CHAPITRE I. — SAINT GAUZELIN 14i
à Pagny (1), à Bruley (2), à Lucey (3) ; une saline à Moyenvie (4); la totalité ou une partie des dîmes d'Ecrouves (5), de Saint-Germain, de Couvonges (6), etc.
Tous ces domaines de TEglise deToul étaient dus, soit à la munificence royale ou à la générosité des évêques, soit à la piété des fidèles, soit à des achats, soit enfin à des précaires, contrats curieux fréquents à cette époque, qui consistaient en rechange d'une propriété contre un usufruit (7).
Ainsi, en 1019, un soldat, Odelric, et Woda, son épouse, demandent à Berthold, évoque deToul (8), de leur abandonner, en précaire, pour le reste de leur vie, Tabbaye Saint-Martin-sur- Meuse et le patronage (9) des églises de Pagny (10), Longor (11), Trondes (12), Boucq (13) et Sorcy (14), et ils lui donnent en échange, en toute propriété, le château de Pagny et différents domaines à Void, à Lay (15), à Ourches, etc. ; ils s'engagent de plus à reven diquer pour lui d'autres manses à Boucq, à Aulnois(16) et à
(1) Pagny -sur Meuse (c. de Void) ou Pagneyderrière-Barine (c. de Toul- Nord).
(2) Bruley, c. do Toul-Nord.
(3) Lucey, c. do Toul-Nord.
(4) Moyenvic, dans la vallée de la Seille, arr. de Château-Salins (Lorraine), au centre d'un bassin salin.
(5) Écrouves, c. de Toul Nord.
(6) Couvonges, c. de Rovigny (Meuse). — Ces villages forment le no^au primitif (les prévôtés capitulaires.
(7) Sur les Précaires^ voir Thomassin, Ane. Discipline de VÉglise, II, 1347 et sq. — Fuslel de Coulanges, Le Bénéfice, 128 et sq.
(8) Gall. Christ.^ XIII, inst. 461.
(9) Le patronage d'une église donnait le droit de présenter ii la cure et de percevoir une part des revenus : c'était donc un droit utile et rémunérateur.
(10) Le texte porte Pauniticus ; mais selon toute vraisemblance, ce doit être Pagny-sur-Meuse dont, encore au xviii' siècle, le chapitre de Toul était coUateur et seigneur.
(11) Longor, village détruit pendant la guerre de Trente- Ans. — Il n'en reste qu'un moulin situé près de Trondes.
(12) Trondes, c. de Toul-Nord,
(13) Boucq, idem,
(14) Le texte porte Sorbeium : ce qui doit encore être une fauto do copiste |>our Sorceium, Sorcy.
(15) Lay-Saint-Remy, c. de Toul-Nord.
(16) /lti/wol8-^•aMs-Fc^^Mrcy, c. de Commercy (Meuse). — Lii plupart de ces villagos relevèrent de la prévôté capitulaire de Void.
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défendre le château de Troussey. Voilà comment, pour une perte momentanée, l'Eglise de Toul, par ces précaires, s'assurait la propriété de biens considérables.
D'autres personnes cédaient à Tévéque ou au chapitre des domaines ou des droits, mais s'en réservaient l'usufruit : elles payaient alors au nouveau maître un cens annuel fixé par le contrat. Angelrand, archidiacre de Toul, donna en 923 à Notre Dame et à Saint Etienne (1), les manses et les serfs qu'il possédait à Port (2), sur la Meurthe, dans le Chaumontois, et l'église Saint- Amand, à Saizerais (3) ; mais il spécifia que lui et son neveu, Hunon, en jouiraient pendant leur vie et qu'ils solderaient à l'Eglise de Toul une rente annuelle de douze deniers.
Dans ces actes de précaires, de donations, de ventes, il est souvent question d'hommes cédés avec les manses. A cette époque, le tenancier était encore fermier perpétuel et il passait avec sa tenure sous la domination de l'acquéreur du domaine. L'évêché et le chapitre comptaient donc ainsi un grand nombre de serfs attachés à la glèbe.
Souvent aussi des fidèles se vouaient eux-mêmes au patron de la cathédrale, comme sujets ou hommes-liges et, en signe de dépendance, ils s'engageaient à payer une redevance annuelle à févôque, son représentant. Ainsi, sous l'épiscopat d'Arnoud plusieurs per sonnes d'Angoulaincourt et de Morville se donnèrent à l'Eglise de Toul (4).
Nous l'avons déjà constaté, l'évêque, possesseur de mlla\ n'était pas seulement un riche propriétaire: il était seigneur. Il avait, sur les tenanciers de ses domaines et sur les hommes qui se décla raient ses sujets, des droits de protection et de justice. Défendu par l'immunité contre toute ingérence des fonctionnaires de l'em pereur ou du roi, libre de percevoir à son profit les revenus du
(1) }fém. Soc, Xrch. lorr., XII, 133 (voir plus haut, p. i:J3).
(2) Port-enChaumontoia est dovenu la ville de Saint-Nicolas de Port, M.-et-M.
(3) Saizerais, c. do Doim^vro, M.-ot M.
(4) Gestûy dans SS., VHI, (i37. -- Angoulaincourl, canton de Poissons, Haute- Marne.
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comté, les bénéfices de l'atelier monétaire, les droits de passajçe et de tonlieu, il exerçait, en fait, dans sa ville et sur ses terres, le pouvoir souverain. A défaut de concession formelle, la prescription eut son effet et Tévèque de Toul, comme ses collègues de Metz, de Verdun, de Strasbourg, devint vassal de rEmpire(l). Faute de pouvoir les exercer, les ducs et les comtes impériaux perdirent leurs droits de juridiction et de surveillance sur Toul, sur le temporel du chapitre et de Tévéché. Seuls, le prélat ou ses chanoines y rendirent la justice, y maintinrent Tordre, y levèrent les impôts, y tirent des lois et des ordonnances, en attendant que, plus tard, révoque employât Tatelier monétaire dont il avait la direction, pour frapper à son nom des pièces d'or et d'argent (2).
I^es empereurs reconnurent et sanctionnèrent ces empiétements : ils y trouvaient l'avantage de mieux dominer TEglise. En retour de ces pouvoirs souverains qu'ils consentirent à ne point leur discuter, ils exigèrent que les prélats vinssent leur demander l'investi ture de leur temporel et leur prêter foi et hommage, fissent les dénombrements, payassent les impôts et leur fournissent les troupes nécessaires à la défense de l'Empire.
Ainsi Berthold dut confier plusieurs fois à son primicier Rothard le commandement des milices de son diocèse (3) et, en 1025, quand Conrad entreprit une expédition contre les Milanais, l'archidiacre Brunon, le futur Léon IX, conduisit le contingent toulois, au nom de son évoque, Hermann (4).
A côté de saint Gauzelin, nous trouvons mentionné dans les chroniques (o) et sur les diplômes (G), un comte Wido, sur les
pouvoirs duquel nous ne sommes pas fixés. Etait-il un délégué de
(1) Se roporlcr à ce que j'ai dit plus haut, p. 137 ot scj.
(2) Ce ne fut guère qu'à la fin du xii' siècle que les éviViues de Toul frappèrent la monnaie en leur nom. Voir plus loin au livre V, le chapitre sur l'évoque.
(3) Voir plus bas, ch. III.
(4) Wibert, Vita S. Leonis. — Voir plus bas, ch. IV.
(")) Miracula ^ancli Man»ueli, Calm., I, cxxxv :« Widonem istiua urbis mnlti noverunt comitem. »
(6} Jugement de Frédéric, duc de Lorraine, en faveur de l'abbaye de Bouxières contre Ledric, 26 octobre 966 : « S. Friderici ducif( ; S. Yigifridi, episcnpi (Virdiinenaisj ; S. Teutberti, comilis fMelen^i:^) ; S. Lirtardi^ cnwitis ; S. Widort/x, comitis ; S. Adtionis^ etc. (Calm., H, <:(:xx.)
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Tempereur OU du duc de Lorraine? était-il simplement un lieutenant du prélat ? je n'oserais me prononcer. Toutefois, comme Tun des successeurs de ce comte Wido fut le propre frère de saint Gérard, Ancelin, je croirais volontiers que nos évoques ne tardèrent point à nommer eux-mêmes ce fonctionnaire et à lui abandonner la part d'autorité temporelle qu'ils ne pouvaient gérer par eux-mêmes. Cette charge, d'abord révocable, devint bientôt héréditaire: dès le début du xF siècle, elle fut le fîef de la maison seigneuriale de Fontenoy-en-Vôge (1).
Le comte de Toul était aidé par un lieutenant, appelé vicomte, vidame, ou plus souvent, adrocatus ou avoué, dont les attributions ne nous semblent pas aujourd'hui bien définies et que, pour cette raison, on a souvent confondu avec le comte lui-même (2). Sur toute cette époque plane encore une profonde obscurité: il faut nous résigner à bien des ignorances, à bien des incertitudes.
Dans cette brume épaisse, commencent pourtant à se dessiner les comtés qui seront plus tard autant de principautés : à l'est, le
(i) Fontenoy-enVôge, auj. Fontonoy-le-Châtoau, c. do Bains (Vosges).
Voici, d'après Benolt-Picart (op. cil., 130) cl M. Tabbé Olivier, (Fontenoyle- Château, Epinal, 1894, p. 17) la livstc des comtes épiscopaux de Toul (les dates indiquent l'année du diplôme où se trouve leur nom).
W^fdo, 936, 966. — iié*'r«We de Vandœuvre. — Scindebald, 971. — Àncelin, frère de saint Gérard, 992. — Raimbaud, seigneur de Fonlenoy-en-Vôge, 1019.
— Renard /, son fils. — Renard II, frère du précédent. — Renard III, lils du précédent, 1050, fondateur de Bleurville. — Frédéric I, gendre du précédent. — Arnaud, 1052, ci-devant avoué de Toul. — Frédéric II de Fontenoy, fils de Frédéric I, 1069. — Renard IV, son fils, 1072. ~ Pierre, frère de Renard, 1118 (?).
— Frédéric III, fils de Renard IV. — Henri, frère de Frédéric III, 1128 (?). — Frédéric IV, épouse Uadwidc de Lorraine, fille du duc Simon I. — Mathieu de Lorraine, troisième fils du duc Mathieu I, époux de Béatrix de Fontenoy, fille de Frédéric IV. ~ Frédéric V de Fontenoy , fils de Mathieu. — Eudes I de Lorraine, sire de Fontenoy, fils de Frédéric V. — Frédéric VI de Lorraine, achète le comté de Toul et le cède à Gilles de Sorcy, évéque de Toul, en 1261.
(2) Les signatures de diplômes s'opposent à cette identification : l'avoué signe après le comte. Ainsi, au bas de la charte de saint Gérard pour Saint-Mansuy (Ben. Pic, LXIII), on lit... S. Àzeltni, comitis tullensis, fratris domini épiscopi. ^ S.Grimbaldi, advocati...; dans deux actes de Pibon, en faveur de Saint Epvre, de 1071 et 1072 (Calmet, II, cccxliv etcccxLv), on trouve: a S. Frederici, hufus urbis comitis », et « S. Uenrivi, advocali cicitatis Leucorum, » On pourrait multiplier les exemples.