Calmet, 2' éd., II, eux) est cfirtalncmcnt faux. Les formules de cet acte dénotent une époque bien postérieure, ainsi que les usages et pratiques qui y sont mentionnés. En outre, il ne pourrait se placer qu'après l'expédition d'Arnulf en Italie, qui est de 894 ; or, l'évoque Arnaud était mort le 5 décembre 893. Mais, de ce que le diplôme que nous possédons ait été fabriqué au xu' ou au xiii* siècle, il ne s'ensuit pas que les faits qu'il rapporte aient tous été inventés. » (Parisot, op. laud.f 506.)

(3) Ben.-Pic, IX. — Bouquet, IX, 3(x5.

(4) Ben.-Pic, IX. — Calmet, II, clvii.

convoqué (1) et il y souscrivit divers canons qui nous fournissent quelques indications sur la discipline et la situation des diocèses lorrains à cette époque. La dime désormais devait appartenir exclusivement au curé (c. 11). Les manses ecclésiastiques ne seraient soumises à aucune redevance et les funérailles seraient gratuites (c. IV). Le cumul des paroisses était interdit (c. ÏIl). Les prêtres ne recevraient dans leur maison aucune personne du sexe, pas même leur mère et leur sœur(c. V); ils n'useraient ni d'armes, ni de vêtements laïcs (c. V) ; ils s'abstiendraient de toute relation avec les juifs (c. Vil). On ne célébrerait plus la messe dans des églises non consacrés et les sanctuaires consacrés par les chorévéques seraient consacrées à nouveau (c. VIII). Ceci indique que l'on ne reconnaissait point alors à ces dignitaires le caractère épiscopal.

Le concile se termina par des prières pour le roi et ce voyage de Metz fut l'une des dernières sorties d'Arnaud. Notre prélat mourut en effet le 3 décembre de cette année 893 (2) et il fut enterré dans l'église Saint-Epvre. Les Gesta vantent son zèle pour le soin des âmes, la prudence de son gouvernement et l'habileté de son administration (2).

Son trépas fut suivi de lourdes calamités. Des loups ravisseurs, disent les chroniques (4) (lisez sans doute des seigneurs cupides)

(1) Sirmond; III, ")2i. — Labbe, IX, 412. — La date du concilo de Metz est loin d'être fixée. Labbe et d'autres placent cette assemblée on 888 : la pnrfatio du concile porte en effet dcoclxxxviii, mais la situation du pays en mai 888 ne permettait gu^re de tenir un concile. De plus, Arnaud, partisan de Rodolphe, n'aurait pas assisté à un concile ordonnant des prières pour Arnulf. 11 est probable (ju'il y eut erreur dans la transcription de la date et qu'il faut lire DcciJLXxxxiii : c'est le sentiment de Sirmond.

(2) Les Gesta donnent comme jour d& la mort d'Arnaud le 5 décembre : or, Arnaud vivait encore le 2 février 893, )our où Arnulf signa le diplôme qui lui rendait les abbayes Saint-Epvre et Saint-Germain (Cf. p. 127), mais il était mort le 13 juin 894, jour où le même roi confirma, en faveur des chanoines de Toul, les biens et les privilèfçcs de leur Église (Ben. Pic, X). C'est donc le 5 décembre 893 qu'il faut placer le trépas d'Arnaud, et non le o décembre 894, comme le prétondent Benoit- Picart {op. cif., 290) et Dom Calmet {loc. cit. y 770).

(3) Loc. cit.

(4) Gesta (SS., VIII, G33). Ces lupi rapaces semblent être les comtes Gérard et Matfrid.

Page 1