‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 78 sur 265 · CHAPITRE V. — DEUX INFLUENCES · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — DEUX INFLUENCES

dévastèrent le pays; puis les flammes deTincenclie réduisirent en cendres la ville épiscopale (1). Ce fut en ces tristes circonstances que Ludelme se vit appelé à prendre la direction de la pauvre Eglise touloise.

Issu d'une noble famille, doué d'une rare sagacité, d'aucuns ajoutent profès de Saint-Maximin de Trêves (2), ce prélat avait sans doute été désigné par le roi aux chanoines de Saint-Etienne quand, suivant l'usage du temps, ils étaient venus le trouver à Worms. en juin 894, pendant la vacance du siège, pour obtenir de sa bienveillance la confirmation de leurs biens et de leurs privilèges (3).

Ludelme fut sacré à Toul dans le courant de l'année 893 (4), par le métropolitain Radbod, assisté de Robert et de Dadon, ses suflragants de Metz et de Verdun, et, aussitôt installé, il mit toute son activité à réparer les dommages causés par le feu et à faire descendre sur son Eglise quelques-unes des faveurs que la piété ou la politique des souverains avaient alors l'habitude de distribuer en abondance aux cathédrales et aux monastères. Aidé par ses sujets qui se dépouillèrent même de leurs meubles précieux et par les

(1) Cet incendie eut lieu le 3t mars 895, d'après les Annales Besuenses {SS., II, 2i8}, ou le 4 avril suivant, d'après les Ann. S. Benigni Divionensis, {SS., V. 40.)'

(2) Bonoll-Picart {op. cit., 290) et Calmel (loc. cit., 824) font de Ludelme un religieux de Saint-Maximin de Trêves. Leur autorité c'est Trithème {Chronicon Hirsaugiense, I, 49\ mais que vaut ce témoignage ?

(3) Confirmatio honorum Tullensis ecclesiœ ab Arnolfo rege (Ben. -Pic, X). Le diplôme est daté des ides de juin 894.

(4) Ludelme est mort le li septembre 906, dans la onzième année de son épiscopat (voir plus bas, p. 132) ; ce qui indique qu'il a été sacré après le M septembre 895 et ce retard est confirmé par l'absence de Ludelme au concile de Tribur, lequel eut lieu en mai de cette année 895 (Labbe, IX, 438 ; Legea, I, 3591, et par ce que disent les Gesta {loc, cit.) de l'incendie de Toul, lequel eut lieu durant la vacance du siège épiscopal, le 31 mars ou le 4 avril (voir plus haut, note 1). — Il n'y aurait donc aucune difficulté à reculer le jour du sacre jusqu'à l'automne, si les Geata {loc. cil.) ne parlaient pas de la donation de l'autel de Gondreville faite à Ludelme par Arnulf. Zwentibold élu roi do Lorraine en mai 895, Arnulf a-t-il encore signé des diplômes concernant ce royaume ? — Cette question que nous ne pouvons résoudre, no permet pus de lixer la date du sacre de Ludelme.

Benolt-Picart et Dom Calmet {loc. cit.) font assister Ludelme au concile de Tribur, et cela sur la foi de Trithème [loc. cit.) ; mais leur assertion est contredite par les actes mêmes du concile.

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religieux de Saint-Epvre qu'il semble avoir imposés à leur corps défendant (1), il releva Saint-Eltienne, donna à Tédifice de plus vastes proportions, le décora de son mieux et remit ses chanoines à la vie commune (2).

Arnulf lui céda l'autel de Gondreville et plusieurs manses dans une région qu'il nous est difficile d'identifier (3). Zwentibold, nommé roi de Lorraine en cette même année 895, lui abandonna une partie de la forêt de Haye, lui rendit le petit monastère, ahbatiola, Saint-Pient de Moyenvic (4) et la villa de Videliacus (3) et reconnut aux hommes de Saint-Etienne diverses exemptions de corvées (6). Louis l'Enfant, son successeur (900-911), lui confirma la possession des abbayes Saint Epvre et Saint-Germain (7) et les privilèges de son Eglise, notamment l'immunité, l'exemption du tonlieu, la direction et les bénéfices de l'atelier monétaire de

(1) Il est permis de le supposer par ce que dit l'auteur du XXV" chapitre des Miracles de saint Epvre : « De Ludelmi episcopi morte. » (Calmet, I, CLvi.) Ce chroniqueur, assurément moine de St-Epvre, attribue la maladie et la mort de Ludelme à un châtiment que, dit-il, les serviteurs de Dieu ne provoquent pas, mais que leurs oppresseurs doivent redouter. Si Ludelme, continuet-il, était de noble extraction et fort habile dans le maniement des affaires temporelles, il était peu versé dans la vie spirituelle et dans la dévotion ; parce qu'il gouvernait les congrégations de religieux et de chanoines... comme un maître sévère, qu'il s'emparait des biens offerts par les fidèles et en disposait à sa volonté.

Or, les Gesta (loc. cit.) et le livre des Schedulae (Calm., I, ccxvm) se déclarent impuissants à rapporter tous les traits de sainteté et tous les bienf'iits dont fut remplie la vie de Ludelme.

Gomment expliquer cette contradiction, sinon par la mauvaise humeur d'un moine qui eût préféré voir les revenus de son monastère employés i\ lui rendre la vie plus facile plutôt qu'à relever les ruines de la ville et de la cathédrale ?

(2) Ceci est à induire des termes mômes du testament de Ludelme (Ben. -Pic, IX), et du texte des Schedulœ (Calm., loc. cit.).

(3) « In pago Liuvensi. » {SS.y VIH, 638.) Peut-être serait-ce le pays de Liège?

(4) La restitution de Moyenvic est unie par les Gesta à celle de Videliacus ; or, le testament de Ludelme attribue la restitution de Videliacus à Zwentibold : ce qui semble autoriser à faire également remonter à Zwentibold la restitution de Saint-Plent.

(5) VideliacuSy Villey-St-Étienne, c. de Domêvre, M.-et-M.

(6) « Homines sancti Stephani esse liberos a custodia forestœ ejusdem villœ (Gondreville). » {Gesta, loc. cit.)

(7) Diplôme du 30 octobre 900 (Calm., II, clxvi).

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