‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 79 sur 265 · CHAPITRE V. — DEUX INFLUENCES · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — DEUX INFLUENCES

Toul (1) et lui céda les revenus que produisait, dans la ville épiscopale, la vente des marchandises étrangères (:t\ Ludelme acquit aussi d'Everelra, médecin du roi, la dîme d'Issey (3), quatre manses en ce lieu et sept autres manses, en divers endroits. Il eût voulu obtenir en outre le retour en sa possession des abbayes de Bonmoutier et d'Ofïonville, encore en mains séculières (4) : elles avaient en effet été données au comte Boson pour payer ses services ; mais on ne jugea point opportun d'agréer sa requête.

En homme prudent, notre prélat songea de bonne heure au trépas. Il savait les moines de Saint-Epvre irrités contre lui et quoiqu'il se fut employé à leur procurer, de la faveur royale, le droit, précieux pour eux, de pécher dans la Moselle, deux jours par semaine (o), et la confirmation des biens et des privilèges de leur abbaye (G), il ne voulut point leur confier la garde de sa dépouille mortelle. Le premier des successeurs de saint Mansuy (7), il demanda d'être inhumé dans sa cathédrale et, soucieux d'assurer le repos de son âme comme aussi de payer sa dette de reconnaissance envers les bienfaiteurs de son Eglise, il légua à ses chanoines, par un testament qu'il fit dès le 24 juillet 898 (8), la villa de Videliacus avec toutes ses dépendances, et il leur demanda en

(1) « Moneta ». Ce terme, d'après les numismates, signlGe la direction de l'atelier monétaire et la jouissance des revenus qu'il produisait et non pas encore le droit de frapper monnaie avec coin spécial, proprii numismatis percuasura. — Cf. Prou, Catalogue desi monnaies françaises de la Bibliothèque nationale. Les monnaies carolingiennes^ Introduction, p. LVIII etsq.

(2) Gesta^ loc. cit. — Ce diplôme est malheureusement perdu.

(3) Ihid. — Ville-Issey, c. de Commercy, Meuse.

(4) Ben.-Pic, XVII. — Ciilm., II, clxx.

(5) Diplôme du 28 décembre 898. (Bouquet, IX, 370. — Calmet, II, clxiv.)

(6j Diplôme du 14 novembre 906 (Bouquet, IX, 371 Ce diplôme, faussement daté de septembre, a servi de modèle au faussaire qui a fabriqué un acte pour les chanoines do Toul, où Louis, sur l'intercession «los archevêques llatton et Radbod ainsi que de l'évèque Ludelme, conlirme aux dits chanoines leurs possessions et renouvelle l'échange qu'ils ont conclu avec le comte Mapnetius, échange concernant des terres situées dans le pagus Barrensis^ etc. ; Ben.-Pic, XV. — Bouquet, IX, 372. — Calmet, II, clxviii'. L'acte rst censr avoir été rendu à Toul, le 1" septembre 906 (Parisot, op. cit., 570, n. 1).

(7; Saint Epvre et presque tous ses successeurs avaient été inhumés à Saint- Epvre; les autres évéques de Toul l'avaient été à l'ancien oratoire Saint- Pierre.

(S) Testamentum Ludelmi episcopi. (Ben.-Pic, LX.)

retour de faire dire chaque jour le Saint-Sacrilice auprès de son tombeau et de célébrer chaque année son anniversaire et ceux des rois Arnulf et Zwentibold.

Il mourut le 11 septembre 906, dans la onzième année de son épiscopat (1) et, suivant son désir, il fut déposé dans sa cathédrale (2). Quelle qu'ait été la surprise qui accueillit cette innovation (3), son exemple fut suivi et beaucoup de nos évêques vinrent le rejoindre au pied de Tautel de la Blanche Mère de Dieu,

Etait-ce question de nationalité, comme le suppose Benoît- Picart (4), ou simplement rivalité entre plusieurs partis, l'élection de son successeur fut vivement contestée. Dreux ou Dragon, psiveni du roi de France, Charles le Simple (5), avait obtenu les suffrages du clergé de Toul ; mais les grands du pays s'opposèrent à sa prise de possession et lui fermèrent les portes de la cité. Ils avaient affaire à plus fin qu'eux ; moitié par force, moitié par ruse, le nouvel évoque déjoua leur complot ; le peuple se déclara pour lui et

(t) Ànn. S. Benigni Divionensis (SS., V, 40). — Réginon, 906. — Gesta [loc. cit.)

(2) Ludolmc fut d'abord inhumé dans la chapelle Saint*Martin, puis il fut transporté près de l'autel de la Blanche Mère de Dieu. Du temps de Benolt- Plcart, on lisait encore, sur le mur de cette dernière chapelle, l'épitaphe suivante (Bon. Pic, 298) :

« ?iigbclinuô crçpta jacet : I)ic jurta ôua ôcripta « 3Ircl)imanbrita mnt, ï»ita rcbimita.

« SSittiaci ï>iUam ccitfratribuô trabibit : ))it(am « 2)at pro quiète pêaUere k requic.

« (Sl)ia fibefi dibi bulcc fat)cnte 9Karia. »

Le premier vers, dans le texte cité par Benoît-Picart, porte : « I. scripta jacel )) : ce qui est évidemment une faute de copiste.

(3) (( Cunctis mirantibus^ cum nuUus hoc ante fecerit. » {Gesta^ ibid.)

(4) Il est certain que les grands du royaume s'opposèrent à l'élection de Dreux : les Ge^ita (Ibid., 639) et les Miracles de S. Epvre (Calmet, I, clx) le disent formellement, mais nous ne savons où Benolt-Picart {op. cif., 299-300) a trouvé que cette opposition avait pour motif la crainte que Dreux n'aidAt Charles le Simple, son parent, à s'emparer de la Lorraine. Ceci peut être vraisemblable, assurément; mais faute de preuves, je me liens sur la réserve — Il en est de môme de l'assistance que. toujours d'après Benolt-Picart {ibid.), l'évêque trouva dans le comte Gérard pour s'introduire dans sa ville épiscopalc.

(ii) Les Gesta (ibid.) disent que Dreux était d'une illustre naissance, et un dipléme de Charles le Simple (Ben. Pic, XVII) nous apprend qu'il était parent du roi.

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