‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 89 sur 265 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Saint Gérard (963-994)

Il était difficile de remplacer le saint prélat : la Providence se servit des calculs de la politique pour donner à notre Eglise un chef plus éminent encore.

De fait, sinon de droit, la nomination des évoques appartenait alors au souverain. Comme Othon était retenu en Italie, les cha noines de Toul dépéchèrent leurs députés vers l'archevêque de Cologne. Brunon prit la chose au sérieux. Se souvenant qu'il était à la fois évêque et lieutenant de l'empereur, il voulut choisir un homme capable, tout ensemble, de diriger dans les voies de Dieu et de maintenir dans la fidélité à TEmpire, un diocèse aussi vaste, situé sur les frontières, toujours exposé aux intrigues et aux revendications des rois de France.

Pour s'entourer des conseils les plus éclairés, il réunit les principaux membres du clergé de Cologne et les pria de lui désigner celui qui leur semblerait le plus apte à cette double et délicate mission.

Or, à Cologne, parmi les clercs du chapitre de Saint-Pierre, vivait dans Thuniilité et la mortification, un prêtre, jeune encore, nommé Gérard. Il appartenait à Tune des premières maisons de la

(i) Sources. — Vita sancti Gerardi, parWidric, voir Avant-propos. — Benolt- Picart. La Vie de saint Gérard, évêque de Toul. Toul, 1700 — Parisot, De prima domo. — Jérôme, L abbaye de Moyenmoutier et les historiens loulois.

lOO LIVUE 111. — LES GRANDS KVAqUES DE TOl'L

cité ; il était versé dans les sciences sacrées, avait un talent remarquable et un zèle ardent pour la prédication et remplissait dans sa communauté les importantes fonctions de cellerier. Il n*avait aucune attache avec la France; les traditions de sa famille, les habitudes de son éducation semblaient devoir répondre de son dévouement.

Le doyen de la cathédrale de Cologne signala ce prêtre à l'archiduc. Brunon Tagréa et Gérard dut s'incliner. Sacré à Trêves, le 29 mars 963 (1), il fit la même année son entrée solennelle dans sa ville de Toul. On s'était flatté d'avoir en lui, non seulement un bon évoque, mais encore un zélé promoteur de l'influence germanique; il trouva plus apostolique de ne réaliser que la première partie du programme. Il laissa Lothaire, roi de France, disputer à Othon II, fils et successeur d'Othon le Grand (973-983), la possession de la Lorraine et, peu soucieux des choses d'ici-bas, il se préoccupa seulement d'étendre le royaume de Dieu.

Tel il avait été dans le cloître de Cologne, tel il fut sur le siège de Toul : il ne retrancha rien, ni à ses austérités, ni à ses veilles ; la prière resta son exercice le plus ordinaire et il ne quittait sa retraite que pour présider des cérémonies religieuses , pour s'acquitter d'oeuvres de miséricorde, ou pour rompre à son peuple le pain de la parole de Dieu. Dans toute la Gaule-Belgique, nous dit un historien (2), il n'y avait point d'évéque qui l'égalât dans l'art de la prédication.

L'amour ne connaît point de lassitude, « ubi amatur, non labo-

ratur ». Gérard fut infatigable, parce qu'il aima Dieu, dans ses

saints, dans son Eglise et dans les pauvres.

A peine arrivé à Toul , il se rendit au tombeau de saint Mansuy (3) ; il se consacra, lui et son troupeau, à ce protecteur et à ce modèle et il s'engagea à parfaire sans retard l'œuvre de son prédécesseur. En effet, dans une assemblée de prêtres, d'abbés et de fidèles, il confirma tout ce qu'avait fait saint Gauzelin,en faveur du monastère Saint-Mansuy, et il ajouta à la donation primitive

(1) Gesta (S5., VIII, C42L — Ann. sancti Benigni Divionensia {SS., V, 41).

(2) Calmet, I, clxxix.

(M) Bon-Pic, LXIll.

Page 1