‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 86 sur 265 · CHAPITRE I. — SAINT GAUZELIN · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — SAINT GAUZELIN

Cbaumontois, défendu par le château d'Amance (1) et destiné à devenir le noyau du duché de Lorraine ; au centre, le Saintois, le futur comté de Vaudémont (2) ; à Touest, les comtés de Bar (3) et de Champagne et, au milieu, semés au hasard des donations et des acquêts, les îlots que forment, autour de Toul, de Void et de Vicherey, le temporel de Tévêché de Toul ; autour de Deneuvre (4), le temporel de Metz ; autour de Dieulouard, le temporel de Verdun.

Ces Etats vont se constituer et devenir autonomes. La lutte pour la vie les mettra souvent aux prises et les évoques, juges et parties tout ensemble, n'auront point toujours dans la suite assez de crédit, d'indépendance et d'impartialité pour remplir leur grande mission de pacificateurs. Ce fut l'un des inconvénients de l'entrée de l'Eglise dans le régime féodal.

Ainsi libres chez eux, Gauzelin et ses chanoines furent étrangers aux intrigues de l'ambitieux Giselbert qui abusait de sa position entre la France et l'Allemagne et servait tour à tour Henri l'Oiseleur (920-936) et Raoul (923-936), Othon I i936-973) et Louis d'Outremer (936-954). Il s'aperçurent à peine de la mort de ce duc turbulent (940) et du passage de ses successeurs dans l'administration du pays, Henri, frère d'Othon (940), Othon, comte de Verdun (940-945), et Conrad, gendre de l'empereur (946-953). Quand Brunon, archevêque de Cologne, beau* frère et successeur de Conrad en Lorraine, sentit le fardeau trop lourd et divisa son gouvernement en deux duchés, Toul et son temporel passèrent, en 959, avec la Haute- Lorraine, sous la domination du puissant Frédéric, comte de Bar et du Cbaumontois (5). Mais leur situation ne fut point changée. La

(1) Amance, c. de Nancy-Est.

(2) On trouve déjà Valcrifid, « cornes in pago sungintensi i)^ sous Charlemagne (Benoît-Picart, d'après un manuscrit de Sainl-Mansuy, op. ci/., î282l. — Hugues, comte du Saintois, sous Arnoulf (Bouquet, IX, 365), — Riquin, père de Udon, le successeur de saint Léon IX sur le siège de Toul, était comte du Saintois (Calmet, II, cccviii).

(3) Renard, Le château de Bar. Bar, ContantLaguerre, 1896. — Parisot, De prima domo^ 19 et sq.

(4) Bernhart, Deneuvre et Baccarat. Nancy, Crépin-Leblond, 1895, 26 et sq.

(5) Quelles que soient l'obscurité et l'insuffisance des documents, il semble très probable que les évôchés furent compris dans le lot de Frédéric. On s'expliquerait difficilement sans cela la présence de la signature ducale au bas de diplômes

l'tS LIVRE III. — LKS GIIANDS KVIrlQlTEîS DE TOI L

suzeraineté du duc de la Haute-Lorraine fut purement nominale et la cité épiscopale, comme les terres du chapitre et de Tévêché, con tinuèrent à vivre de leur vie individuelle, sous la sage conduite du saint prélat.

La ville et le diocèse n'eurent à souffrir que du brigandage des seigneurs et des ravages des Hongrois. Ces barbares désolèrent une deuxième fois le pays vers 928 ; mais leur plus terrible invasion fut celle de 954. Dépouillé de son duché de Lorraine et désirant se venger de l'empereur, Conrad appela de Pannonie leurs bandes sauvages. Après avoir dévasté la Germanie, ils se jetèrent sur la vallée de la Moselle, brûlèrent vingt deux églises du temporel de Tévêché de Metz, pillèrent les abbayes messines de Saint-Arnould et de Saint- Pierre aux-Nonnains, prirent et saccagèrent Toul et commirent de tels excès dans le diocèse que les biens du chapitre furent réduits à néant et que, durant quelque temps, il ne resta plus dans le

ôpiscopaux: par exemple, au bas d'une charte de. saint G<>rard pour Salonc (Parisot, De prima dawo, 134), ou le rôle assez complexe du comte Wido, que les Miracles de saint Mansuy donnent comme comte de Toul et qui signe une charte du duc Frédéric en faveur de Bouxièrcs (voir plus haut, p. 145, n. 6). Telle n'est pas, je le reconnais, l'opinion qui a prévalu jusqu'ici, mais c'est la conséquence logique de ce que j'ai dit précédemment sur la formation du comté épiscopal de Toul. C'est d'ailleurs l'opinion de M. Parisol {np. cit., 62).

Mais cette suzeraineté de Frédéric me semble avoir été plus nominale que réelle : j'en vois pour preuve ce travail de la prescription qui a rendu les évéques et leur temporel complètement indépendants des ducs de Lorraine.

Je donne, pour la clarté de l'exposition, les listes généalogiques des comtes et des ducs de Bar.

1" Maison des nues de Mosellaxk et comtes de Bar (îKiO-1032). (Parisot, op. cit. y paa.sim) — Frédéric I épouse Béatrix, scrur de Hugues Capet (l>59-978). — Thierry 1 (978-1027). — Frédéric H (1027-1033).

2" Maison des comtes de Bar (1033-1419). (Les historiens lorrains; Renard, Le château de Bar). — Sophie, fille de Frédéric H, et Louis de Montbéliard, comte de Mousson (1032-1092). — Thierry II (1092-1 lOo). — Thierry 111 (1103). — Renaud 1, le Borgne (1105-1149). — Renaud 11 (H49-1173). — Henri 1 (1173- 1191). — Thibaud I (1191-1214). — Henri II (1214-1240). — Thibaud II (1240- 12î)4). — //PH ri i/I (1294-1302). — Edouard I (1302-1337). — Henri IV (1337- 1344). — Edouard II (1344-1352). — Robert le Magnifique^huc. de Bar (1352-1411). — Edouard 111 (1411-1415). — Louis, Cardinal de Bar (1415-1419).

3" Maison des ducs de Bar (1419-1483). — René I d'Anjou, duc de Biir et de Lorraine, arriére-petit-fils de Robert le Magnifique (1429-1480). — Yolande d'Anjou, fille de René (1480-1484).

4" Maison des ducs dk Bar et de Lorraine (1484-1736). — René II, duc de Bar et de Lorraine (1484-1508). A partir de son régne, les deux duchés furent possédés par la Maison de Lorraine.

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cloître de la cathédrale que trois chanoines, et encore à peine avaient-ils de quoi subsister. Conrad lui-même était à la léle de cette troupe sanguinaire, mais il ne tarda point à reconnaître rhorreur de sa conduite: il demanda et obtint son pardon, répara, autant qu'il le put, le mal qu'il avait causé et mourut Tannée suivante en' combattant ses anciens auxiliaires.

Saint Gauzelin profita de ses relations à la cour pour relever les ruines, pour augmenter et défendre le patrimoine de Saint-Etienne. Henri TOiseleur Tavait en singulière estime et le comte Eberhard, parent de Tempereur, l'un des premiers officiers du palais, était son dévoué protecteur ; c'est par lui qu'il reçut, de la munificence impériale, le 27 décembre 930, pour son Église, la rilla de Gondreville, magnilique domaine où avaient séjourné plusieurs des princes carolingiens, Louis le Débonnaire, les deux Lothaire, Charles le Chauve, et Charles le Gros (1).

Othon I le Grand (936-973) eut pour lui les mêmes prévenances. Il promit de réparer, aux frais du trésor fiscal, les dévastations des Hongrois et il Tappuya dans ses démêlés avec Tabbesse d*Andleau (2). Charles le Gros avait donné à son épouse, sainte Richarde, fondatrice de ce monastère, les deux abbayes d'Etival et de Bonmoutier (3) ; Charles le Simple avait rendu cette dernière à Tévêché de Toul, le 28 janvier 912 (4). C'était contre cette restitution que protestait l'abbesse ; mais, devant l'opposition de l'empereur, elle fut obligée de se résigner (5). Gauzelin obtint encore Moyenmoutier, jusqu'alors abbaye royale, mais cette donation ne fut pas tout d'abord suivie d'effet: le monastère qui avait été cédé par Zwentibold, en bénéfice, à un comte du nom d'Hillin, se trouvait alors

<1) Charto du 27 décembre 1)30 (Ben. Pic, XVIII).

(2) Gesta (S.S., VIfï, 6i0). — Àndleau, abbaye fondée vers 880 par sainte Richarde, femme de Charles le Gros, au diocc'^se de Strasbourg, et habitée par des religieuses de l'ordre de Saint-Benoit. — Sur le droit de l'abbesse d'Andleau relativement à Ktival, voir Hugo, Ànn. Ord. Prœmonatratensis^ 11^ Stivagiuw, — Sur la perte et la restitution de Bonmoutier (voir plus haut, p. 120 et sq.)

13) Charte du 19 lév. 884 (Bœmer-Mûlbacher, Regesten, 1635).

(4) Ben. Pic., XVH.

lii) Bonmoutier était encore vassal de l'Église de Toul quand l'évéque Berthold le transporta, en 1010, sur la montagne de Saint-Sauveur. (Chatton, L'abbaye de Saint-Sauveur et Domèvre^ 9.)

entre les mains de Frédéric, comte de Bar et duc de Lorraine, et ce ne fut qu'après la mort de ce puissant seigneur que Tévêque put entrer en possession de ses droits de suzeraineté (1).

Louis d'Outremer, roi de France (936-954), honorait aussi notre saint prélat; il lui fit rendre Tabbaye de Montiérender, depuis longtemps usurpée par des laïcs avides et ambitieux (2), et c'est peut-être également à son intervention que Gauzelin dut la restitution de Tabbaye de Varennes (3), en échange de laquelle Achard, évoque de Langres, lui proposa les domaines qu'il possédait sur trois finages du diocèse, entre autres sur la montagne de Sion (4).

Prêtres et laïcs suivaient l'exemple des souverains et cédaient à Notre-Dame et à Saint Etienne des cillœ, des églises et des manses. L'Eglise de Toul était donc prospère, tout au moins sous le rapport temporel ; mais Gauzelin, se souvenant que « le royaume de Dieu n'est pas de ce monde », veillait avec une sollicitude beaucoup plus attentive à la rénovation spirituelle. Son successeur, saint Gérard, ses voisins, Adalbéron de Metz, et Bérenger de Verdun, furent travaillés de la même pensée et dévorés du môme zèle. Grâce à leurs efforts constants, le x® siècle qui, dans trop de régions, mérita le nom de siècle de fer, fut vraiment pour la Lorraine une période de restauration.

Les luttes intestines entre Louis le Débonnaire et ses fils, les longues et sanglantes rivalités de ces princes, les désordres qui en furent les conséquences, la concession des abbayes en bénéfice à des laïcs, môme à des femmes (o), les usurpations des seigneurs et,

(1) Nous n'avons plus la charte d'Othon I, mais le fait de la donation de Moyenmoutier à saint Gauzelin est rappelé formellement dans un diplôme d'Othon II, daté de 973 (Ben. Pic, XIX ; Pcrtz, DipL, 11,72) et dans une bulle de saint Léon IX du 25 mars 1051 (Ben. Pic., CX\VI ; Jaflé, n« 4255). — Cf. Jérôme, Ahb. de Moyenmoutier^ 190).

(2) Cette restitution est mentionnée dans la [charte de 973 dont il est question dans la note précédente.

(3) Ihid. — Varennes^ arr. de Langres (Haute-Marne). Je ne sais, ni quand, ni par qui ce monastère avait été cédé à l'Église de Toul. J'aurai à en reparler bientôt, ainsi que de saint Gcngoult, honoré dans cette abbaye. (Voir le chapitre suivant.)

(4) Gesta (SS., VIII, 640).

(5) Exemple: Etïval, soumise à l'abbesse d'Andleau, en Alsace (voir plus haut, p. 149). — Adrien II ordonna à Lothaire II de reprendre Tout berge ou, en atten-

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