‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 88 sur 265 · CHAPITRE I. — SAINT GAUZELIN · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — SAINT GAUZELIN

La Providence lui facilita l'exécution de ce projet ; elle lui fit rencontrer quelques personnes, détachées du monde et désireuses de la solitude : il sut les gagner à ses desseins et il leur bâtit un oratoire et des cellules auprès de Tautel de Marie. 11 mit à leur tête une pieuse femme, Rothilde ou Rotgilde, formée aux vertus monastiques par Humbert, célèbre reclus, qui fut le successeur d'Archambaud à Saint-Epvre ; il leur imposa la règle de saint Benoit et, toujours avec le même souci pratique de ne point entraver le profit spirituel par des préoccupations temporelles, il leur abandonna divers domaines du patrimoine de Saint-Etienne. L*abbaye de Bouxières était donc vassale de TÉglise de Toul et, en signe de dépendance, elle devait offrir, à la Chandeleur, un cierge de deux livres et prier tous les jours pour l'évoque, son fondateur.

Non loin du nouveau monastère, au lieu où naquit saint Ârnould, c'est-à-dire au berceau môme de la maison carolingienne, Eve, comtesse du Chaumontois, construisit, quelques années plus tard, en 930, un prieuré qui fut agrégé à l'abbaye bénédictine de Saint- Arnould et qui reçut bientôt après le précieux dépôt des reliques de saint Clodulphe (i).

Cependant Saint-Epvre florissait sous l'habile direction des Archambaud et des Humbert. Son école, dirigée par Adson, moine de Luxeuil et plus tard abbé de Montiérender, puis par Bernier, diacre de Toul, était fréquentée par de nombreux étudiants, régu-

serait Thierry lequel ne succéda à Adalbéron 1 qu'en 964 (Calmet, I, xxvi), deux ans après la mort de saint Gauzclin.

Quoi qu'il en soit, qu'ils appartinssent ou non aux évéques de Metz, Bouxières et sa colline faisaient certainement partie du diocèse de Toul. Entre plusieurs documents, la charte de fondation on fait foi : « Qualiter nostrœ diœcesis parochia peragrata. »

L'abbaye de Bouxières est aujourd'hui complètement ruinée : la statue miraculeuse est vénérée dans l'église paroissiale du bourg.

(i) Charte de 9o0, dans Calmet, H, cxcviii. — Le prieuré de Lay, qui compta Dom Calmet parmi ses prieurs, fut uni, en 1738, au Séminaire des Missions Royales, puis vendu comme bien national, durant la Révolution. Il en subsiste encore quelques bâtiments. — Lepage, dans ses Communes de la Meurthe (I, 562), a donné un long extrait d'une histoire manuscrite de ce prieuré, composée par Dom Calmet, et il a plus tard édité cette histoire, dans le Journal de la Société d'Archéologie Lorraine, 1863.

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liers et séculiers, et elle comptait parmi ses élèves Jean de Van- (licres, le futur abbé de Gorze (1). Le monastère toulois ne paraît point toutefois avoir déjà mérité son bon renom de régularité et de ferveur quand Tarchidiacre Einold fut pris du désir de la vie parfaite. Cet homme, en effet, l'une des lumières de son pays et Tune des gloires de notre Eglise, quitta son bénéfice, distribua ses biens aux pauvres, vécut trois ans dans une petite cellule près de la cathédrale, puis, après quelques tentatives pour chercher sa voie, se rendit à Metz, auprès de Tévêque Adalbéron I (2).

Or, ce prélat se proposait alors de réformer le vieux cloître de saint Chrodegang. Il vit dans Einold l'envoyé de la Providence, le mita la tête de la communauté, lui conféra la dignité abbatiale et put se féliciter de sa décision. (îorze devint Tun des centres du mouvement de rénovation monastique : ce fut, selon le mot de Ruyr (3), une arche sainte où étaient réservées, contre les flots du monde, la piété et la règle de saint Benoit. De cette arche devaient sortir de pieux cénobites et de zélés réformateurs (4). Einold vint en personne, vers 938, relever Tabbaye de Senones (5); puis, à la prière de Frédéric de Bar, il chargea l'un de ses religieux, Adalbert, de tenter à Saint-Dié et à Moyenmoutier la môme œuvre de restauration. Dans le monastère de saint Hidulphe, l'affaire aboutit pleinement (6) ; mais au Val-de-Galilée, Erchambert, sur qui Adalbert avait cru pouvoir se reposer, ne sut point administrer les biens de la maison : les moines se virent bientôt réduits à la dernière misère ; les désordres reparurent et Frédéric dut chasser Erchambert et remplacer définitivement les religieux par des

(1) Sur Jean de Vandières, ainsi nuinmé do son lieu d'origine, près de Pont-A- Mousson, au diocôse de Toul (auj. c. do Ponl-à-Mousson, M. -et M.), voir la Vita Joannis, ahb. Gorz.^ auct. Joanne^ abb. S. Àrnulphi, dans Migno, Patrol. lat., T. CXXXVn, et la thèse de Mgr le cardinal Mathieu, De Joannia, abbatia Gorziensis^ vita. Nancy, Crépin-Lehlond, 1878.

(2) Sur Einold, voir les historiens de Jean do Vandières, Benolt-Picart, op. cit., 309, et M. Chaussier, L'abbaye de Gorze. Metz, Houport, 1894, p. 46.

(3) Ruyr, Les sainctes Àntiquitez de la Vôge, éd. de \&,M, p. 250.

(4) Sur Gorze et son influence, voir Chaussier, op. cit., 41 et s([.

(5) Galmet, Hist. de Senones, 6d. Dinago, p. 52. i6) Jérôme, Moyenmoutier, p. 174 et scj.

ChAPlTUE I. — SAINT GAL'ZELIX U'il

chanoines (I). C'est ainsi de celle époque que dale la sécularisalion du chapitre de Saint-Dié.

Saint-Epvre fut, comme Gorze, une pépinière bien fournie. Bérenger, évoque de Verdun, demanda de ses moines pour réformer Saint- Vanne (2) et (îauzelin, voulant relever Montiérender, en tira une colonie qu'il mit sous la conduite d'Albéric et d'Adson, son compagnon avant d'être son successeur dans la charge abbatiale (3).

Ce fut encore à ce vieux monastère que le saint prélat eut recours pour une autre entreprise. Le tombeau de saint Mansuy était dans le plus triste abandon : Téglise Saint-Pierre, qui Tabritait, menaçait ruine et le service ne s'y faisait plus régulièrement. Vivement touché de cet état lamentable, Gauzelin pria Tabbé de Saint-Epvre d'assurer la desserte du sanctuaire, voulut installer en ce lieu béni une phalange bénédictine et s'occupa d'assurer la dotation du futur monastère (4).

Mais une longue et cruelle maladie qui le cloua, quatre ans durant^ sur un lit de douleurs, ne lui permit point de terminer cette fondation. Il mourut le 7 septembre 962 (;>), laissant une mémoire bénie de tendre piété et d'inaltérable douceur, d'apostolique simplicité et d'activité pleine de prudence.

cr Gauzelin, écrit un contemporain, fut le pasteur et Tamour de son troupeau. Ami dévoué de l'Eglise et protecteur déclaré des moines, il l'emporta sur la plupart des évêques de son temps, par le don de la science divine et humaine. Sa bienveillance et sa bonté ne lui attiraient pas moins les cœurs que la sérénité de son visage, le charme de ses discours, son assiduité à la prière et sa charité pour les malheureux (6). »

(1) Richcr, II, iO (SS., XXV. p. 274}.

(2) HisL episc, virdunensium, dans Calmct, II, xi.

(3) Mabillon, Ann, 0. S. B., 111, 429. — Calmet, I, 884.

(4) Ben. Pic, XXI. — Calmot, II, ccxvi.

(;i) Cette date du 7 septembre est donnée par les Gesta (S5., VI II, G40) et paf les Annales S. Benigni. (SS., V, 41). Ces dernières indiquent de plus l'année 9G2; ce qui coïncide parfaitement avec ce que remarquent les Gesta (loc. cit.) et les Miracula sancti Apri (Calmet, I, clxii), à savoir quo saint Gauzelin mourut dans sa quarantième année d'épiscopat.

(G) Calmet, I, clxh.

Suivant son désir, son corps fut déposé dans son abbaye de Bouxières, au pied de Tautel de Notre-Dame {i ). La vénération dont Tentoura le peuple toulois, les faveurs dont il se proclama redevable à sa bienveillance et à son crédit, Tenquête que semble avoir menée son successeur sur ses miracles et sur ses vertus (2), valurent à Gauzelin les honneurs des autels. Sa fête fut inscrite au calendrier de notre Église (3) ; son tombeau fut le centre de nombreux pèlerinages et ses reliques, pieusement conservées par les religieuses, puis par les chanoinesses, sont aujourd'hui Tune des principales richesses de la cathédrale de Nancy (4). Le trésor de cette église renferme un calice, une patène, un évangéliaire et un peigne liturgique qui ont, paraît-il, appartenu au saint prélat et qui sont, pour Tart religieux, des monuments d'un prix inestimable (5).

(1) Le caveau existe encore et sert de cave à une maison particulière. Il serait à souhaiter que ce lieu sacré fût racheté et transformé en oratoire.

(2) Ceci semble résulter de ce que dit Widric (Calmot, I, clxxxviii) dos doutes que saint Gérard aurait eus sur la sainteté de son prédécesseur et de la révélation qu'il aurait reçue, que Gauzelin était égal en gloire à saint Apollinaire.

(3) La fôto de saint Gauzelin ne fut inscrite au calendrier toulois que dans le missel de Henri de Ville (1409-1436). Elle se célébra d'abord le 7 septembre, jour anniversaire de la mort ; puis, le 31 août, -h partir de la transformation du Bréviaire sous Mgr Bégon. Nancy a conservé cette dernière date ; Saint-Dié fait mémoire de saint Gauzelin le 3 septembre.

(4) (( M"" de Messey, dernière abbesse de Bouxières, emporta avec elle, à Luxembourg, la châsse et les reliques de saint Gauzelip. L'abbé Raybois, auparavant prévAt du noble chapitre, qui avait accompagné dans l'exil la vénérable abbesse, rapporta les reliques du saint évoque de ïoul, k sa rentrée en France, et les remit entre les mains de Mgrd'Osmond, évéquc de Nancy. On les partagea entre l'église de Saint-Nicolas de Port et la cathédrale de Nancy. Quelques-unes sont aussi retournées dans l'église paroissiale de Bouxières. En confrontant l'état descriptif de ces reliques avec l'inventaire de 1734, on constate qu'il ne manque qu'un petit nombre d'ossements, morcelés et dispersés pour satisfaire à quelques dévotions particulières. La Cathédrale de Nancy possède le chef. » (L'Hôte, La Vie des Saints.)

(5) Cf Auguin, La Cathédrale de Nancy. Nancy, Berger-Levrault, 1882. 1 vol. In-fol., p. 24^3 et sq.

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