‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 91 sur 265 · CHAPITRE II. — SAINT GÉRARD · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — SAINT GÉRARD

préféra raction aux moyens diplomatiques et se rendit maître, non seulement de Varennes, mais encore de Panliniacus (i).

Gérard possédait une relique notable du saint martyr. Voulant tout à la fois protester contre la conduite de l'évoque de Langres et contenter sa dévotion, il bâtit à Toul, à Tintérieur des murs, une église et un cloître en Thonneur de saint Gengoult (2). Des religieuses furent chargées par lui de la garde du sanctuaire, mais elles trompèrent son attente et il les remplaça, dès 986, par des clercs qu'il tenait en chapitre sous la règle de saint Ghrodegang. Ge second établissement fut instable, comme le premier. Suivant en cela la loi de l'époque , les chanoines se sécularisèrent et le monastère devint une collégiale. Mais, par son importance et par son antiquité, cette collégiale Saint-Gengoult occupa toujours une place à part dans l'histoire de notre Eglise. Elle comptait

(1) Widric, dans Calmet, I, r.xciii. — La question de la fondation de Saint- Gengoult semblo tout d'abord triNs obscuro. Selon Bcnolt-Picart (Vie de samt Gérard, 215), (jui ne fait du reste que traduire et mettre bout à bout les Gesta {SS., VIII, 641), et Widric /'/oc. ci7. y, « Achardus, évéque de Langres, demanda cette abbaye de Varennes à saint Gauzelin et lui céda en échange ce qu'il avait à Bouzemont, àOurcheet à Sejons. Saint Gérard, voyant que son Église avaitôtc notablement lésée par cet échange, demanda à Achardus, qui vivait encore, quelque indemnité; ce qu'il lui promit; mais la mort de cet évéque empêcha l'exécution de sa promesse Brunon se moqua de saint Gérard et au lieu de

l'indemniser, il usurpa sur l'Église de Toul l'abbaye de Poulangy, pour les terres de l'échange de Varennes... Saint Gérard, ayant été privé de Varennes parla mauvaise foi de Brunon, fit l)âtir une église ^i l'entrée de sa ville épiscopale »

De ces passages, nous pouvons conclure que Toul avait perdu les abbayes de Varennes et de Panliniacus et gagné, en dédommagement, les domaines de Bouzemont (?), Ourches (?) et Sion.

Or la charte de 973 (voir la note précédente) cite Varennes dans Fénumération des abbayes dont la suzeraineté est reconnue à l'Église de Toul et une bulle de saint Léon IX, en date du 2i) mars 1(^1 (Ben. -Pic, CXXVI) mentionne encore Varennes et PauliniacuSy parmi les biens de l'évéché toulois.

A première vue, il y a contradiction ; mais cette difficulté s'évanouit quand on observe que l'échange proposé par Achard n'était pas ratifié à la mort de ce prélat et que, pour répondre à la double usurpation de Brunon, saint Gérard conserva les domaines cédés par Achard et ne se désista point des prétentions de son Église sur les deux abbayes de Varennes et de Panliniacus.

(2) Sur la collégiale Saint-Gengoult, voir Bagard, Notice de Véglise Saint- Gengoult, il^nsMém. Soc. Arch. />orr., 1863. — Un ancien « Cartkulaire de l'Église Saint-Gengoult », écrit vers 1330, est conservé aux Arch. Nation., LL, 986. — Toul célébrait la fête de saint Gengoult le 11 mai, date qui a été conservée par Nancy. — Quatorze églises du diocèse lui étaient dédiées.

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quatorze chanoines^ ayant à leur tête un doyen et un prévôt. Plus tard, sous Tévéque Udon, la dignité de prévôt fut unie indissolublement à celle de grand archidiacre et le chef de la collégiale devint ainsi le second personnage du diocèse.

Les domaines cédés par Achard à saint Gauzelin restèrent à révêché de Toul, au moins à titre de dédommagement, et Gérard les comprit dans le patrimoine de Saint-Gengoult. Or, parmi ces biens se trouvait une église paroissiale que les diplômes appellent ecclesia semitensis (1), mauvaise lecture pour ecclesia suentensis ou siuntensis, adjectif formé de l'un des multiples vocables latins dont le Saintois fut gratifié au Moyen- Age (2). Située sur une colline isolée, jadis forteresse gauloise et sanctuaire gallo-romain (3), cette église semble avoir été dès Torigine consacrée à la Mère de Dieu (4); mais le peuple, confondant cette donation faite par Gérard avec rérection d'une chapelle en Thonneur de la Très Sainte Vierge, s'est habitué à considérer le créateur du chapitre de Saint-Gengoult comme l'auteur du pèlerinage de Notre-Dame de Sion (5).

(1) Par oxompio, la charte de TévcHiue IVIon, on 106i) (Bon. -Pic, LXXIV). — Cf. Didrit. Élude sur Sion-Vaudëmont. Nancy, Vajfnor, i894, p. 70 et stj.

(2i Voir plus haut, p. 3, n. 4. — La confusion est très facile avec la minuscule gothique usitée au Moyen-Age. — L'hypothèse, ahsolument invraisemblable, iïéglise du sentier a vécu. On est aujourd'hui d'accord pour reconnaître qu'il faut lire (mère '-église du Saintois, et l'on n'a plus de difricultc pour trouver dans l'adjectif siuntensis^ ou un autre équivalent, l'origine du terme moderne Sion. — M. Didrit (|ui, par dos raisonnements ingénieux, avait voulu faire de en mot Sion un .souvenir dos Croisades {Étude sur Sion, p. 61 et sq.), a dû luimême convenir (Notes archéologiques sur les 7ioms Vaudémont, Sion, etc. Nancy, Vagnor, 1895) (ju'il n'était pas besoin do cette explication pour rendre compte du nom l)ihli(iuo que porte notre colline lorraine. Tout se borne à Taccomplisscment de l'une dos lois (jui ont présidé à la formation de notre langue.

{',)) Voir plus haut, p. 8, n. 5.

(4) C'était déjà l'opinion de Bonolt-Picart (Vie de saint Gérard, 217 et sq.). — Le culte de Marie a dû succéder, dès la conversion des Leuques, à celui de la déesse Rosmerta.

(5) N.-D. de Sion, comm. de Saxon-Sion, c. de Vézelise, M.-ot-M. — a Nous n'avons aucune preuve que saint Gérard soit le fondateur do cette église. Widric n'en dit pas un mot, non plus que de la statue miraculeuse. » (Ben. -Pic, op. cit., 218.)

A Sion, avant la tourmente révolutionnaire, la Mère de Dieu était représentée allaitant l'Enfant Jésus. Cette forme iconographique fut chère à nos pères, car nous la retrouvons dans l'imago de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle à la collé-

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