CHAPITRE V. — DEUX INFLIENCES
bientôt son habileté eut dissipé les préventions, sa bonté, j^ajjné tous les cœurs. Louis l'Enfant lui donna en bénéfice l'abbave de Bonmoutier et celle de Pauliniacus (1) : c'était un signe non é(|uivoque de son alïection et de sa confiance.
Le souverain de Germanie et de Lorraine mourut le 24 septembre 911 et Charles le Simple lut salué roi par les anciens sujets de Lgthaire II et de Zvventibold. Il vint visiter les vallées de la Meuse et de la Moselle dès lés premiers jours de Tan 912. Le 28 janvier, il était à Gond reville et Dreux sut profiter de sa présence en son diocèse et des relations de parenté qui l'unissaient à lui, pour réaliser les vœux de ses prédécesseurs et faire convertir en titre réel, selon les droits que possédait Tévôché, le titre purement bénéficiaire qu'il avait déjà sur l'abbaye de Bonmoutier (2). Quelques jours après, le 12 février, Charles, sur sa requête, confirma une donation que venait de faire à Saint-Étienne l'archidiacre Engelrand (3) et, plus tard, il lui rendit la forêt royale d'Ermondies que Frothaire avait autrefois obtenue (4). D'autres petites acquisitions accrurent encore le temporel de l'Église de Toul (5) et l'évéque, voulant faire participer ses chanoines à cette augmentation de revenus, prit sur son patrimoine le domaine de Dommartin (6), sur la mense épiscopale, l'abbaye Saint-Martin-sur-Meuse (7) et les unit l'un et l'autre au chapitre de sa cathédrale.
Après tant de luttes et de bouleversements politiques, le pays mosellan avait retrouvé quelque tranquillité quand , en 917, une première invasion de Hongrois vint subitement y jeter la terreur (8). Ces barbares avaient dévasté la vallée du Danube, traversé la Forêt-
(1) Gesta^ Ibid. — Dom Calmot (I, clxxi) idonlifie cotte abbaye avec coUo do Poulangy, (c. de Nogent, Haute-Maroe) ; mais Poulan^y no fut M^i* (|uo plus tard.
(2» Ben. -Pic, ihid., — Calmet, II, clxx.
(3) Calmet, ibid.^ clxxi.
(4) (^eaia, ibid. — Voir plus haut, p. 102.
5) La moitié de l'église de Domèvre, le tiers de l'église de Saint-Hilaire-en< Vermois, etc... {Gesta^ ibid.)
(H) Gesta, ibid. — Dommartin -les-Toul, c. de Toul-Sud, M.-ct-M.
(7; Diplôme de S. Gérard, W>8. (Ben. Pic, LXVII.)
(8) Annales Augienaes, 917. {SS.,l, (W». — Gesta, ibid. — Miracula S. Apri. ICalm., I, CLix et sq.)
134 LIVRK II. — ORGANISATION DE l'ÉGLISE DE TOUL
Noire, puis le Rhin, saccagé Baie et ravagé l'Alsace. Ils franchirent les Vosges, pillèrent les abbayes de Senones et de Moyenmoutier et poussèrent des pointes hardies jusqu'au cœur de la Lorraine. Ces émules des Normands étaient aussi cupides, aussi cruels que leurs devanciers. Ils n'avaient point de barques et ne remontaient point les fleuves, mais leurs chevaux agiles et robustes les transportaient à d'énormes distances. Armés d'arcs et de flèches, ils rappelaient les Huns et les peuples de nos contrées les unirent dans la même épouvante et dans le même souvenir. Les paysans cherchèrent un refuge dans les forêts, dans les villes et dans les cliâteaux-forts ;
les moines déposèrent en lieu sûr les châsses et les trésors de leurs églises et les religieux de Saint Epvre transportèrent, à Tabri des murs de la cité, dans le sanctuaire Saint Jean du-Cloitre, les reliques de leur bienheureux patron. Les Hongrois ne paraissent point s'être avancés jusqu'à Toul et les moines, remis de leur effroi, se prirent à craindre que Dreux, ne voulût garder pour sa cathédrale les précieux restes de son prédécesseur ; deux d'entre eux vinrent les enlever, de nuit, en secret, et ils les cachèrent si bien que nul ne sut bientôt ce qu'ils étaient devenus. L'auteur des Miracles de Saint-Epvre nous a fait de cet événement un récit dramatique où les préventions et la crédulité semblent trop fortes, les circonstances extraordinaires, trop conformes aux traditions des chroniqueurs contemporains, pour que nous puissions y prêter une foi entière.
Ce récit, du moins, nous révèle que Dreux, pas plus que Ludelme n'eut l'estime et l'aflection des religieux de la vieille abbaye ; il nous explique pourquoi ce prélat voulut, lui aussi, être en terré dans son église cathédrale. Son vœu fut accompli et, quand il mourut le 28 janvier 922, son corps fut déposé devant l'autel Saint-Pierre (2).
Depuis deux ans déjà, un puissant seigneur du pays, Giselbert,
(1) Un certain Bulson aurait persuadé à Dreux de cacher les reliques de saint Epvre ; l'év(^<|ue aurait acquiescé à celte proposition et tous deux se seraient promis le secret. Mais le Saint veillait; il frappa Bulson d'un accc^s de folie furieuse et il apparut à deux moines pour les avertir du « prochain péril » que courait sa châsse. Ceux-ci découvrirent une crypte où ils déposèrent le précieux trésor, après l'avoir enlevé de nuit avec la connivence du primîcier Barnefrid et d'un autre clerc. Et W. secret fut si hien gardé que, durant soixante ans, personne ne sut ce qu'étaient devenues les reliques du saint prélat, (loc. cit.)
(2) Dreux fut enterré devant l'autel de saint Pierre et ensuite transféré dans