XIV , AVANT-PROPOS
volontiers que l'abbé de Mo.ntiérendcr s'est trop fié à l'imagination populaire ; que la première partie de son ouvrage est a défigurée par des contradictions et des amplifications palpables (1) », et qu'en somme, ne nous fournissant que le texte des « Gesta » dramatisé et considérablement augmenté, elle n'est ^ l'historien d'aucun secours sérieux. Aussi Dom Martène et Waitz, après lui, l'ont-ils omise entièrement dans la publication qu'ils ont faite du manuscrit de saint Mansuy. « Elle ne renferme rien, écrit le Bénédictin, qui ne se trouve, au moins en substance, dans la biographie précédente (2). »
Faut-il condamner Adson ? Non, il n'avait, ni le même but, ni les mêmes lumières que nous : il voulait écrire un livre d'édification ; il croyait aux traditions touloises et si, par impossible, il avait composé une œuvre critique, ses contemporains scandalisés lui auraient jeté la pierre: il ne fait pas bon toucher aux légendes populaires.
Lb second livre, au contraire, mérite notre confiance : ce sont des faits bien constatés qu'un contemporain digne de foi raconte à d'autres contemporains. Sans doute, la prudence la plus judicieuse est requise dans l'attribution k une cause supérieure d'un phénomène ou d'une guérison extraordinaires ; mais il serait téméraire de nier ou de révoquer en doute la réalité d'un fait, parce qu'un auteur le présente comme surnaturel, et de nier systématiquement la possibilité du miracle. Les préventions rationalistes sont, au point de vue d'une sage critique, aussi condamnables que l'excessive crédulité.
Et cette seconde partie de l'œuvre d'Adson n'est pas seulement édifiante ; elle nous donne aussi des indications précieuses, malheureusement trop rares sur les mœurs, les usages de l'époque, sur la topographie de la région, sur la vie de saint Gauzelin et de saint Gérard, etc. Elle a donc une véritable valeur historique.
II n'est point jusqu'au style qui ne soit différent dans ces deux livres. Toujours clair et harmonieux, d'une facture qui ne laisse pas d'être aisée et qui surprend chez un écrivain du siècle de fer, il est plus recherché, plus ampoulé dans la première partie : on sent la préoccupation de l'amplificateur. La phrase est nombrée, rythmée, et le retour de certaines consonances la font ressembler â de la prose rimée. Voici, par exemple, le portrait de saint Mansuy : « Clams aspectu^ moribus dulciSy alloquio mitia, constantia fortis^ patientia longanimiSj castitate prœcipuus^ in beneficiis largus^ etc. (3). » C'était dans le goût du temps ; cette cadence du reste aidait à la lecture publique et ce qui peut nous déplaire aujourd'hui, attirait sans doute à l'auteur les suffrages de ses contemporains.
(i) Waitz, dans SS,, IV, 489.
(2) « Quœ siîvgulare nihil omniîio contineat quod primario in opère salteni compendiose non comprehendatur. » (Mart., op. et loc. cit.)
(3) Ch. VI (Calm., 1" édit., I, cxxvi).