CHAPITRE II. — SAINT GEUAUt) 16l
quelques biens du patrimoine de Saint-Etienne, constitua en com munauté la colonie bénédictine venue de Saint Epvie, lui donna comme abbé un pieux religieux, nommé Adam (l) et, sans doute pour lui imprimer dès le début une excellente impulsion, il la mit quelque temps sous la direction d'Adalbert, le réformateur de Moyenmoutier (2), dont il estimait beaucoup le zèle et les vertus. Puis, selon Tusage, il soumit sa fondation à la sanction impériale et il obtint d'Othon II, le 2 juin 965, un diplôme qui confirmait rérection de ce nouveau monastère toulois (3).
Le souvenir de saint Mansuv était sauvé; son culte était assuré: pour que l'œuvre de rénovation fût complète, il fallait ranimer la dévotion des fidèles envers TApôtre du pays. Gérard le comprit. Il avait entendu célébrer la science, les talents et les ouvrages d'Adson, jadis moine de Luxeuil, puis écolàtre de Saint Epvre et alors abbé de Montiérender (4). Il lit appel à ce savant hagiographe et le pria d'écrire une relation assez développée de la vie et des miracles du premier évéque de Toul: ce serait une œuvre d'édification que les curés liraient à leurs ouailles, au jour de la fête du saint. Adson se rendit à son désir, et c'est à la sollicitude éclairée de Gérard que nous devons le seul monument, un peu considérable, que nous ayons sur les origines de notre Eglise.
Le mont Bar qui se dresse fièrement au nord de la cité touloise, dominait la nouvelle abbaye. Gérard le consacra, en l'année 971, au grand archange saint Michel, y bâtit une église et un prieuré, les dota de manses et de vignes et les unit au monastère de Saint- Mansuy (5). Centre d'un pèlerinage fréquenté, le prieuré fut converti plus tard en ermitage : aujourd'hui, il a complètement
(1) Mirac. sancti Mansiieti (Calmet, I, cxxxviii).
(2) Dans une charte de î)82, éditée par Bcnolt-Picart {op. cit., 196), saint Gérard écrit : a Impegi in dominum Àdalbertum^ loci domini mei Mansueti abbatem qui ea tenipestate et Mediimonasterii regebat abbatiam^ moribus laudabilis^ rector pugil monastici ordinis^ apud non obtinuit locum magnœ familiaritatis. »
(3) Diplôme du 2 juin 965 (Ben. -Pic, XXI).
(4) Sur Adson, voir l'Avant-propos.
(5) Carta sancti Gerardi pro prioratu sancti Michaelis in monte Barro^^i (Ben.-Pic, LXV).
disparu. La colline a gardé son nom glorieux, mais, au sanctuaire, un fort a succédé et le Saint-Michel qui, jadis défendait la ville contre les puissances infernales, la protège maintenant contre les ennemis de la France. N'est-ce point un doux présage que le principal fort du grand boulevard de notre frontière reste sous le vocable de Celui que nous aimons à considérer comme Tange gardien de la patrie?
Un martyr du vin® siècle était alors Tobjet d'une grande vénération. Issu d'une famille illustre de Bourgogne, saint Gengoult(l) avait suivi la carrière des armes et avait mérité, par sa piété et par sa valeur, la confiance du roi Pépin. Abreuvé de chagrins domestiques, il s'était retiré dans l'un de ses domaines, près d'Avallon et s'était consacré à la pratique des bonnes œuvres. Mis à mort par une épouse infidèle, en haine de sa vertu et de ses libéralités, il avait été bientôt honoré comme un martvr de la foi conjugale et son corps, déposé à Varennes, près de Langres, dans une église que lui-môme avait fait construire, était devenu l'instrument de nombreux prodiges. Auprès de son tombeau, un monastère s'était formé ; il était venu, je ne sais à quelle occasion, en la possession de nos évoques; un usurpateur le leur avait enlevé ; mais saint Gaozelin en avait obtenu la restitution (2).
L'évoque de I^ngres, Achard, désireux d'acquérir cette abbaye, située aux portes de sa ville épiscopale, avait proposé, en échange, à son collègue, plusieurs domaines qu'il possédait dans le diocèse de Toul. La transaction, acceptée en principe, n'était sans doute pas terminée à la mort de saint Gauzelin, ni même en 973, puisque l'abbaye de Varennes figure encore dans un diplôme qu'Othon II donna, cette année-là, pour confirmer les biens de notre Église (3). Achard mourut avant la fin des négociations ; son successeur Widric ne fit que passer et Brunon qui le remplaça,
(i) Je suis l'orthographe loiiloise, mais il est pou de noms qui aient une orthographe aussi variable : Gangolfus (martyrologe romain) ; Gingolf (Valais); Gengoul (diocèse de Langres) ; Gengoux (Saône-et-Loiro) ; Gengon (Bourgogne) et, dans la langue populaire, Gegoux, Gigoult, etc.
(2) Voir plus haut, p. IJW.
(3) Diplôme de 973 (Ben.-Pic., XIX ; Pertz, DipL, II, 72).